Nathalie Du Pasquier installe chez Pace son abstraction industrielle et polychrome

Art contemporainLes couleurs de l’artiste française ont investi jusqu’aux parois de la galerie pour une exposition aux géométries joyeuses.

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Elle apprécie les tons vifs, les volumes géométriques et l’intelligence qu’ont les formes à s’emboîter et se superposer. Elle dit s’intéresser beaucoup à l’architecture ainsi qu’à «tous les horizons industriels». Née à Bordeaux en 1957 mais établie depuis quarante ans en Italie, Nathalie Du Pasquier explore depuis toujours la récurrence des motifs et les rapports que les objets entretiennent avec l’espace dans lequel ils prennent place. Elle en fait encore la démonstration à Genève en présentant «The strange order of things 2» à la galerie Pace, exposition qui fait suite à un premier volet montré à Séoul par la même enseigne l’an passé.

Composé d’une trentaine de pièces très récentes, l’ensemble se conçoit comme un parcours immersif au gré d’huiles et de travaux sur bois ou papier, reliés entre eux par de grandes bandes colorées qui courent gaiement le long des parois. «J’aime créer de petits univers, explique l’artiste. J’ai imaginé cette exposition comme une installation, qui offre une lecture suivie entre les œuvres.» De fait, ces lignes polychromes viennent parfois souligner un tableau en lui faisant un socle, ou servent, pour d’autres, de fond rose, rouge ou bleu.

Caisses à outils pour les rêves

Il ressort du dispositif une atmosphère joyeuse et pimpante, que l’on retrouve au cœur de chaque création de Nathalie Du Pasquier. «J’ai un usage complètement intuitif de la couleur, assure cette autodidacte. Je ne suis pas conceptuelle. J’affectionne l’idée de fabriquer les choses, avec la main comme instrument du faire: les mondes du travail et de l’invention m’intéressent davantage que les vacances!»

Pour l’exposition, elle a d’ailleurs réalisé plusieurs œuvres-objets. Ornée elle aussi de larges rayures régulières de couleur, une longue et haute boîte occupe le centre de la galerie. L’un de ses côtés étroits est ouvert, afin de permettre au visiteur de guigner à l’intérieur - la pièce s’intitule «Inside». Il découvre au creux du caisson de bois une sculpture stylisée évoquant tant les formes industrielles que la rondeur accueillante du jouet: un museau de locomotive, une antenne électrique, des tours ou des cheminées. Nathalie Du Pasquier a également créé et décoré cinq coffrets numérotés contenant un dessin original, des livres et deux sérigraphies. Elle a encore construit deux casiers munis de volets, qui s’ouvrent sur de charmants décors abstraits, qui rappellent, ici, une chambre à coucher et, là, un paysage industrieux. Munis d’une poignée, ces petites malles en bois ont des allures de caisses à outils destinées à la confection de rêves.

De l’objet au tableau

Si l’artiste se consacre essentiellement à la peinture et la sculpture depuis 1987, c’est par le design que tout a débuté. Après un séjour à Rome comme jeune fille au pair, elle s’installe à Milan, où elle fréquente un cercle de stylistes et d’architectes. «Je me suis mise à dessiner des tissus, c’était plus amusant pour gagner ma vie!» Avec certains d’entre eux, elle cofonde l’influent collectif de design italien Memphis. Tapis, vêtements, horloges, lampes, meubles: cette période de création s’avère propice à son imagination foisonnante. «Ça m’a propulsée, poursuit-elle. Mais en 1986, je me suis rendu compte que j’aimais travailler seule. J’ai commencé à peindre, surtout des natures mortes et de grands formats.»

Sans toutefois abandonner les objets. Elle se met à construire des pièces pour les représenter en peinture, dans un processus d’aller-retour constant entre la deuxième et la troisième dimension. «Puis, ces choses, je les ai finalement directement bâties sur la toile, tout en conservant l’idée de la nature morte, avec des plans, avant de m’émanciper des plans.» Depuis peu, Nathalie Du Pasquier marie les structures architecturées aux tableaux, dans un heureux dialogue géométrique et abstrait. Lorsqu’on s’étonne de la prolixité de son œuvre, l’artiste rétorque: «J’adore ça, ça m’amuse à mourir.» Son plaisir est contagieux.

Nathalie Du Pasquier, «The stranger order of things 2» Jusqu’au 6 mars à la galerie Pace, 15-17 quai des Bergues. www.pacegallery.com/galleries/geneva/

Créé: 07.02.2020, 18h29

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