Les voix sont ouvertes sur le monde

FestivalDu 8 au 17 novembre, les Nuits du monde écoutent notamment l’Iran du quatuor Hâfez, avec Shadi Fathi.

Shadi Fathi, virtuose du setâr, luth perse à quatre cordes, a fondé avec le percussionniste Bijan Chemirani le quatuor Hâfez, en référence au poète du XIVe siècle.

Shadi Fathi, virtuose du setâr, luth perse à quatre cordes, a fondé avec le percussionniste Bijan Chemirani le quatuor Hâfez, en référence au poète du XIVe siècle. Image: MURIEL DESPIAU

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Comme souvent en musique, comme toujours peut-être, une rencontre décide de tout. Ici, c’est une jeune fille d’Iran, Shadi Fathi, née en 1977. Elle est âgée de sept ans lorsqu’elle entend par hasard le son d’un instrument à cordes, le «setâr». Elle ne sait pas de quoi il s’agit. Elle interroge le voisinage, le trouve, demande enfin si elle peut l’essayer. Ce luth à trois cordes, complété d’un bourdon, avec ce manche d’allure si fragile planté dans un petit corps en forme de poire, elle ne le quittera plus jamais. Ni lorsque sa famille se réfugie dans les abris pour échapper aux bombardements irakiens sur Téhéran. Ni quand, âgée de 26 ans, déjà reconnue comme virtuose du classique persan, elle décide de se frotter à d’autres cultures et part s’installer à Poitiers.

Ce petit ventre rond

Shadi Fathi est annoncée en vedette des Nuits du monde. Le festival des Ateliers d’ethnomusicologie explore cette année les voix, d’où quelles soient. De Sardaigne avec le chœur Cuncordu e Tenore de Orosei (ve 8), du Cameroun avec les «body percussions» de Gino Sitson (sa 9), des Andes argentines avec Mariana Carrizo (ve 15), également de France, avec le ténor Marc Mauillon dans les «Leçons de Ténèbres» du compositeur baroque Michel Lambert (di 17).

Shadi Fathi, pour sa part, a monté récemment un duo avec son «frère» en musique, le percussionniste Bijan Chemirani. Lui aussi est d’origine iranienne, mais a vu le jour en France. Ensemble, ils ont enregistré un album, «Delâshena», édité en 2018. À la demande du directeur des Ateliers, Fabrice Contri, le duo a invité une vocaliste, Sara Hamidi, d’Ispahan, qui n’a pas son pareil dans la technique du vibrato, le «tahrir». Ainsi que Shervin Mohajer, joueur de vièle «kamâncheh», de Téhéran. Ainsi est né le quatuor Hâfez, baptisé en référence au poète et mystique persan du XIVe siècle, que le public découvrira dimanche 10 novembre à l’Alhambra.

«Comme en architecture ou en poésie, la musique persane s’intéresse aux détails: c’est le grain de beauté de la bien-aimée à partir duquel on élargit le regard pour embrasser l’univers.» À Shadi Fathi, on a demandé comment elle envisage intimement son instrument. La musicienne ajoute qu’il y a là une pensée soufie, dont elle est proche, sans toutefois être pratiquante. Elle poursuit: «Mon instrument est comme une plume, si léger, avec dans son petit ventre le répertoire qu’il transmet depuis des siècles. Le «setâr», je le sens lui aussi comme un petit son qui amène l’univers sonore entier dans mes bras.» Trois cordes pour la mélodie, et l’ongle, et l’index: rien de plus n’est nécessaire, sinon ce bois taillé si fin que l’interprète sent la vibration sur son abdomen.

Le jour et la nuit

On tente de saisir cette mécanique subtile. Et on est les bienvenus. «Qu’importent les mots pour décrire un bon vin, même s’ils feront sourire le spécialiste.» Shadi Fathi s’est elle-même réjouie de manger tout ce qu’elle pouvait de la culture européenne. «En Iran, je suis inscrite dans la lignée d’un maître. Avantage certain pour faire carrière, mais qui laisse les mains quelque peu attachées à la tradition.» En France, Shadi Fathi a trouvé une nouvelle stimulation: «De quoi épanouir ma curiosité de musicienne», raconte celle qui a partagé la scène avec des artistes aussi divers que la chanteuse Françoise Atlan pour le répertoire séfarade, ou Isabelle Courroy, interprète contemporaine passée à la flûte orientale «kaval».

On ne saurait trop prévoir ce qui se passera dimanche à l’Alhambra. Il faut préciser ceci toutefois: la musique savante persane s’organise en douze modes. «Comme pour les raga indiens, la formation musicale classique demande à apprendre par cœur tout le répertoire canonique, ce qui prend dix ou quinze ans», précise Shadi Fathi. On n’oubliera pas d’évoquer les quarts de ton, absents de la gamme tempérée européenne, par conséquent si difficile à saisir pour une oreille éduquée au classique du Vieux-Continent.

Mais qu’importe si l’on comprend ou non le caractère précis de cette musique. Shadi Fathi, elle, préfère indiquer ce que racontent les modes qu’elle a choisis pour le concert: «Le public arrive à 17 h, ce qui suggère de débuter avec le mode du matin, suivi du calme de la journée, puis la joie et l’excitation de la nuit, pour aboutir dans le cœur de la nuit lorsque l’amoureux, éveillé, réfléchit, joue, et crie parfois, animé par cette autre énergie propre à l’intime et à la solitude.»

Les Nuits du monde du 8 au 17 nov., temple de Saint-Gervais, Alhambra. Infos: 022 919 04 94 et adem.ch. Quatuor Hâfez, di 10 nov., 17 h, Alhambra.

Créé: 06.11.2019, 21h12

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