The Young Gods dans l'enfer assourdissant du Hellfest

ConcertDimanche, le groupe genevois a joué en clôture du festival voué au metal et musiques rock extrêmes.

Deux des trois membres historiques de Young Gods, Franz Treichler à la guitare et Bernard Trontin à la batterie; manque sur la photo Cesare Pizzi aux synthés.

Deux des trois membres historiques de Young Gods, Franz Treichler à la guitare et Bernard Trontin à la batterie; manque sur la photo Cesare Pizzi aux synthés. Image: STEPHAN BIRLOUEZ

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Une grande roue avec vue sur les enfers. Dans l’enceinte de ce Hellfest aux allures de parc d’attractions post-apocalyptique dévolu au metal et musiques rock extrêmes, le manège romantique jure avec les bars et stands formant d’hallucinants décors qui crachent des flammes en leur sommet à la nuit tombée.

Chaque année, la commune française de 7000 âmes de Clisson, située à une demi-heure de Nantes, est assaillie par quelque 60 000 festivaliers qui se livrent à une espèce de carnaval déluré entre les bars et six scènes des lieux. On y croise évidemment des milliers de tee-shirts noirs pleins de noms de groupes effrayants et de taches de sang, mais aussi beaucoup de festivaliers habillés en démons gothiques ou satanistes, des maîtresses sadomasochistes, des guerriers façon Mad Max, des super-héros ou des clowns.

Débordements rarissimes

Trois jours durant, la ville du Loire-Atlantique bat ainsi aux rythmes assourdissants du Hellfest et se plie en quatre pour cette horde tapageuse haute en couleur dont la sulfureuse réputation avait initialement effrayé l’habitant, avant que naisse une relation fraternelle, quasi fusionnelle. La mairie allant jusqu’à organiser une visite des lieux décorés de maintes têtes de mort et figures effrayantes pour ses seniors et retraités. Dans ce Hellfest, dont le budget atteint 27 millions d’euros et qui a érigé il y a trois ans une immense statue en mémoire du défunt chanteur de Motörhead Lemmy, au cœur d’un espace dédié au hardcore et baptisé Warzone, les débordements sont rarissimes et l’ambiance incroyablement bon enfant.

Pour sa 14e édition, qui s’est tenue à guichets fermés du 21 au 23 juin et dont les tickets ont été écoulés en deux heures tapantes, le Hellfest et ses 3000 bénévoles ont accueilli quelques bruyantes et emblématiques têtes d’affiche parmi les 150 groupes programmés. De Tool à Manowar en passant par Kiss, Def Leppard, Dream Theater, Slayer, Tool ou Anthrax.

Dimanche soir, en clôture du festival, c’est aussi les Suisses de Young Gods qui se sont distingués sous l’un des trois grands chapiteaux d’un festival qui accueille ses premiers concerts supersoniques le matin à 10 h 30. Alors que le chanteur-hurleur des Américains Lamb of God achève de renverser la foule compacte massée devant l’une des deux imposantes grandes scènes dressées côte à côte, le groupe genevois entame, à l’opposé, un concert d’une heure par une note psychédélique presque reposante au milieu des fracas métalliques et saturés incessants.

Pour cette date particulière, The Young Gods a choisi de muscler quelque peu sur scène le répertoire atmosphérique et digressif de son dernier et douzième album en date, Data Mirage Tangram. Un disque né, rappelons-le, de sessions de concerts au Cully Jazz festival… Trois morceaux ont donc été éjectés de la setlist habituelle au profit d’une triplette composée des illustres «Envoyé!» «Night Dance» et «Kissing the Sun». Trois titres enchaînés d’une belle intensité rock qui font d’ailleurs bondir un chapiteau qui s’est rempli petit à petit, au fil d’une prestation où ont aussi brillé les récents «Figure sans nom» et «Tear up the Red Sky».

Pour leur troisième incursion au Hellfest depuis cette rocambolesque première fois en 2010, époque Everybody Knows, où les Gods ont été victimes d’une panne d’électricité après vingt minutes de concert et se sont vus réinviter l’année suivante pour achever le travail, le groupe a assuré sans failles sa prestation devant un parterre qu’a surplombé partiellement durant un long moment un immense drapeau suisse.

D’ailleurs, The Young Gods n’avait pas seulement vue sur la pièce d’étoffe depuis la scène mais aussi sur le chanteur Slash des Guns N’Roses et son haut-de-forme sur l’écran géant de la grande scène en contrebas du site… Plus tôt, à l’heure des interviews de fin de journée, The Young Gods se plaît à rappeler cette anecdote parmi d’autres, dont celle des superstars américaines de Tool, payées désormais quelques centaines de milliers d’euros pour un show, qui avaient assuré dans les années 90 aux États-Unis quelques premières parties des Genevois.

Densité étourdissante

Ces mêmes Tool, justement, qui cette nuit-là ont fait parler la poudre en clôturant de magistrale et impressionnante façon le Hellfest, à la suite du traditionnel feu d’artifice, durant une prestation de metal progressif d’une heure trente. Douze ans que la formation n’était pas venue dans la Mecque francophone des musiques extrêmes. Le concert des Californiens, emmenés par Maynard James Keenan, s’est révélé d’une densité étourdissante et devrait laisser des souvenirs assourdissants aux festivaliers pour les douze années suivantes.


Le Hellfest fait figure d’ovni festivalier en Europe

Quelque 55 000 abonnements pour les trois jours de l’open air vendus en moins de deux heures, 5000 billets supplémentaires écoulés pour chacune des soirées: les records de Paléo n’ont qu’à bien se tenir.

Le Hellfest, rendez-vous annuel du metal et du rock extrême au mois de juin près de Nantes, affiche un succès insolent depuis plusieurs années et fait figure d’incongruité dans le panorama des festivals européens. Sa fréquentation a été multipliée par huit au fil des ans et il s’est hissé au troisième rang des festivals payants de musiques actuelles en France, malgré la mauvaise réputation de son public de métalleux.

À présent, le Hellfest songe même à se franchiser pour exporter ailleurs son modèle artistique et économique. Avec un budget de 27 millions d’euros, dont 25 000 euros de subventions de la région, le Hellfest fait même partie désormais des poids lourds de l’été festivalier en Europe. Cette année, il s’est aussi permis le luxe d’ajouter une quatrième soirée en jouant les hôtes pour le festival Knot Fest, qui accueillait notamment Slipknot et Papa Roach, en lui louant ses infrastructures.

Une sorte de rentabilité supplémentaire pour une manifestation qui est une marque reconnue à travers les frontières et dont le stand de merchandising officiel est littéralement dévalisé chaque année par un public très friand d’afficher son appartenance à la grande famille Hellfest.

www.hellfest.fr

Créé: 24.06.2019, 19h32

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