The Cure, intègre jusqu'au bout des tifs

CritiqueLe groupe anglais a lustré son emphase douce et sombre en plaçant ses retrouvailles, jeudi à Paléo, sous le signe de son chef-d'oeuvre «Disintegration».

Image: Bastien Gallay

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Les fans de The Cure ont des joies simples. Un carillon, quelques nappes de synthétiseur pleuvant sur l'Asse au même rythme lent que l'averse, un Robert Smith merveilleusement empoté découvrant le public comme un cuisiner étoilé soulèverait le couvercle de ses casseroles, tout étonné qu'elles soient pleines. Massif et gauche, tandis que son groupe orchestre les retrouvailles, il marche d'une extrémité à l'autre de la scène pour saluer, mi sourire mi-grimace, les 35'000 spectateurs du Paléo qu'il a demandé expressément à retrouver pour cette tournée anniversaire.

Les fans de The Cure ont des joies simples, et ça tombe bien parce que «Plainsong », qui frappe ciel et terre jeudi à 23h30, est l'hymne le plus simple, désarmant et symbolique du groupe, celui qui ouvre son album de 1989, «Disintegration», à la fête ce soir. Une façon de poser le cadre: ce 4e concert de The Cure à Paléo (après 1985, 2002 et 2012) sera apaisé, sombre mais pas glauque, puisant dans le répertoire de la fin des années 80 et de son romantisme emphatique au spectre sonore aussi large que la chemise de Robert Smith, 60 ans et tous ses cheveux (en friche).

Si Robert offre ce qu'il sait donner en sourire, les autres musiciens se marrent franchement. En précieux poudré, Roger O'Donnell rayonne aux claviers, face à la foule. Simon Gallup galope comme un gosse, basse sur les chevilles qui laboure la plaine, mis en vedette dans les enceintes de la nouvelle Grande Scène. Il marque de sa pulsation musclée «Pictures of You», «Last Dance», «Lovesong», «Fascination Street», ces chansons extraites du chef-d'oeuvre de Robert Smith, avant la mise à la retraite précoce de son inspiration. Depuis, The Cure rejoue avec talent son génie passé, rendant plus ensorceleuse, car désormais «réelle», la nostalgie dont le groupe faisait un sujet artistique. En 2019, on retrouve les éléments exacts d'une époque achevée avec ce groupe de sexagénaires figés dans leurs atours vaporeux, pomponnés en élégants fantomatiques, emballés dans leurs habits sans âge et jouant sans relâche une musique sortie du temps, hors des modes.

Que pense de The Cure le public de Lomepal, qui cartonna sur cette même scène deux heures plus tôt? Le saut générationnel était puissant jeudi, entre les ados chantant les ritournelles du rappeur français et les quadras et plus reprenant les mélopées de «Just Like Heaven». Mais la communion était la même. Restera-t-il, dans trente ans, entre Lomepal et son public cette ferveur intacte? Celle que motive The Cure, en tout cas, est assez unique. Elle rend plus floue les contours de la critique: Robert Smith fait son Robert Smith, comme de toute éternité. Ce concert de jeudi aurait pu intervenir n'importe quand depuis 1989: la voix du chanteur n'a pas changé, ses effets de guitare sont les mêmes, les arrangements des morceaux aussi. Ses membres, même, n'ont presque plus varié, ne serait-ce l'erreur de casting du guitariste Reeves Gabrels, raide comme un buraliste derrière son comptoir, levant parfois un œil pour placer un motif instrumental à la technicité insensible, sans lien avec la créativité délicate de Porl Thompson, parti peindre.

Après avoir taillé le corps principal du concert de son emphase sombre et monolithique, The Cure offre quelques pépites pop en rappel... comme d'habitude. Tant pis, tant mieux. On ne demande pas à The Cure de changer, ni même d'étonner. Juste de perpétuer sa propre légende, comme un vaisseau fantôme sur la mer des souvenirs, apparaissant régulièrement lors de nuits évidemment pluvieuses.

Créé: 26.07.2019, 12h35

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