Tori Amos, au chevet de l’humaine folie

Voix et chapitres«Native Invader» est cette œuvre intense que demande l’époque, défiant le manichéisme ambiant d’un regard riche en nuances. A suivre sur scène lundi 18 septembre.

Le visage de Tori Amos, comme son corps, se transforme, se grime, se maquille au fil des albums: pétroleuse, femme fatale ou baby doll, chaque disque est l’occasion d’un théâtre social dont les sommets résident dans les douze chansons-personnages de «Strange Little Girls», album de reprises paru en 2001. Ou les cinq «poupées» d’«American Doll Posse» en 2007. Autant de façons d’aborder l’imagerie liée à la femme, son aspect séduisant, contraignant, mercantile, ce qu’il dit de la sexualité féminine, également de la misogynie. Pour «Native Invader», celle qui scrute le spectateur s’apparente plus sûrement à «Tori», version «stylisée» de l’artiste, pour laquelle la chanteuse s’inspirait, en 2007, de la déesse de l’agriculture Déméter. Passionnant, n’est-ce pas?

Le visage de Tori Amos, comme son corps, se transforme, se grime, se maquille au fil des albums: pétroleuse, femme fatale ou baby doll, chaque disque est l’occasion d’un théâtre social dont les sommets résident dans les douze chansons-personnages de «Strange Little Girls», album de reprises paru en 2001. Ou les cinq «poupées» d’«American Doll Posse» en 2007. Autant de façons d’aborder l’imagerie liée à la femme, son aspect séduisant, contraignant, mercantile, ce qu’il dit de la sexualité féminine, également de la misogynie. Pour «Native Invader», celle qui scrute le spectateur s’apparente plus sûrement à «Tori», version «stylisée» de l’artiste, pour laquelle la chanteuse s’inspirait, en 2007, de la déesse de l’agriculture Déméter. Passionnant, n’est-ce pas? Image: DR

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Elle chante: «We may just survive/If the militia of the mind/Arm against those climate blind.» Survivre, on peut, si la milice de la pensée s’arme contre les aveuglés du climat…

Tori Amos est de retour, voix de tête et timbre de feutre en guise d’étendard. Secouez-vous, réveillez-vous, la nature pourrit sur pied… Voici, en substance, ce qu’exprime Native Invader, 15e album de la chanteuse nord-américaine, à retrouver sur scène ce lundi 18 septembre au Théâtre du Léman. «To the Earth will you show mercy?» («Aurez-vous pitié de la Terre?») demande Tori Amos au mitan de Up The Creek, chanson majeure d’un opus embrassant les affres, les dégringolades, les dégoûts et les sursauts du monde d’aujourd’hui.

Tous des molécules, tous frères

On s’arrêterait là, à cette antienne clamée haut et clair avec sa fille Tash, duo débordant d’une joie communicative, et la nouvelle proposition de l’auteure et compositrice de 54 ans ferait déjà sens avec l’époque. Ou comment exprimer l’urgence d’une catastrophe écologique, en alliant à ces formules textuelles, frappantes, l’imaginaire foisonnant du langage poétique et l’invention musicale, riche d’inspirations aussi variées que son répertoire, entamé il y a plus de vingt-cinq ans déjà.

Tori Amos est allée chercher dans les souvenirs de famille, un grand-père amérindien. Et la mélodie marque, elle aussi, mêlant violons de synthèse et beats électroniques, pop aérienne et mélopées entêtantes.

Reprenons. «Native»: les autochtones, les natifs. Le dernier mot que la pensée contemporaine a attribué aux «Indiens», pour les sortir un peu plus des clichés d’antan. Ceux qui vivaient là avant la colonisation des Amériques. «Invader» ensuite: les envahisseurs. Le terme qui caractérise les colons. Native Invader: renversement de perspective, langage apocryphe d’une société malade, écrasant ses marges, exaltant les puissants. Ou serait-ce l’appel à une révolte, un renouveau?

Tori Amos, qui mène à son gré une œuvre en connexion totale avec son temps, garde l’avantage de maîtriser l’idiome pop. On voudrait comparer pareil proposition avec le non moins intense Hopelessness, d’Anohni, ex-Antony Hegarty. Plus abscons, ce dernier. Mais tous deux sont soucieux de sonder la psyché américaine, plus largement occidentale, pour la rendre à son appartenance première. Voyez ce postillon de vie lâché sur la terre, et si plein de vie qu’il débordera toujours le cadre violent dans lequel les hommes, les pères, tentent sans cesse de le réduire. Bang dit alors l’essence migrante de l’humanité, sa condition biologique, cette «machine de molécules», ces atomes en provenance des étoiles…

D’une Lady Godiva environnementale, Tori Amos migre alors vers d’autre paysage: une figure maternelle se dessine, celle de sa propre mère rendue muette par une attaque cérébrale, Mary’s Eyes porté par un piano impressionniste, la gravité des sentiments transformée par l’allant vaporeux du chant et des cordes en soutien. Féerique, s’il n’était le thème, l’idée terrible de cette absence, cette perte, préfigurant une disparition. Et Mary’s Eyes d’installer une perspective d’une richesse fascinante: c’est l’ampleur, comme la saveur des légendes, qui se manifeste ici.

Entre violence et douceur

On y retrouvera les tournures chères à Tori Amos, le refrain haut perché, évoquant l’innocence de l’enfance, mais refrains acidulés, mélancolique autant que séducteur. Toutes choses qui la suivent depuis ses débuts avec Crucify, en 1991. La violence, aussi, des rapports humains, offrant autant de beauté que de destruction. Elle chantait jadis Me And A Gun pour raconter le viol. Des plaies à panser, des courbatures à force de revers, toutes ne disparaissent jamais. Les voici encore, jetées doucement entre une guitare comme ivre et le battement implacable des fûts, Wings chancelant. Et la douce étrangeté de la voix se plaît non moins dans la facture classique du rock pompier, Cloud Riders si proche parfois du Bowie des années glam.

Native Invader reprend les grandes lignes de sa carrière musicale, des arrangements richement dotés deFrom The Choirgirl Hotel(1998) aux sobres dialogues piano et voix. Chef-d’œuvre probable qui demande encore maintes écoutes. Mais à l’effleurer, déjà, les sensations qu’il procure sont intenses.

«Native Invader» Tori Amos, Decca. En concert lundi 18 septembre au Théâtre du Léman. Infos: opus-one.ch

Créé: 16.09.2017, 10h15

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