Le mythe Frankenstein n’en finit pas d’inspirer les artistes

Arts et scènesUn esprit gothique souffle sur le Musée Rath, avec l’exposition «Le retour des ténèbres». Elle présente des œuvres inspirées par les récits fondateurs de Mary Shelley, Lord Byron et John Polidori.

Dans le sillage des romans «Frankenstein» et «The Vampyre» ainsi que du poème «Darkness», de nombreux artistes ont exploité la richesse de l’imagerie gothique. Au Musée Rath, on découvre des peintures, vidéos, photos, gravures, dessins et livres du XIXe siècle jusqu’à nos jours s’inscrivant dans cette filiation.

Dans le sillage des romans «Frankenstein» et «The Vampyre» ainsi que du poème «Darkness», de nombreux artistes ont exploité la richesse de l’imagerie gothique. Au Musée Rath, on découvre des peintures, vidéos, photos, gravures, dessins et livres du XIXe siècle jusqu’à nos jours s’inscrivant dans cette filiation. Image: steeve iuncker-gomez

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Un groupe d’amis écrivains, une maison à Cologny, des conditions météorologiques désastreuses et un concours d’histoires qui font peur: il n’en fallait pas plus à Mary Shelley pour créer le mythique roman Frankenstein, il y a tout juste 200 ans. Mais d’autres récits importants naîtront de ces circonstances particulières. Médecin personnel de Lord Byron, John Polidori rédige The Vampyre, dont est issue la figure du vampire dandy, ancêtre de Dracula. Quant au poème Darkness de Byron, il s’inscrit aussi dans cette atmosphère apocalyptique.

C’est autour de ces trois écrits que se construit l’exposition Le retour des ténèbres au Musée Rath. Sous-titrée L’imaginaire gothique depuis Frankenstein, elle se penche sur la production artistique et littéraire qui les inspire et s’en inspire, du XVIIIe siècle à nos jours. Peinture, dessin, vidéo, gravure, photographie, collage, livre d’artiste, édition originale… la diversité est de mise pour ces œuvres fort nombreuses, dont le lien avec les récits fondateurs semble plus ou moins évident.

Ancien mêlé au contemporain

On commence par le commencement: la mise en contexte de cette fameuse soirée de 1816 dans le salon d’une villa genevoise. Dans une salle à la lumière tamisée, les différents protagonistes sont représentés par leurs portraits, les lieux évoqués par des gravures de l’époque, les textes écrits à cette occasion s’écoutent dans des casques audio. L’ensemble rappelle la présentation de la Fondation Bodmer autour de Frankenstein, qui a été montée l’été dernier à Cologny.

Mais l’exposition au Musée Rath s’en distingue immédiatement par l’incursion de l’art contemporain au milieu de ces représentations très classiques. Les époques se mêlent d’ailleurs tout au long des thématiques abordées dans l’exposition. Par exemple, la manière dont les phénomènes naturels influencent les artistes, tout comme l’éruption du volcan Tambora en 1815 et l’«année sans été» qui s’en est suivie ont indirectement inspiré Frankenstein, Darkness et The Vampyre. «C’est à ce moment-là qu’on commence à exécuter des représentations réalistes de la nature, notamment de lieux à la fois beaux et dangereux comme les montagnes suisses», explique Justine Moeckli, cocommissaire de l’exposition.

Dès la fin du XVIIIe siècle, le gothique donne naissance à des œuvres effrayantes. Comme chez George Romney, très honorable portraitiste anglais, qui imagine des démons à ses heures perdues. Dans le registre de l’horreur, on découvre une série de têtes coupées dépeintes par Géricault ou Füssli, mises en parallèle avec une vidéo de l’Ecossais Douglas Gordon sur ce thème. De quoi faire quelques cauchemars…

Au sous-sol, un parcours chronologique présente des productions s’inscrivant dans l’esprit des textes de Shelley, Byron et Polidori. «Des éléments gothiques ressurgissent souvent dans les arts visuels lors d’événements historiques dramatiques.» Des récits d’Edgar Allan Poe aux attentats du 11 septembre 2001, en passant par la libération de la femme, les catacombes de Naples, la crise économique, la lutte des Noirs pour l’égalité ou la bombe atomique, les sources d’inspiration ne manquent pas.

Certains artistes travaillent sur des morceaux de corps, écho de la création du monstre de Frankenstein par assemblage de différents morceaux humains. «Il n’y a pas vraiment de raison narrative à cette recomposition, souligne Justine Moeckli. Mais c’est plus effrayant! Cette idée de corps en morceaux se développe dès la fin du XIXe siècle, suite aux décapitations de la Révolution française.»

Un livre pour aller plus loin

Les créatures assoiffées de sang aux dents acérées ne manquent pas à l’appel, comme la bouche pop de Jerzy «Jurry» Zielinski baptisée La loi de la jungle ou celles de tissu imaginées par Sterling Ruby qui accueillent les visiteurs à l’entrée. «Contrairement au vampire, le monstre de Frankenstein n’a pas enflammé l’imagination des artistes, note la commissaire. Mary Shelley le décrit relativement peu. C’est un classique du film d’horreur: ce qu’on imagine fait plus peur que ce qui est montré.»

Pour compléter et enrichir cette visite, on lira l’ouvrage qui accompagne l’exposition. Et qui n’est pas à proprement parler un catalogue, puisqu’il propose plutôt d’approfondir des thèmes en lien avec la présentation du Rath, dans différents domaines. Des spécialistes se penchent ainsi sur l’homme-machine, les liens entre romantisme et rock’n’roll, l’électricité comme principe créatif ou encore l’esthétique gothique dans la tapisserie. Le sujet n’a pas fini d’être exploré…

«Le retour des ténèbres» Jusqu’au 19 mars 2017 au Musée Rath, place Neuve, ouvert du ma au di de 11 h à 18 h. Infos: www.mah-geneve.ch

Di 11 décembre à 14 h, visite avec Olivier Lafrance, metteur en scène de «Frankenstein, morceaux choisis» au Théâtre du Grütli (lire ci-contre).

(TDG)

Créé: 02.12.2016, 20h17

Frank ou la fin du monde

Exécutée en 2002, cette huile sur toile baptisée Frank on a Rock montre que le mythe de Frankenstein inspire toujours les artistes deux siècles après sa création. L’Américaine Dana Schutz a imaginé un personnage baptisé Frank, nommé d’après la créature de Frankenstein, qu’elle met en scène dans une série de peintures. Dernier homme sur terre, il est représenté dans différents moments de sa vie, tel un Robinson Crusoé des temps modernes. Comme ici, seul sur un rocher.

Ce sujet évoque un autre roman de Mary Shelley, Le dernier homme, écrit dix ans après Frankenstein. Moins connu que celui-ci mais très remarqué lors de sa sortie, il raconte la disparition de l’humanité en l’an 2100 suite à une épidémie de peste, et les tribulations du dernier survivant. Lord Byron explore le même thème dans son poème Darkness, qui relate l’extinction du soleil et la fin du monde.

De telles visions apocalyptiques fleurissent dans l’art et la littérature, au gré des événements tragiques et des menaces contemporaines. Dans l’exposition du Musée Rath, des œuvres convoquent tour à tour les guerres mondiales, les accidents nucléaires ou encore le terrorisme.
M.G.

La destinée de Lord Byron

Une pièce de l’exposition au Musée Rath est consacrée à l’écrivain britannique Lord Byron, qui est à l’origine du concours de fantômes en 1816. A travers cette carte postale ornée d’une rose, datant de 2008 et baptisée My Fate (Mon destin), l’artiste anglaise Linder Sterling rappelle sa destinée hors du commun.

Fantasque, passionné, en révolte contre la société de son temps, Lord Byron se fait connaître par ses poèmes mélancoliques, tel Le pèlerinage de Childe Harold, mais aussi par ses frasques. Marié mais multipliant les aventures, notamment avec sa demi-sœur et des hommes, il quitte l’Angleterre en 1816 pour fuir le scandale et ses créanciers. Après avoir parcouru l’Europe, il meurt à 36 ans, en défendant l’indépendance de la Grèce.

Ce personnage héroïque, à la fois intellectuel et grand sportif malgré son pied bot, a beaucoup inspiré les jeunes romantiques. Ses écrits, en particulier Don Juan, Mazeppa ou encore Le Giaour, ont été illustrés dans de nombreux tableaux et dessins, comme ceux de Millet et Géricault. Les peintres se sont également emparés de la vie et de la mort du poète, devenu lui-même une figure mythique.
M.G.

Un Prométhée moderne

S’il a lui-même donné naissance à de nombreuses déclinaisons, le Frankenstein de Mary Shelley s’inscrit dans une tradition de longue date: celle des récits autour de la création de l’homme. Et en particulier l’histoire de Prométhée, tirée de la mythologie grecque. Une source d’inspiration clairement revendiquée par l’écrivaine anglaise, puisqu’elle a sous-titré son roman Le Prométhée moderne. Ce titan crée l’être humain dans de l’argile et lui donne le feu sacré volé aux dieux. Il est condamné par Zeus à se faire éternellement dévorer le foie, qui repousse chaque nuit, par un aigle.

Dans cet imposant tableau de l’Allemand Heinrich Friedrich Füger, peint en 1790, le héros n’est pas représenté enchaîné à un rocher et subissant sa punition, comme c’est le cas le plus souvent. L’homme de glaise encore immobile à ses pieds, il s’apprête à lui transmettre le feu, symbole du savoir divin. Un doigt sur la bouche, Prométhée semble hésitant, encore prêt à suspendre son geste.

La forte lumière provenant du flambeau ajoute à la théâtralisation de la scène, animée par la diagonale que forment le corps du titan et les volutes de son vêtement.
M.G.

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