Des sous pour les rockers genevois!

Aides financièresLes bourses de la Ville pour les musiques actuelles consacrent la scène genevoise émergente.

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Ils sont rock, les artistes genevois primés par la Ville de Genève. Et ils reflètent assez justement l’état actuel d’une scène locale particulièrement florissante ces dernières années. Attribuées tous les deux ans, les bourses pour les musiques actuelles, dotées de 40 000 francs chacune, ont été décernées jeudi à quatre figures majeures du cru, sélectionnées parmi 26 candidats. Voici Duck Duck Grey Duck et son style néo-psychédélique d’ascendant soul. C’est le trio incontournable du moment. Puis encore Promethee et son metal virtuose, courant qui fait son apparition pour la première fois ici. Ce sont les plus jeunes du palmarès, 27 ans d’âge en moyenne mais déjà deux albums à leur actif. Quant au groupe féminin Massicot et ses rythmiques hypnotiques, il représente de loin le projet le plus expérimental de cette fournée. Pas de jazz cette année? Non, que du rock. A l'exception, tout de même, de POL. Christophe Polese, de son vrai nom, travaille depuis près de vingt ans à de subtiles compositions électroniques. L’homme, fameux dans le paysage culturel, pourra enfin, de son propre aveu, payer dans les temps le loyer de son studio d’enregistrement.

Si la somme octroyée à chacun de ces artistes est substantielle – d’aucuns préféreront sans doute le terme dispendieux – elle tombe à pic pour ces artistes dont le quotidien frôle souvent la précarité. Le marché de la musique est tel, aujourd’hui, que la plupart des musiciens genevois engagés à plein temps dans leur métier n’en retirent que de maigres revenus. En effet, le rocker, lorsqu’il ne sacrifie pas à la mode, intéresse rarement, voire jamais, les sponsors et autres mécènes.

«Ces bourses mettent en valeur la diversité d’une scène locale excellente de par sa qualité, mais qui a besoin d’aide.» Tels sont les mots de Dominique Berlie, conseiller aux musiques actuelles du Département municipal de la culture et du sport, qui délivre ces bourses. Il ajoute: «Ces quatre lauréats ne sont clairement pas dans le mainstream – ce qui, il faut le préciser, ne constitue nullement un critère rédhibitoire à l’obtention de la bourse. En revanche, de tels projets possèdent un caractère artistique très fort.»

Des artistes de caractère, le mot convient parfaitement à Robin Girod. Ce guitariste et producteur prolifique, impliqué dans nombre de projets, fait partie du groupe primé Duck Duck Grey Duck. En 2013, n’était-il pas déjà lauréat avec les Mama Rosin? Du point de vue du critique musical, ces deux projets relèvent de la frange la plus dynamique et créative de la scène genevoise.

A quoi servent concrètement ces aides financières? Des précédents lauréats, en 2013 puis en 2015, on retient les réalisations suivantes, décrites par Dominique Berlie. Le groupe de blues Hell’s Kitchen a pu passer à une étape supérieure de sa carrière en travaillant sur un album particulièrement abouti. Le musicien électronique Franz Treichler, qui connaît déjà une longue carrière avec les Young Gods, a pu développer ses différents projets personnels, en collaboration avec la danse notamment. L’ensemble afro-rock l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp a obtenu une couverture importante des médias nationaux, voire internationaux. Et le groupe de jazz Orioxy, bien que disparu aujourd’hui, a littéralement explosé sur scène en réalisant de nombreux concerts en France et en Allemagne. Conclusion de Dominique Berlie: «Ces bourses, c’est la confirmation de l’émergence.» (TDG)

Créé: 23.02.2017, 11h24

Une aide pour consolider son indépendance

Les critères pour l’obtention d’une bourse de la Ville sont claires: «potentiel de développement, expérience internationale et succès des dernières créations». Si les lauréats 2017-2018 répondent à ces exigences, force est de constater que tous ont travaillé jusque-là avec des moyens financiers limités. Promethee, Duck Duck Grey Duck, Massicot, POL: voici en résumé leurs carrières respectives et ce pourquoi ils et elles destinent cette aide financière.

Promethee Ce quintet metal donne son premier concert en 2008. En 2010, le groupe est sélectionné par le tremplin du festival Greenfield, à Interlaken, et bénéficie d’une exposition médiatique conséquente. D’abord étudiants, puis en emploi, les musiciens jouent essentiellement les week-ends. Après deux albums, Nothing Happens, Nobody Comes, Nobody Goes (2012) puis Unrest (2015), Promethee prépare un 3e opus. «Nous avons toujours travaillé de manière impulsive – composer, enregistrer puis jouer en public. Avec cette bourse, nous pourrons d’abord établir un agenda, une communication, avant de terminer l’album. Tout cela coûte. Le retour sur investissement sera connu dans un ou deux ans.»

Duck Duck Grey Duck Formé en 2013 comme projet parallèle des Mama Rosin notamment, ce duo néo-psychédélique enregistre un titre, Mexico, qui tournera en radio deux ans durant. Suit un premier album, Here Come… (2015), popularisé grâce au bouche à oreille. Désormais trio, le groupe tourne entre Suisse, France et Allemagne. «On vit de notre musique. Mais depuis deux ans, tout l’argent gagné avec ce projet est investi dans les clips et les tournées.» Prochain album en 2017. «Cette fois, on pourra payer une vraie promotion.»

Massicot Ce groupe entièrement féminin, chose rare dans le rock, est issu des Beaux-Arts et joue un rock expérimental, totalement improvisé à ses débuts en 2009. Trois disques vinyles sont déjà parus, Massicot (2013), Morse (2015) et Suri Gruti pour les cent ans du mouvement Dada (2016). Prochaine étape: un disque 45 tours et deux tournées, en France et en Suisse. «On vit de notre art, mais on est pauvre. La bourse nous permettra d’enregistrer à New York, d’organiser des résidences et de payer un attaché de presse.»

POL Depuis 1991, Christophe Polese ne s’est jamais arrêté, passant de l’électronique à la musique contemporaine, réalisant diverses installations sonores, et enchaînant les projets de groupes (Aeroflot, Enoia, Shymere, Chokogun pour les plus récents). «Cette somme me libère l’esprit. Je pourrai enfin payer mon loyer, contracter une assurance pour mon matériel et changer ma table de mixage, qui a tout de même dix-huit ans. J’organise tout dans le seul but de faire de la musique.»

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