The Divine Comedy monte sur la drôle impériale d’une pop sans âge

MusiqueAvec «Foreverland», le chanteur Neil Hannon se prend pour Napoléon et conquiert des champs de bataille surannés et lestes. Revue des troupes.

La pop anglaise compte peu d’énergumènes de la trempe de Neil Hannon.

La pop anglaise compte peu d’énergumènes de la trempe de Neil Hannon. Image: Musikvertrieb/LDD

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Le drôle de bonhomme est de retour. Le chanteur Neil Hannon, âme damnée de The Divine Comedy, a si étroitement entremêlé l’humour et le grandiose, le cynisme et le romantisme, qu’il permet à ses auditeurs de goûter simultanément à tous les contraires. Au siècle dernier – une mention permise en raison du titre de son album de 1998: Fin de siècle – le musicien arrivait au Festival Balélec de l’EPFL sapé en rocker indé grisâtre. Lui qui soignait pourtant ses apparitions publiques travesti en néo-dandy… «Je suis juste un bon bluffeur», assénait-il, définitif dans sa démystification.

Près de vingt ans plus tard, alors que sort son 11e album studio, un Foreverland sans âge ou qui les contient tous, cet énergumène facétieux sorti du sein de la Britpop peinerait à se cacher sous sa (fausse) modestie – même si l’entraînant morceau d’ouverture s’intitule Napoleon Complex! –, tant son vocabulaire et sa capacité aux métamorphoses se sont étoffés.

Des Pet Shop Boys aux symphonies russes

Peut-être a-t-il gagné cette ampleur en quittant pendant six ans le train-train discographique et en mettant son talent au service d’autres horizons? Après une comédie musicale, une adaptation chantée du dramaturge Frank Alva Buecheler et une pièce pour orgue commissionnée par le Royal Festival Hall, ce lutin hors du temps revient avec une œuvre aussi légère que tourbillonnante de références lustrées et improbables – le principal intéressé confesse des penchants qui vont des Pet Shop Boys aux symphonies russes en passant par Edith Piaf!

Mais cette ascension vers la lumière n’a pas été de tout repos et il a fallu attendre l’ironique et bien nommé Casanova, son 4e essai de 1996, pour que The Divine Comedy échappe à l’enfer de l’échec. Et les années 2000 ne lui ont pas octroyé l’aisance d’un gentleman-farmer du show-biz, même si Neil Hannon n’a jamais perdu l’estime de ceux qui, un jour, avaient trempé dans ses envolées de grandiloquence narquoise. Ce fils d’un dignitaire de l’église d’Irlande manie l’autodérision avec la même verve que le narcissisme…

Motifs de fierté pop

Il suffit d’écouter son How Can You Leave Me On My Own, ouvert par un braiement pathétique de l’âne voisin de son studio, mais poursuivi avec la gracilité d’un David Bowie qui aurait découvert les joies boisées de la flûte, pour réaliser que le chanteur peut se saisir de la thématique la plus apitoyée et en faire un motif de fierté pop.

Même si Foreverland livre aussi, avec Other People, une chanson totalement déshabillée, simple ligne vocale enregistrée sur un iPhone dans une chambre d’hôtel, la tendance est plutôt aux orchestrations luxuriantes et aux recoins sonores insoupçonnés.

Cloches, clavecin, harpe et chœurs viennent illuminer le propos du piano et des violons. Projetés dans une église ici, balancés dans un music-hall par là. Il y a de la brocanterie dans cet album qui multiplie les motifs désuets sur son tapis, ménageant même une place à un duo enjoué, Funny Peculiar. «The Divine Comedy, c’est moi à mon plus pur. Savoir si c’est une bonne chose ou non dépend de votre goût.»

Un luxe démodé vaut mieux qu’une pauvre hype, non?

Créé: 03.09.2016, 20h30

L'album

Foreverland
The Divine Comedy
Divine Comedy Records (distr. Musikvetrieb)

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