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Urgence, il y a concert!

À l’ombre de l’Usine, le disquaire aligne les live presque tous les soirs, même en été. Ici bat le cœur musical de la Cité.

Urgence Disk, au rez de l’Usine: en charge du label discographique, du magasin et des concerts, Damien Schmocker. Parmi les derniers concerts, cet été, on y a vu, notamment, l'Américain Andrew Ellis, grand barbu tapant le folk comme un prophète.
Urgence Disk, au rez de l’Usine: en charge du label discographique, du magasin et des concerts, Damien Schmocker. Parmi les derniers concerts, cet été, on y a vu, notamment, l'Américain Andrew Ellis, grand barbu tapant le folk comme un prophète.

Rez de l’Usine, au fond du couloir, à gauche. Chaud dehors, au moins 30 degrés sur la place des Volontaires. Ombre dedans. À l’intérieur, ça palpite, ça discute, ça s’abreuve. Et ça écoute. Il y a concert ce soir, comme presque tous les jours de l’année à l’heure de l’apéro. Urgence Disk: ici bat le cœur musical de Genève. C’est prétentieux de dire ça? Non, puisque même l’été, lorsque les principaux clubs rock de la ville sont en vacances, le petit magasin de disques, lui, continue d’aligner des concerts.

C’était Andrew Ellis l’autre fois, «one man band» débarqué de l’Ohio. Grelots sur le pied gauche, le pied droit sur la pédale de grosse caisse, guitare dans les mains. Une voix de stentor pour réchauffer de vieux folks immémoriaux, lustrant des ballades country, blues, un peu rock, de son timbre fumé. Un solitaire, que le public, foule bigarrée, apprécie dans une proximité peu commune. Urgence Disk: on est revenu encore, on y reviendra toujours. Pour écouter The Acharis, duo californien de new wave revisitée, d’un professionnalisme très américain jusque dans ses élans bruitistes. Puis encore ces vieux briscards du bout du lac: «Hermance hardcore, on a les couilles!» Signé Punk de Salon, trois quinquagénaires moulinant des guitares comme ils brassent la bière. La Gytane, en vente au bar.

L’esprit rock’n’roll

«Mieux que Paléo, hein?!» Paroles d’habitué, voilà un lieu que l’on chérit sans concession. Urgence, c’est un confort sans pareil, pour le public comme pour les musiciens. On vous décortiquerait volontiers la sonorisation, d’une qualité à faire pâlir bien des scènes de la place. Disons aussi qu’on se retrouve ici à des lieues du show-business, de la spéculation qui amoche l’industrie du spectacle. Rien de cela ici. «Quelle que que soit l’affiche, tu n’es jamais déçu. L’entrée est à prix libre. Au pire, tu a bu une bière. Dans tous les cas, le cadre pousse à l’écoute. C’est de la découverte, des musiciens qu’on ne verra pas tant ailleurs.» Dixit Billy (nom d’emprunt). Billy, qui a son verre accroché au mur, avec son prénom écrit dessous. L’avantage des visiteurs réguliers. «Cinq fois par mois, et tu as le verre.» Ou était-ce cinq fois par semaine…

Urgence Disk, ni tout à fait un bar, ni uniquement un magasin de disques, ni un espace de show-case. Mais tout cela et plus encore. Qu’il y ait cinq ou cinquante personnes, on ressentira toujours cette proximité avec les artistes, parce qu’on est tous au même niveau, sur le sol, dans un mouchoir de poche. «Ça m’évoque le cadre familial des fêtes de Noël», songe Billy.

Urgence cultive cet esprit rock’n’roll, cette possibilité donnée aux musiciens de tous bords, de tous styles, de se dire: je trace la route, j’ai un «day off», un jour de congé, où peut-on jouer dans le coin ce soir? Avec Urgence Disk, la réponse est aussi simple que l’organisation est efficace: ici! Et ce ne sera pas pour le cachet, il n’y en a pas. En revanche, il y a le couvert et le gîte. «Pour un artiste qui aligne les kilomètres d’une salle à l’autre, ce sera toujours mieux que de payer un hôtel trop cher, surtout en Suisse.» Ainsi que l’explique Damien Schmocker, alias Le Baron, programmateur.

Alternatif et bénévole

Urgence Disk, Damien Schmocker. L’un ne va pas sans l’autre. Depuis cinq ans, depuis qu’il a été limogé de la salle voisine du Rez, notre homme accueille de dix à vingt concerts mensuels, souvent plus. «Ce lieu, c’est la mémoire de l’Usine, son musée. Pour ses affiches, ses disques. Et pour ses archives vidéos, environ 2100 concerts filmés à ce jour.» Des concerts qui, par ailleurs, sont diffusés en direct sur la chaîne YouTube du magasin, cumulant parfois jusqu’à 4000 vues.

Sacré Baron. Ne lui faites pas dire qu’il est un samouraï de la musique. Les autres s’en chargent. Que dire du nombre ahurissant de concerts qu’il organise ici, avec des moyens dérisoires? «Sans aucuns moyens», corrige l’intéressé. Les autres, encore: «C’est devenu un truc tellement normal qu’il ne s’en rend plus compte.» Damien qui, pour sa part, reste d’une modestie proverbiale. Est-il une sorte de moine? Un stakhanoviste? «Je n’ai pas de règle. Je gagne ma vie comme technicien de scène. Quand j’ai du temps, je bosse ici, comme bénévole. À mon sens, les salles de concert subventionnées devraient être tout le temps ouvertes, quitte à laisser à d’autres le soin d’organiser des soirées. Je suis dans les murs de l’Usine depuis le début. Je suis conscient que rien ne m’appartient. Alors, j’utilise cet endroit pour proposer un maximum de choses.»

Le magasin est né il y a vingt-huit ans. Suivi du label discographique, en 1997. Urgence Disk Records compte aujourd’hui 200 sorties à son actif. Une prouesse? Que ce soit pour l’édition ou les concerts, le fonctionnement reste le même: alternatif et bénévole. D’autres associations – La Teuf, Drone to The Bone –, d’autres labels – Le Pop Club, Cheptel – amènent leur participation au projet, qui s’avère plus pertinent que jamais.

Urgence Disk, pl des Volontaires 4. Prochains concerts: je 2 août, 18 h 30, S.E.D.; sa 4 août, 17 h, DJ Feignant; di 5 août, 17 h 30, Svartvit, Púrpura. Infos: urgencedisk.ch

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