Viva Gaetano Donizetti!

OpéraGenève redécouvre «Viva la mamma!» mis en scène par Laurent Pelly. Rencontre.

Laurent Pelly sur les planches de l’Opéra des Nations. Il signe la mise en scène de «Viva la mamma!» de Donizetti.

Laurent Pelly sur les planches de l’Opéra des Nations. Il signe la mise en scène de «Viva la mamma!» de Donizetti. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Trois voitures alignées dans un garage, surplombées par les loges d’un théâtre à l’italienne reproduites à l’identique avec un soin étonnant du détail. À quelques jours de la première de «Viva la mamma!» les planches de l’Opéra des Nations offrent au visiteur un décor aussi improbable qu’intriguant, qui laisse deviner par bribes le biotope dans lequel prendra forme l’opéra en deux actes de Donizetti. Cette pièce peu connue du grand public accompagnera les fêtes de fin d’année à Genève. La puissante charge comique de son livret, la description sur un ton acide du monde lyrique divertiront et pousseront aussi à la réflexion. Rencontre avec Laurent Pelly, qui signe la mise en scène de ce spectacle.

Après Lyon, votre «Viva la mamma!» débarque à Genève. À quoi pensez-vous en premier lieu lorsque vous renouez avec une de vos productions?

Je pense avant tout aux interprètes appelés à incarner les personnages. Dans ce cas, je peux compter sur deux voix, celle de Patrizia Ciofi en Daria et celle de Laurent Naouri en Mamma Agata, qui étaient déjà présentes à Barcelone. Pour le reste de la distribution, il a fallu trouver de nouvelles figures.

Quel genre de défi se présente avec ces remplacements?

Disons que le sens du jeu change en fonction des qualités de la distribution. Si vous avez une Mamma Agata comme celle de Laurent Naouri, qui est grand, mince, avec une voix assez claire, et que par la suite vous vous retrouvez avec un chanteur aux traits absolument opposés, il vous faut reconstruire le personnage et son rapport aux autres. La structure de la mise en scène reste bien sûr la même, c’est d’autant plus le cas pour ce genre d’ouvrages. Tout est très dessiné et inscrit dans la musique.

Qu’est-ce à dire?

Dans les opéras de Donizetti tout est raconté à travers la musique, qui insuffle le moindre mouvement, le moindre regard des personnages: c’est là le génie de ce compositeur. Dès lors je trouve important d’inscrire les corps de la distribution dans la musique.

Comment traitez-vous l’humour du livret?

À vrai dire, je me préoccupe peu de cette question. Je suis davantage attiré par la mélancolie et la tristesse qui se dégage en filigrane de cette histoire. Ces personnages donnent une représentation terrible du monde de l’opéra. Il n’y a, dans «Viva la mamma!», aucune générosité; tout est régi par les rivalités, tout le monde s’engueule en permanence. De cette foire aux vanités se dégage le personnage de la mamma, qui apporte une dimension burlesque de par son travestissement, et qui dégage une certaine humanité. On pourrait ressentir de l’empathie pour lui, mais son tempérament tyrannique le rend aussi profondément affreux. Au final, cet opéra offre une alchimie, avec ses portions d’humour et ses parts de vérité des personnages.

Les décors de Chantal Thomas plongent l’action dans un contexte très réaliste.

Oui, encore faut-il s’entendre sur quelle échelle de réalisme on se situe. Car, le premier acte est en réalité peuplé de spectres et de fantômes. On est dans un parking, là où s’érigeait autrefois un théâtre. On comprend entre les lignes que le comportement irresponsable des personnages qui répètent dans cet espace a causé la disparition du théâtre. Le commerce a fini par remplacer l’art. Au deuxième acte, on campe dans le théâtre tel qu’il était autrefois, drapé de rouge et de dorures. La répétition se déplace sur la scène. Il y a donc une déconstruction du fil logique du temps qui est dicté par le livret. Il ne faut pas oublier qu’il y a quelque chose d’étrange dans la conception de la pièce: au départ, elle ne comptait qu’un seul acte, par la suite, elle a été allongée avec un deuxième.

Comme gérez-vous, quant à vous, les caprices des divas?

J’aime les chanteurs. J’ai beaucoup de respect pour ce métier qui vous expose et vous met en danger sans laisser de marges pour la triche. Cette admiration aide sans doute à apaiser les moments de tension et à entretenir de bonnes relations. D’autre part, je considère que le metteur en scène doit contribuer à ôter la peur, si tant est qu’on puisse le faire. Ma mission consiste aussi à aider les chanteurs en leur donnant beaucoup d’informations. Cela peut paraître paradoxal, mais plus on donne de contraintes, plus l’interprète se sentira libre sur scène. Ce serait beaucoup plus difficile pour lui de se sentir lâché sans indications.

Vous avez une relation spéciale avec le baryton Laurent Naouri et la soprano Patrizia Ciofi. Que représentent à vos yeux ces deux artistes?

Avec Laurent, cela fait vingt et un ans qu’on travaille ensemble. Nous avons réalisé quatorze productions et nous sommes passés par beaucoup de personnages différents. Nous avons le même âge, nous avons débuté en même temps avec l’«Orphée aux enfers» d’Offenbach, ici à Genève, en 1997. Entre nous, il y a une forte complicité et beaucoup de confiance. Quant à Patrizia Ciofi, je la fréquente depuis longtemps aussi. Curieusement, nous n’avons jamais fait de nouvelles productions ensemble: elle a toujours été là pour des reprises, comme «La Fille du régiment» ou «Les Comptes d’Hoffmann». Pour ce spectacle, j’ai eu la chance de pouvoir choisir l’œuvre et les noms de la distribution. Évidemment, j’ai tout de suite pensé à elle pour le rôle de Daria.

«Le convenienze ed inconvenienze teatrali. (Viva la Mamma!)» de Gaetano Donizetti, Opéra des Nations, du 21 déc. au 3 janv. www.geneveopera.ch

(TDG)

Créé: 20.12.2018, 17h07

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