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La nouvelle leçon de Koohestani

Le metteur en scène iranien, habitué de La Bâtie, ne dément pas les attentes.

Leyli Rashidi dirige l’école téhéranaise qui emploie son ex-compagnon Saedi Changizian. «Summerless» ou l’impossible probité du dominant…
Leyli Rashidi dirige l’école téhéranaise qui emploie son ex-compagnon Saedi Changizian. «Summerless» ou l’impossible probité du dominant…
LUC VLEMINCKX

Une école d’aujourd’hui à Téhéran. Sa porte métallique, son mur en briques, sa cour équipée d’un tourniquet pour enfants. Quatre personnages, dont une fillette qui déclinera en voix off, en guise de chapitres, les neuf mois d’une année scolaire, et qui apparaîtra furtivement dans une vidéo en fin de spectacle. Sa mère voilée, dotée d’un vaillant sens de la répartie, qui vient l’attendre chaque après-midi à la sortie des classes. Un peintre, à la fois prof de dessin et ouvrier chargé de rafraîchir la façade principale du bâtiment, qu’on accusera d’avoir noué un lien trop étroit avec l’enfant, tombée amoureuse de lui. Enfin la directrice de l’établissement, hijab sur les épaules elle aussi, tiraillée entre sa liaison finissante avec le susdit peintre et sa fonction de décideuse au sein de l’institution. Frais de scolarité, déco, règlement, c’est elle qui tire les ficelles. Et quand elle doit faire recouvrir les slogans qui ornent l’enceinte depuis la Révolution de 1979, il arrive que ses intérêts se contredisent…

Pour clore la trilogie sur le temps dont les festivaliers de La Bâtie ont acclamé les deux premiers volets en 2013 («Timeloss») et 2015 («Hearing»), Amir Reza Koohestani a ciselé «Summerless». En parallèle, l’auteur et metteur en scène né en 1978 à Chiraz a poursuivi sa percée à l’échelle européenne, surtout en Allemagne où il a monté plusieurs pièces avec des comédiens germanophones, y compris un opéra de Wagner.

Ni le succès ni l’expatriation temporaire n’auront altéré la minutie de l’écriture, l’ancrage iranien du récit ou la cohérence du propos. Au plus, l’expérience accumulée à l’étranger étend la portée allégorique. Comme au sein de la nouvelle vague du cinéma persan (Asghar Farhadi, Jafar Panahi…), l’«iranicité» de l’œuvre se reconnaît à sa rigueur, à sa limpidité et à sa valeur universelle – qualités peut-être aiguisées par la censure qu’applique la république islamique. «Une liberté totale n’est pas la condition nécessaire et suffisante à la création», écrit Koohestani dans un texte intitulé «Ce que nous ne disons pas mais qui est entendu».

Hors vacances d’été, «Summerless» se révèle un microcosme à la fois politique, social et relationnel. Une antenne télescopique dont la base se planterait dans la réalité concrète d’une école téhéranaise et l’extrémité aérienne irait picoter la mauvaise foi présente dans l’exercice du pouvoir où que ce soit.

Portée par la suavité pleine de caractère de la langue farsie, par le jeu millimétré de Mona Ahmadi, Saedi Changizian et Leyli Rashidi, mais également par les ruses d’une caméra vidéo dont les images live se projettent sur le mur à rénover de l’édifice, la parabole n’enfonce à aucun moment le clou. Au contraire, elle s’appuie sur les non-dits, les allusions et les ellipses propres à la démarche d’Amir Reza Koohestani, qui parvient loin de tout manichéisme à toucher le général sans négliger le particulier. À rebours d’une pensée univoque, l’artiste iranien favorise cette fois encore le frottement dialectique.

«Summerless» Théâtre du Loup, ve 7 sept. à 21h, sa 8 à 19 h, www.batie.ch

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