La Française Véronique Gens, soprano conquérante

InterviewLa cantatrice aborde pour la première fois l’opéra-bouffe dans «La Belle Hélène» au Grand Théâtre.

Véronique Gens, soprano curieuse de tout, vedette mondiale avec Mozart, visite aujourd’hui Offenbach.

Véronique Gens, soprano curieuse de tout, vedette mondiale avec Mozart, visite aujourd’hui Offenbach. Image: Franck Juery/Alpha Classics

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sa zone de confort à elle, ce fut pendant longtemps la musique ancienne et le répertoire baroque. Ou encore Mozart, beaucoup de Mozart, qui lui a valu une notoriété mondiale. Mais il y a quelque chose d’indocile et de mouvant chez Véronique Gens, qui la pousse depuis une décennie à explorer de nouveaux territoires et à se mettre donc en danger. Ce sera une fois encore le cas, ce soir et pendant deux semaines, avec une première plongée dans l’opéra-bouffe, que la soprano découvre en incarnant le rôle-titre de La Belle Hélène d’Offenbach, codirigé au Grand Théâtre par Gérard Daguerre et Alan Woodbridge. Du trac? On en devine quelques traces dans la loge où la cantatrice nous accueille. Mais chez elle, on saisit surtout une curiosité dévorante, qui la pousse aujourd’hui vers un nouveau rivage musical.

Comment se passe cette première plongée dans le monde d’Offenbach?

C’est tout naturellement un peu plus de stress quand on aborde un nouveau territoire. Je découvre une autre nature textuelle, qu’il faut déclamer et qui requiert un jeu vif et nerveux, des répliques enchaînées du tac au tac. Alors, il faut soigner le rythme des dialogues et l’interaction des voix.

Avez-vous une méthode personnelle pour préparer un rôle comme celui qui vous attend au Grand Théâtre?

Je travaille uniquement sur la partition et je m’en imprègne. J’essaie surtout de comprendre le personnage à incarner, ses traits. Un aspect que je peux approfondir lorsque je me mets à travailler avec le metteur en scène. Dans tous les cas, je n’aime pas écouter des versions de l’œuvre. Je ne veux pas être influencée par des références.

Votre Hélène, comment la qualifieriez-vous?

C’est un personnage complètement déjanté et fou. Comme toutes les autres figures de cette production, d’ailleurs. C’est drôle à jouer et ça m’éloigne des Agamemnon ou des Iphigénie, le texte est divertissant. Je suis bien sûr plus à mon aise dans des rôles sérieux, ceux des tragédiennes. C’est pourquoi, durant les cinq semaines de répétition que j’ai derrière moi, j’ai dû travailler dur le jeu, affiner jusqu’aux dernières nuances pour saisir et comprendre le texte et lui donner du rythme. Par bonheur, vocalement, ce n’est pas si compliqué. C’est un souci en moins…

Quelle est l’approche musicale du chef d’orchestre Gérard Daguerre?

Elle est très éloignée de ce qu’on a l’habitude d’entendre. L’orchestre est réduit dans ses pupitres. Surtout, il y a un piano au milieu de la fosse, que le chef joue lui-même tout en dirigeant. Gérard Daguerre a arrangé une bonne partie des partitions et les a adaptées en leur donnant une touche quasi jazzy. C’est très étonnant, loin de toute tradition.

Votre chemin a débuté par le baroque, au sein des Arts Florissant de William Christie. Puis vous avez beaucoup chanté Mozart et, petit à petit, vous avez glissé vers un répertoire proche du présent, avec des œuvres contemporaines. Comment ce glissement s’est-il produit?

C’est au moment où j’ai compris que ma voix était capable de chanter d’autres répertoires que je me suis orientée vers de nouveaux défis. Ma voix m’a toujours guidée et je crois qu’à un certain moment de ma carrière, elle avait besoin de chanter autre chose. Le développement logique a été Mozart, qui m’a apporté beaucoup de bien-être vocal et une liberté incroyable. Par la suite, ce fut une succession de «et pourquoi pas?» qui m’a fait découvrir d’autres compositeurs encore.

Quels sont les guides, les personnages qui vous ont aidée à éclairer ces passages?

Dans le passage du baroque à Mozart, ce fut le chef Jean-Claude Malgoire. Quelqu’un à qui je dois vraiment beaucoup. Par la suite, j’ai décidé seule, en comprenant par moi-même ce que je pouvais chanter. C’est ainsi que j’ai abordé, par exemple, les œuvres de Gluck, dont la tessiture des personnages — d’Alceste ou d’Iphigénie — me convient parfaitement. Et c’est aussi de cette manière que je me suis lancée dans la mélodie française.

Il y a quelques années, vous avez été au cœur d’une aventure discographique retentissante: trois albums intitulés «Tragédiennes», où vous exploriez certains personnages que vous aviez incarnés. Comment cette idée est-elle née ?

Tout est parti du chef Christophe Rousset, que je connais depuis longtemps. Lorsque j’ai commencé à quitter le répertoire baroque, il m’a proposé de parcourir ensemble tous les rôles que j’avais incarnés durant ma carrière. On a commencé par Lully et on est arrivé à Gluck dans le premier volume. Le disque s’est tellement bien vendu qu’on nous a proposé d’en faire un deuxième, puis un troisième. Ce succès n’était absolument pas prévu mais il m’a permis d’enregistrer avec des musiciens passionnés, ceux de l’ensemble Talens Lyriques, qui ont beaucoup travaillé pour restituer ces musiques sur instruments d’époque.

Quels sont les rôles que vous aimeriez incarner dans l’avenir proche?

Il y en a un que je commence à travailler sérieusement et que j’incarnerai dans deux ans. C’est Desdemone, dans l’Otello de Verdi. Cela fait longtemps que je rêve de ce rôle. Il va se concrétiser au Staatsoper de Vienne.

«La Belle Hélène» Au Grand Théâtre, jusqu’au 25 octobre. Infos: www.geneveopera.ch

Créé: 12.10.2015, 18h02

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève: les communes les plus riches ont le plus de chiens
Plus...