La nouvelle vie dorée du Grand Théâtre

ChantierÀ quelques mois de sa réouverture, la maison a retrouvé son éclat. Visite.

"Sur le vif", ce sont des images brutes de l'actualité genevoises, sans commentaires, ni interviews. Ce jeudi 8 octobre, la Ville de Genève a organisé une visite du chantier de rénovation du Grand Théâtre.
Vidéo: Photo: Laurent Guiraud. Vidéo: Aymeric Dejardin-Verkinder

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En quelques semaines, il s’est défait des voiles qui cachaient depuis près de deux ans sa façade. Le majestueux Grand Théâtre, qui en impose tel un paquebot sur la place Neuve, montre désormais quelques-uns de ses nouveaux traits aux passants. De loin, on aperçoit déjà la luminosité nouvelle qui se dégage des parties externes, on saisit les tonalités claires et le brillant des dorures fines, qui racontent par petites parcelles la cure de jouvence à laquelle se soumet depuis de longs mois ce haut lieu de l’art lyrique. Mais qu’en est-il de la partie aujourd’hui invisible au public, des salles multiples et des lignes fastueuses de certaines d’entre elles? Que sont devenus les espaces plus enfouis du bâtiment, ces pièces a priori moins nobles sises dans les sous-sols? Et que faut-il attendre des nouveaux lieux souterrains, créés de toutes pièces par excavation?

Un patrimoine retrouvé

En attendant la réouverture officielle, en février 2019 – le grand cycle du «Ring» de Wagner marquera cette échéance – la Ville de Genève, représentée par le magistrat Rémy Pagani, en charge du Département des constructions et de l’aménagement, a donné rendez-vous à la presse mardi pour présenter les avancées du chantier. Casque vissé sur la tête, une troupe nourrie de visiteurs, flanquée des architectes responsables François Dulon et Danilo Ceccarini, a pu ainsi sillonner les salles et les couloirs, le regard très souvent rivé vers les hauteurs pour admirer telle intervention, telle autre fresque restaurée ou telle pigmentation d’origine qu’on croyait à jamais perdue. Ce qu’on retient après cette longue incursion? Le sentiment que Genève a retrouvé, avec cette restauration, un bout précieux de son patrimoine; que la quête des formes d’origine qu’a menée l’équipe du chantier rapproche comme jamais le bâtiment de ce qu’il était avant l’incendie qui en a grandement ravagé les structures en 1951. Mais procédons par ordre et commençons par la façade. Ici, les morsures du temps ont été presque entièrement effacées. On a décrassé et nettoyé patiemment chaque interstice. Mais des traces légères demeurent néanmoins, occasionnées par cette huile de vidange que des manifestants émeutiers ont lancée sur les statues et les murs du bâtiment en 2015. «Nous avons travaillé avec des produits spéciaux qui ont permis d’extraire l’essentiel de l’huile, note François Dulon, les marques restantes s’estomperont avec le temps. Quant aux statues, elles ont été recouvertes d’un badigeon et retrouveront elles aussi, progressivement, leurs couleurs.»

En pénétrant dans le hall d’entrée puis dans celui qui jouxte les entrées dans la salle, on mesure le travail consenti pour reconquérir un patrimoine resté longtemps caché. Après le sinistre de 1951, l’essentiel des fonds de reconstruction a été concentré sur la salle de spectacle. Le restant a été soigné à moindres frais, à coups de contreplacages. En ôtant aujourd’hui ces ajouts, les intervenants ont redécouvert des fresques, des moulures, des pigments et des dorures. Des traces parfois infimes qui ont permis de reconstituer le tout. Au rez-de-chaussée, de nouvelles fonctionnalités ont aussi été intégrées: cinq postes pour la billetterie, notamment, installés désormais à la droite du hall, à côté d’un bar ouvert au public et d’une petite terrasse qui promet déjà une belle convivialité.

Une extension de 1000 mètres carrés

En montant d’un étage et en suivant des marches d’escalier entourées elles aussi de parois remises à neuf, on fait face au coup d’éclat le plus spectaculaire. Celui qu’offrent les grand et petit foyers ainsi que la salle du carré d’or. Dans ce triptyque, le faste des dorures, la clarté retrouvée des fresques et des couleurs crème confèrent aux lieux une splendeur qui laisse les visiteurs bouche bée. Ces portions d’histoire ont requis de longs mois d’interventions pointilleuses et ont mobilisé des savoir-faire très spécifiques. Un exemple? Les tapisseries rouges qui recouvrent le petit foyer, cousues patiemment à même le mur.

Ailleurs encore, dans les sous-sols, tout a été redéfini, l’emplacement des cuisines et des nouveaux bars ainsi que l’agencement des deux façades – celle d’origine et celle d’après l’incendie. C’est ici précisément qu’un tour de force majeur a pris forme: les architectes ont créé sur deux étages six salles de répétition. Par effet de cascade, de nouveaux espaces consacrés à l’administration ont pu ainsi être libérés. «Nous pensions pouvoir dégager 600 mètres carrés, au final nous en avons obtenu 1000», s’exclame Danilo Ceccarini.

La visite terminée, on devine dans les regards des architectes et du magistrat un soulagement certain. Les tribulations qu’a occasionnées l’apparition d’une nappe phréatique et le retard de six mois que cet incident a provoqué, tout cela semble éloigné. Presque effacé. (TDG)

Créé: 04.10.2018, 17h53

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La visite guidée du Grand Théâtre en images

La visite guidée du Grand Théâtre en images À quelques mois de sa réouverture, la maison a retrouvé son éclat. Visite.

Rémy Pagani: «Je suis très fier de ce chantier»

Un tel chantier se fait tous les cent ans, disent les gens du bâtiment. Que représente-t-il pour vous, magistrat chargé des Constructions et de l’Aménagement en Ville?

Des soucis, de la sueur et beaucoup de responsabilités. Je voulais lancer ces travaux en 2018, mais le Conseil municipal m’a imposé de les faire au début de 2016 déjà. Il a fallu s’y mettre, et le résultat est enthousiasmant! Comme la nouvelle Comédie, c’est un chantier emblématique de Genève et je suis très heureux de pouvoir mettre à disposition de la population un bâtiment de cette qualité.

Et comme simple Genevois?

Je suis émerveillé! Faut dire que j’appartiens un peu à ce lieu… Mon premier souvenir d’enfant est celui de la place Neuve et du Grand Théâtre. Puis, à 7-8 ans, j’ai visité à plusieurs reprises ce bâtiment avec mon père lors du chantier qui a suivi l’incendie de 1951. C’est fantastique pour moi d’avoir pu m’occuper de cette réalisation et d’avoir rencontré toutes ces personnes qui ont dans les mains un savoir-faire extraordinaire. Je pense à ces staffeurs, tapissières, artistes en stuc, restaurateurs de peinture et autres représentants de corps de métiers avec lesquels on n’a pas toujours l’habitude de travailler. Je suis très fier d’avoir participé à ce chantier!

Question coûts, on en est où?

On serait dans les clous, soit à 63 millions de francs, s’il n’y avait pas eu ce problème d’infiltration d’eau. Je dois donc demander au Conseil municipal deux crédits, d’un montant total d’un peu plus de 6 millions, pour couvrir les frais induits par le retard du chantier et la double exploitation simultanée de l’Opéra des Nations (ODN) et de la scène de la place Neuve.

Et que va devenir l’ODN?

Le bâtiment sera démonté en janvier 2019 et acheminé en containers jusqu’à Hambourg, d’où il gagnera la Chine. Nous sommes ouverts à vendre les plans de ce bâtiment aux villes intéressées à le reproduire à l’identique, car c’est un théâtre de substitution idéal.
Françoise Nydegger

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