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Allons vagabonder dans le rock avec Pierre Omer

Le beau ténébreux de la scène genevoise retrouve ses Nightcruisers, grand orchestre avec cordes classiques et pedal steel. L’album est une merveille.

À l’origine des Nightcruisers, deux figures de la scène genevoise: le violoniste Philippe Koller (à gauche) et le chanteur et guitariste Pierre Omer, coiffé de son habituel chapeau noir.
À l’origine des Nightcruisers, deux figures de la scène genevoise: le violoniste Philippe Koller (à gauche) et le chanteur et guitariste Pierre Omer, coiffé de son habituel chapeau noir.
Lucien Fortunati

Le coude par-dessus la portière, les cheveux au vent, clope au bec. Tel l’écrivain Jack Kerouac sur la route, tel le chanteur Tom Waits roulant dans la nuit en quête du dernier rade encore ouvert, Pierre Omer à son tour envisage le point de fuite des «cruisers». Nightcruisers, pour être précis: quelque chose comme les maraudeurs en français, nocturnes pour corser l’affaire. Pierre Omer a les siens, c’est sa bande: douze musiciens de tous horizons, de tous acabits, un trio de cordes classiques côtoyant une trompette, un banjo, une batterie, des samples électroniques, également la pedal steel, cette espèce de guitare couinante que l’on pose sur les cuisses, outil sacré de la country music. Vous voyez le tableau? Un sacré bazar rien que pour Pierre Omer.

On le connaît bien, celui-là. Pantalon noir, chemise noire, veston noir, tout est noir chez le musicien genevois, le chapeau, les sourcils, y compris ce petit bouc ornant le dessus de son menton. Sans oublier le regard. Ascendant indien, via Londres, avant d’atterrir au pied des Alpes. Quant à parler des mots, comme des mélodies, disons plutôt qu’ils sont en clair-obscur.

Un climat de cinéma

Pierre Omer est le beau ténébreux du rock genevois, spécimen unique en ces contrées lacustres. Un dandy paraît-il. À notre avis, un vagabond céleste, errant çà et là en quête de nouvelles aventures. Comme les beatniks, comme Kerouac, leur roi. Pour ne rien gâcher, Pierre Omer est un pince-sans-rire, et un poète quand il veut, lorsque ça lui prend, parfois mais bellement. Enfin, sa musique est une merveille. Comme son dernier album avec les dits Nightcruisers.

«Time Flies», ça s’appelle. Quatre ballades, trois rock, un instrumental. Environ. «Climatiques», dit l’auteur à propos des ballades. Cinématiques conviendrait également. Voyez «Still That Girl», premier titre du disque: banjo folk, guitare surf, percussions galopantes, comme si le cache-poussière des cow-boys de Morricone balayait le plancher du bal au château, violoncelle, alto et violon tirant d’un trait précis le cadre fantasmagorique de cette histoire à dormir debout. «Scream box, screen talks…» Le chant va grave et feutré, pour raconter ce sentiment d’impermanence, ce flottement entre deux eaux que l’auteur a ressenti un jour. Non dans une gare du Far West. Mais dans les aéroports. Genève-Madrid, allers et retours incessants. Sa belle était là-bas, leur enfant aussi. Lui en Suisse. Scream box: la boîte dans laquelle on crie. Screen talks: l’écran par l’entremise duquel on tente de discuter. Appareil mobile. Smartchose embarquée sur chaque individu civilisé. Voilà tout ce qu’il y a quand le reste est en attente. L’odyssée sixties de Kerouac, révisée par la téléphonie du XXIe siècle.

Un certain Philippe Koller

Pierre Omer, la première fois ou presque, on l’avait vu en Dead Brothers. C’était il y a longtemps. Aujourd’hui, il fait toujours sa Swing Revue, accompagné d’un fakir aux charmes puissants. Lorsqu’il n’est pas avec un trio blues fort bien sapé, Los Gatillos. Mais les Nightcruisers donnent autre chose: cette matière orchestrale richement arrangée, particulièrement cohérente – un miracle d’équilibre, où les timbres propres à la musique de chambre répondent à point nommé aux sonorités plus directes propres à un songwriting d’une veine transatlantique – pour partie américaine, l’autre en Angleterre.

Cette réussite, c’est le fruit d’une rencontre aussi discrète qu’ancienne. Voici à présent Philippe Koller, violoniste, d’éducation classique, mais nourri avant tout au jazz. L’AMR, voilà sa première famille. Le violon jazz a ses codes, ses modèles, aussi rares qu’imposants – Stéphane Grappelli, pionnier du jazz manouche. Cet héritage, on ne l’entendra pas sur le présent album. Mais il est clair qu’il nourrit encore l’art de Philippe Koller: c’est en autodidacte, librement, au gré de ses désirs, que ce dernier façonne le son. Ainsi quand il arrange si bien les choses… Pierre Omer: «On s’est rencontré sur une pièce de marionnettes, «Loulou» d’après Grégoire Solotareff. Philippe faisait les cordes, moi, tout ce que je sais faire, des mélodies.» Ils se sont entendus, ont noué des liens indéfectibles.

Des invités de marque

Il y a quelque temps de cela, Pierre envoie un lot de chansons à Philippe. Qui orchestre le tout, invite de nouvelles recrues, la chanteuse Lyn M du groupe Elvett, le batteur des Young Gods, Bernard Trontin, le contrebassiste Christophe Ryser, des Hell’s Kitchen, François Tschumy à la pedal steel, Guillaume Lagger à l’harmonica… C’était il y a cinq ans. Après une résidence d’artiste dans le cocon boisé de l’Épicentre, à Collonge-Bellerive, l’équipage désormais au complet opérait sa première sortie, pour filer dans la nuit genevoise. L’album «Time Flies» témoigne de ce premier chapitre des errances magnifiques signées Pierre Omer and The Nightcruisers.

«Time Flies» Pierre Omer and The Nightcruisers (Beast Records)

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