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Sur nos platinesDe Tricky le terrible à Beethoven en majesté, notre sélection discographique

Huit albums classiques, pop, électroniques, jazz et folk.

L'artiste britannique Adrian Thaws, alias Tricky, 52 ans, figure majeure du trip-hop.
L'artiste britannique Adrian Thaws, alias Tricky, 52 ans, figure majeure du trip-hop.
DR

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Tricky

«20.20» (False Idols)

Le timbre fumé, les mots articulés-machés dans une lenteur de plomb: quelle force! S’il est un producteur fabuleux, coupant et recollant comme personne les matériaux blues, gospel, soul, et rock avec la méthode électronique, qu’elle soit hip-hop, ambient ou trip-hop, Tricky reste un fameux poseur de rimes. Quand il est seul, cabré comme un boxeur devant le micro («Hate This Pain»). Ou lorsqu’il invite une voix féminine à prendre la main, Marta sur le premier titre, puis Anika sur «Lonely Dancer». Ici un riff au piano, là une syncope sur la grosse caisse suffisent alors pour donner le rythme. Du grand art, qui s’accorde avec la parcimonie: «20.20» sert trois titres et c’est très bien ainsi. F.G.

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Schubert

«Ouverture en style italien», «Symphonies N°6 & 4», Orchestre de chambre de Bâle, direction de H. Holliger (Sony Classical)

Peut-on parer ce maître romantique qu’est Schubert d’habits le faisant passer pour une figure du style classique? Oui, nous dit en substance Heinz Holliger, qui poursuit son intégrale des symphonies de l’Autrichien en prolongeant des options étonnantes, voire désarçonnantes. En excluant la liminaire «Ouverture…», dont les courbes s’avèrent très arrondies, on campe dans un discours sec, direct, rendu frontal par des effectifs ramassés. Dès lors, il faut habituer l’oreille aux phrasés sans effets de manche de l’Orchestre de chambre de Bâle – on croit entendre par endroits Harnoncourt. Passé cela, reste une version plus qu’honorable. R.Z.

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Vivaldi

«Concertos pour flûte à bec RV 441, 442, …» Il Giardino Armonico, direction et flûte par G. Antonini (Alpha)

Un concentré vitaminique par ces temps opaques? Tournons-nous vers le Giardino Armonico, dont la maîtrise de la syntaxe et du style vivaldien décoiffe album après album. Ici, on est d’abord captivé par le moelleux du continuo, par la sensualité des archets et la délicatesse des cordes, sur lesquelles vient se poser la virtuosité étourdissante de Giovanni Antonini, dans un répertoire diabolique, fait pour couper le souffle et les doigts de l’interprète. Les mouvements rapides du «RV 441» et du «RV 445» recèlent des pics techniques renversants. Partout ailleurs, on est conquis par les contrastes et les dynamiques du Giardino, qui dessine un paysage sonore voluptueux. R.Z.

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Johanna Warren

«Chaotic Good» (Wax Nine/Carpark Recods)

Un son chaleureux, une voix pleine, des éclats merveilleux, des ombres caressantes, country, folk, rock avec un talent pour sortir l’accord magique qui fait vibrer les sentiments… Johanna Warren a traversé la dernière décennie sur des airs de presque rien, en songwriter délicate. Mais la voici qui prend une dimension nouvelle, ouvrant le bal en invoquant les inflexions aériennes de Joni Mitchell («Rose Potion»), avant de virer vers un thème enlevé («Part Of It»). Et la folk de se marier à la pop, Johanna Warren rivalisant de finesses tant dans les arrangements – guitares légères, batterie discrète – que l’écriture, captivante sans être révolutionnaire. On garde en mémoire le lascif «Bed Of Nails» et le fragile «Hole In The Wall». F.G.

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Mahler

«Symphonie N°4» Orchestre du Minnesota, C. Sampson (soprano), direction de O. Vänskä (Bis)

On avance dans cette version de la «Quatrième» de Mahler comme on sortirait d’une courte sieste, étendu dans une clairière, les yeux à peine ouverts, les contours du monde se dessinant progressivement et avec beaucoup de douceur. On doit la puissance de cette évocation à la direction toute en délicatesse du Finlandais Osmo Vänskä, qui place cette pièce tant de fois visitée et transcendée à une hauteur atteignable, sans emphases, ni brusqueries, les attaques s’affichant avec douceur. La discrétion des cuivres, qui n’ont rien d’acidulé, les glissandi impressionnants des archets et la voix limpide de Carolyn Sampson font le reste. Une version qu’il faut adopter sans hésitation, donc. R.Z.

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Beethoven

«Sonates pour piano op. 109, 110 & 111», Maurizio Pollini (Deutsche Grammophon)

Il y a quatre décennies et des poussières, Maurizio Pollini – 78 ans aujourd’hui - s’est attaqué aux trois dernières «Sonates» de Beethoven, dans une intégrale qui a pris quarante ans pour se concrétiser. Grand exégète de ce répertoire, le Milanais remet une couche, en offrant du coup le programme des derniers récitals donnés il y a un an, et dont l’étape genevoise avait montré un interprète quelque peu fatigué. Un tout autre musicien surgit ici, armé d’un discours à la cohérence imparable, qui ne dévie jamais du sens de la lettre. À cette rigueur légendaire s’ajoute une énergie de jeune homme et une précision technique simplement diabolique. Une référence donc, encore et toujours. R.Z.

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Louis Matute

«How Great This World Can Be» (QFTF REcords)

Dans la nouvelle génération des jazzmen romands, la diversité des instruments est de mise et la guitare campe en bonne place. Représentant genevois de la six-cordes électrifiée, Louis Matute aligne les projets d’envergure, dont son propre quartet, doublement auréolé par le Cully Jazz et JazzContreBand. Virgile Rosselet à la contrebasse et Nathan Vandenbulcke à la batterie posent une solide section rythmique, tandis que Léon Phal au saxophone ténor joue des entrelacs mélodiques avec Louis. Le son est impeccable, les équilibres parfaits et les compositions originales, un atmosphérique «Argile» croisant les Caraïbes de «Dügü» et le groove éthiopien de «Scuact». F.G.

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Roedelius

«Selbstportrait: Wahre Liebe» (Bureau B)

Figure de la scène krautrock allemande, cofondateur du groupe Cluster, Hans-Joachim Roedelius a été dès les années60 un des principaux pionniers de la musique électronique. Outre ses nombreuses collaborations, notamment avec Brian Eno, Roedelius a développé une discographie personnelle foisonnante – plus de quarante albums depuis la fin des années70, dont une suite de «Selbstportraits» commencée en 1979. Aujourd’hui octogénaire (il aura 86ans en octobre), Roedelius, qui ne produit plus trois opus par an mais plutôt un tous les cinq ans, vient d’ajouter un nouvel «autoportrait» à sa collection. Voilà une musique purement instrumentale, jouée sur des claviers pour l’essentiel, avec des sons de synthétiseurs, de pianos électriques, d’orgues… Les compositions sont très simples en apparence, construites sur des mélodies minimalistes, tantôt avec des rythmes répétitifs (dansant «Spiel im WInd»), tantôt avec un rubato évanescent (rêveur «Vormals»). Pour autant, ces deux opposés ne sauraient résumer le caractère si particulier qui émane de cet album. Tant les timbres – du plus éclatant au plus sourd – que le «chant», émouvant, portent vers un état de contemplation intense. F.G.

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