Nelson Goerner: «J’aime le challenge qu’offre un récital»

ClassiquePianiste au jeu limpide et profond, le Genevois d’adoption est en concert ce lundi au Victoria Hall. Interview

Nelson Goerner a découvert le piano à l’âge de cinq ans; un monde merveilleux s’est alors ouvert à lui

Nelson Goerner a découvert le piano à l’âge de cinq ans; un monde merveilleux s’est alors ouvert à lui Image: JEAN-BAPTISTE MILLOT

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Ses enregistrements, tout comme ses récitals, dévoilent à chaque fois un interprète traversé par une grande intériorité et par une profondeur musicale rare. Pianiste au toucher d’orfèvre et à l’approche méditative, Nelson Goerner fait depuis plusieurs années l’unanimité auprès des critiques et des mélomanes. Il prolonge ainsi les fastes d’une école argentine marquée par des figures légendaires. A quelques jours de son récital au Victoria Hall, l’interprète évoque avec modestie les lignes d’un parcours brillant.

Ce lundi, vous allez jouer un monument du répertoire pianistique, la «Sonate N° 29, Hammerklavier» de Beethoven, que vous venez par ailleurs d’enregistrer. Comment vous êtes-vous approprié de cette œuvre intimidante?

J’ai commencé à la travailler quand j’avais une vingtaine d’années, puisque je l’ai présentée à mon examen de virtuosité au Conservatoire de Genève. Avec le recul, je peux dire que j’ai eu une chance énorme. Trop souvent, on part de cette idée reçue selon laquelle on ne peut aborder le dernier Beethoven avant d’avoir atteint la cinquantaine et la maturité qui va avec. Cette attente nous prive d’un travail nécessaire qui consiste à habiter progressivement l’œuvre. Il faut donc l’approcher dès sa jeunesse et poser ainsi les premières pierres de ce qui sera plus tard sa propre interprétation. Je suis très reconnaissant envers Maria Tipo, qui était mon professeur à Genève, et qui m’a permis de travailler très tôt cette Sonate.

Votre discographie, mais aussi vos apparitions sur scène montrent combien vous êtes attaché au répertoire pour piano solo. Est-ce un choix délibéré?

Cela répond tout d’abord à une demande extérieure. Mais il y a aussi un autre point: j’aime le challenge que représente le récital. J’ai l’impression, en me produisant seul, de m’approcher au plus près de moi-même. L’expérience est certes difficile, mais très fascinante. Je trouve que rien ne permet de dévoiler aussi bien un artiste qu’un récital.

Votre enregistrement récent consacré à Chopin révèle une grande familiarité avec le compositeur. Comment s’explique cette proximité?

Avec Chopin, j’ai une histoire longue et intense. Les Préludes m’accompagnent depuis l’âge de 14 ans; mon professeur de l’époque me les a fait approcher comme autant de petites études censées me confronter à certains problèmes techniques et interprétatifs. Après tant d’années, j’ai ressenti la nécessité de les enregistrer. Lorsqu’on entend ce genre d’appel, il faut donner suite avant que d’autres œuvres ne vous attirent à leur tour et ne vous fassent perdre l’instant magique.

Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti lorsque, enfant de cinq ans, vous avez établi votre premier contact avec le piano?

D’entrée, j’ai été frappé par ses sonorités. C’était dans la maison de ma grand-mère, qui possédait un piano droit toujours mal accordé. J’ai trouvé tout à fait fascinant l’alliage entre le son et les partitions, dont je ne comprenais pas le sens. Un monde merveilleux s’est alors ouvert à moi. Je m’y suis engouffré en insistant auprès de mes parents pour poursuivre sur cette voie. Ces derniers m’ont toujours soutenu sans jamais me pousser au-delà du raisonnable.

Parmi les pédagogues qui vous ont suivi, il y a Maria Tipo. Quel souvenir gardez-vous de cette personnalité?

Il y avait quelque chose de fantastique dans son enseignement qui joignait à la rigueur face aux textes le refus des stéréotypes. Elle laissait donc une grande liberté à l’élève, elle faisait de la place à ses intuitions et à ses propositions. Aujourd’hui, j’essaie de reproduire cette même vision avec mes élèves, et je mesure combien cela est difficile. On a tant travaillé notre répertoire qu’on est parfois victime de nos étroitesses de vue.

En remportant le Concours de Genève et en étant juré du dernier concours Chopin de Varsovie, vous avez abordé les deux versants d’une compétition. Quel regard portez-vous sur ce genre de rendez-vous?

Ils me laissent parfois sceptique. Pourtant, ils représentent une plate-forme idéale, sinon unique, pour se faire connaître. Le fait d’avoir vécu des deux côtés me permet de savoir, d’une part, ce que cela représente de jouer sans se laisser parasiter par l’idée qu’on est en train de mettre une note à votre prestation. D’autre part, je suis confronté aux mêmes problèmes que j’ai rencontrés dans l’enseignement: le risque d’être prisonnier de mes certitudes face à des pièces que j’ai beaucoup jouées à mon tour. Etre juré d’un concours relève ainsi de l’exercice d’ouverture.

Vers quel répertoire allez-vous vous diriger dans le futur?

J’aimerais aller plus loin dans l’œuvre de Debussy, en abordant le deuxième cahier des Préludes. Je pense à d’autres compositeurs, comme Fauré, dont je n’ai jamais joué une seule note des pièces solo. Je me dis aussi qu’il y a d’autres figures que j’ai moins jouées et que je voudrais approfondir, comme Schubert et ses grandes Sonates. Enfin, il y a la musique espagnole, avec laquelle je n’ai pas eu de grandes affinités par le passé, et qui m’attire aujourd’hui.

Nelson Goerner, en concert au Victoria Hall, lu 21 mars à 20 h. Rens. www.caecilia.ch (TDG)

Créé: 18.03.2016, 18h45

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