Toujours punk, Nigel Kennedy débarque à Genève

ConcertLe violoniste au style hétéroclite se produit ce samedi à Genève avec les étudiants des HEM suisses et son amour, Bach. Interview.

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Il est là. Habillé de son mythique maillot de foot de l’équipe anglaise Aston Villa un peu déchiré sur les bords, le sourire aux lèvres lorsqu’il fait tournoyer sa jolie crête. Il est là. Hurlant de plaisir devant les étudiants des Hautes Écoles de musique suisses (HEM), qu’il dirigera lors du concert Bach Reloaded, ce samedi 30 novembre à Genève et lundi 2 décembre à Lausanne. Le violoniste britannique Nigel Kennedy est comme ça, avec ses propres règles, n’hésitant pas, lors d’une répétition au Théâtre d’art moderne et contemporain (TAMCO) genevois, à distribuer des bières en proférant des gros mots pour remercier les troupes ravies de l’expérience. Et lorsqu’il se met à jouer, tous les yeux scintillent, rivés sur lui. Le travail est intense, les échanges aussi, la soirée sera longue. Il ne lâchera rien, jusqu’à servir un bon vin rouge au plus stressé, en lui caressant la tête. «Tiens, ça te fera du bien... On reprend!» L’artiste allie plaisir et rigueur, toujours avec excès et bienveillance.

Êtes-vous un homme libre et heureux aujourd’hui?
Totalement. Je suis très satisfait de ma vie. Par contre mon chien se fait vieux et ça me rend triste, car je passe beaucoup de temps avec lui.

Quel rôle votre personnage punk a-t-il joué dans votre carrière?
Je crois surtout qu’il y a toujours un combat à mener contre le pouvoir établi. Celui-ci ne devrait pas définir les règles aux musiciens. Et je suis toujours prêt à me battre intellectuellement contre les grosses multinationales comme Sony. Regardez ce que George Michael a dû subir à l’époque. Il a prétendu être hétérosexuel pour satisfaire sa maison de disques! D’ailleurs aujourd’hui, les compagnies sont très avares avec les artistes. Donc à quoi bon se laisser dicter des choses par des ignorants?

Comment se renouveler aujourd’hui ?
Je grimpe tous les jours la montagne qui se trouve derrière ma maison. Car il n’y a personne et je peux simplement contempler la nature. C’est ça le renouveau. Pour un musicien, étrangement, le silence est un phénomène incroyable.

Est-ce une envie ou un devoir de transmettre votre savoir aux jeunes générations?
Les deux. Lorsque j’étais jeune, je luttais contre les influences autour de moi. J’ai vite ressenti le besoin de forger ma propre personnalité. Et certaines personnes m’ont concrètement aidé à cela. Je peux dire merci à Yehudi Menuhin et à Stéphane Grappelli, deux immenses violonistes qui m’ont donné d’incroyables outils pendant mes premières années, chacun à leur manière. Aujourd’hui, c’est mon tour. Surtout dans le milieu de la musique classique, où il est difficile de se démarquer, contrairement au jazz.

Vos concerts sont toujours un enchaînement de surprises. Y en aura-t-il cette fois?
D’autres styles surgiront, mais chut! J’attends aussi d’être sur scène pour me laisser surprendre… Pour vous en dire un peu plus, j’intégrerai par exemple des guitaristes, ce qui est inhabituel dans un programme Bach. Je collabore avec ces musiciens allemands depuis vingt ans maintenant. Et nous jouons aussi bien des pièces de Stéphane Grappelli que de Jimi Hendrix. De tous les styles en fait, sauf la country.

Pourquoi?
Parce que je déteste ça. Pour la mélancolie, je préfère le blues. Ce que j’admire chez les génies comme B.B. King ou Howlin’Wolf, c’est que malgré leur passé difficile, leurs mélodies célèbrent la vie.

Bach reste votre compositeur préféré… L’écoutez-vous souvent?
À part les artistes de Motown, le reggae, le trip hop ou le blues, je n’écoute pas grand-chose. Mais tous les jours, ma première heure de répétition consiste à jouer du Bach. Un bon moyen pour moi d’évoluer à la fois sur le plan technique et spirituel. Son génie me fait avancer. C’est comme de la méditation.

Le travail, c’est la santé?
Absolument. Et je cherche encore à m’améliorer. Impensable pour moi de rester le même ou de m’écrouler. Jamais. Pour évoluer, il faut s’acharner. Mais tout ne passe pas par la technique! À la fin de leur carrière, le pianiste Arthur Rubinstein et le violoncelliste Pablo Casals n’étaient plus au top. Pourtant, ils ont atteint une grande profondeur.

Quel a été le plus important déclic dans votre carrière?
Au début, lorsque j’étais le seul p… de Blanc dans certains clubs de jazz à New York, les gens voulaient me foutre dehors. Mais je me suis mis à jouer, et tout le monde a fini par m’accepter. On m’a considéré pour ce que j’étais à l’intérieur. C’est la première fois que je me suis rendu compte à quel point la musique pouvait briser certaines frontières.

En 1992, vous vous êtes éloigné du milieu pendant cinq ans. Pour mieux renaître?
Oui, c’était le seul moyen pour moi de réfléchir. L’industrie musicale met trop souvent l’art au second plan. Jamais je ne changerais mon style pour être connu ou gagner plus d’argent. Tout ce que je demande, c’est de pouvoir jouer au mieux des œuvres qui viennent de la terre. Et qui traversent mon corps pour faire voler le public. C’est la seule façon de renforcer les liens entre les gens. Le footballeur fait exactement la même chose sur le terrain.

Vous avez posé votre archet sur les meilleurs violons, comme celui d’Antonio Stradivari. Avec lequel jouez-vous aujourd’hui?
Un Martin Bouette, moitié français, moitié anglais. C’est un violon chanceux, car la plupart des instruments de ce fabricant n’ont pas la qualité du mien. Il est magique, comme un dieu vivant. Je l’ai emporté avec moi dans le désert et dans des lieux à moins 22 degrés. J’ai appris à ne pas avoir un respect démesuré pour les instruments anciens à 10 millions d’euros. Certains violons modernes font aussi un travail fantastique.

Créé: 30.11.2019, 12h53

En dates

1956 Naît le 28 décembre à Brighton, en Angleterre.

1963 Intègre l’École de violon de Yehudi Menuhin.

1974 Premiers concerts avec Stéphane Grappelli.

1977 Début de grands succès à Londres, notamment sous la direction de Riccardo Muti.

1989 Triomphe planétaire avec son disque consacré aux «Quatre saisons» de Vivaldi. Avec ses ventes, il entre au Livre Guinness des records.

1997 Après cinq ans d’absence, il revient et multiplie les projets, dont l’enregistrement de «Nigel Kennedy Plays Bach» avec le Berliner Philharmoniker.

1999 Plonge dans l’univers de Jimi Hendrix avec «The Kennedy Experience».

2016 Sort «My World», un album où il rend, entre autres, hommage à ses mentors.

2019 Revient en Suisse avec Bach Reloaded, le 30 novembre au Victoria Hall (Genève), et le 2 décembre à la salle Métropole (Lausanne). Concert en faveur de Graines de Paix, association pour la paix par l’éducation, et pour les 30 ans des Droits de l’enfant. Une partie du prix du billet sera reversée à l’association.

Sur le vif

Qu’est-ce qui vous endort?
La musique country. Mais une très bonne journée me suffit à m’endormir sans problème.

Un plat que vous ne mangerez jamais?

Je suis allergique aux aubergines et aux olives. Donc quand je vais en Palestine, je perds du poids!

La personnalité avec qui vous ne partirez pas en vacances?

Probablement le prince Andrew (rires). Je suis désolé...

Quelles sont vos mauvaises pensées?

Birmingham City est concurrente d’Aston Villa, équipe de football de la même ville que je soutiens. Et j’ai de très mauvaises pensées lorsque j’imagine ce que je pourrais leur faire (explosion de rires). Excusez-moi...

Quels défauts avez-vous hérités de vos parents?

Aucun.

Qui aimeriez-vous rencontrer?

Billy Joe Saunders, champion du monde de boxe en catégorie poids moyen. C’est la meilleure section, parce que les coups sont forts, mais les sportifs gardent une très grande mobilité.

Votre livre de chevet?
Tout ce qui a trait à la littérature japonaise… J’en raffole!

Où aimeriez-vous encore vous produire aujourd’hui?
Ici, à Lausanne, car c’est la première fois.

La musique qui vous fait avancer dans la vie?
Marvin Gaye et tous les artistes de Motown. Il a été l’un des premiers à venir avec un CD pour soutenir l’environnement, bien avant que tout le monde commence à en parler. Il faut qu’on arrête de mettre ce p… de plastique dans les océans et de tuer toutes les espèces!

Quels sont vos projets?
C’est l’anniversaire de Beethoven cette année, donc je vais en jouer pas mal. Mais je suis aussi en train de composer un nouveau concerto qui s’en inspire. J’allierai le tout dans un concert, dans lequel j’intégrerai un didgeridoo, cet ancien instrument australien. J’aimerais aussi faire un autre projet autour de Jimi Hendrix, qui fait partie de ma vie, tout comme Bach.

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