Passer au contenu principal

Trentemøller à l’Alhambra, rigueur et tremblement

A l’enseigne d’Antigel, le champion de l’électronique faite pop a largué son content de rock face à la foule

Trentemøller, en bande jeudi soir sur la scène de l’Alhambra, à l’enseigne du festival Antigel,
Trentemøller, en bande jeudi soir sur la scène de l’Alhambra, à l’enseigne du festival Antigel,
Maurane Di Matteo

Toutes de noir vétues, cinq silhouettes percent la fumée artificielle. Cinq demi-dieux sur la scène de l’Alhambra. Voici Trentemøller et son band. Evénement attendu à l’enseigne du festival Antigel, la soirée démarre en trombe. Le public est venu en masse écouter le génie danois de l’électronique. Qui balance d’entrée un rock puissant, bardé de guitares saturées et de basses lourdes.

Les basses, ce sont elles qui tiennent l’édifice, elles qui retentissent de plus belle entre les murs sombres de la salle. C’est une pulsion raide et dure qui roule et cogne la foule. Le son est fort, trop fort même, mais il est bon. Très bon. Preuve (enfin?) que l’Alhambra tient la route lorsqu’elle se mue en club pour les musiques amplifiées. Le contexte d’ailleurs, cette architecture ancienne toute en moulages et rondeurs, intérieur plus organique qu’industriel, offre un écrin particulièrement approprié à pareille prestation. Il fallait voir ses lumières froides, tubes au néon dessinant des formes géométriques aveuglantes, s’opposant par contraste avec le fond de scène, sorte de gigantesque peinture abstraite. Ce même contraste que l’on retrouve dans la musique.

Une voix dans la tempête

Dès l’entame et pour près de deux heures de prestation, les évocations musicales affluent. Celle, violente et dure, du Depeche Mode dernière période. Cette autre, sinueuse, des Cure, ainsi que toute la période new wave en général. Et s’il y a de l’électronique pure et dure, elle appartient soit au trip-hop, soit à cette techno mêlée d’indus dont se repaissent les amateurs de transe germanique. Trentemøller, Andres de son prénom, avait pourtant gagné ses palmes d’électronicien en tricotant, il y a dix ans de cela déjà, de subtils paysages sonores tout en cliquetis moirés. Toutes choses que l’on perd ici. Au profit d’une efficacité redoutable. Trentemøller, définitivement, est un band, un orchestre, un groupe. Guitares, basse, batterie et claviers pour les instruments. Tandis que la chanteuse Marie Fisker, elle-même guitariste, prend par intermittence le micro.

Elle se tient, royale, dans le maelström, corps moulé dans une tenue anthracite. De Marie Fisker, on retient ce timbre clair, puissamment charpenté, quoique copieusement relayé par les filtres sonores. Disposée ainsi parmi les éclats d’électronique, la chanteuse donne cette respiration, cette grâce qui manque parfois à l’ensemble.

On frise l’extase cependant, et l’auditoire en redemande. Les spectateurs ondulent à leur tour, et dansent. Les têtes hochent dans de lourds mouvements, comme hébétés. Les corps font leur cette sensualité presque violente. Qui déborde les enceintes lorsque, d’un geste leste, le capitaine danois de cette équipée survoltée lance un dernier branle-bas, pied au plancher.

Au final, les plus convaincus, collés devant la scène, saluent les bras levés cet assaut de rock, ce monstre de métal cravaché de main de maître. Car il en était d’autres qui avaient déjà filé: ainsi reformulé pour sonner fort et dur, Trentemøller a laissé sur le bas-côté les fans de la première heure, ceux qui attendaient d’autres ambiances, autrement plus languides que le bombardement qu’avait subi, ce soir-là, l‘antre sombre de l’Alhambra.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.