Teodor Currentzis, au cœur d'un «Requiem» transcendé

ClassiqueLe chef grec a livré à Genève une vision acérée et palpitante de la messe de Verdi. Récit d'un triomphe.

Le chef d'orchestre Teodor Currentzis en répétition.

Le chef d'orchestre Teodor Currentzis en répétition. Image: DR

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Cela débute par une touche de théâtralité à laquelle le maître de cérémonie de la soirée, le chef grec Teodor Currentzis, semble attacher une importance grandissante. Voilà alors les musiciens et chanteurs de musicAeterna s’emparant du plateau du Grand Théâtre, défilant en mode processionnaire, drapés dans de longues tuniques noires. Le spectacle d’une mystique savamment mise en scène prend dès lors forme. Il trouve son prolongement dans ce long silence que parvient à obtenir le chef, face à une salle archicomble, avant d’attaquer les premières mesures du «Requiem» de Verdi. Un geste à peine esquissé du «maestro» ouvre le champ au chœur et aux archets. S’élève alors un murmure qu’il faut aller chercher en tendant l’oreille: ce «requiem aeternam…» à peine dit, sur des pianissimi insondables, plante le décor. Currentzis est déjà dans la transfiguration de l’œuvre créée à Milan en 1874. Chaque ligne de voix s’affiche à la fois avec délicatesse et netteté, dans une sorte d’épure qui étonne.

La suite? Elle sera façonnée par un chef prodigieux, démiurge aux allants gothiques dont la souplesse féline du geste semble presque jurer avec le tranchant des attaques, avec l’expression acide des cuivres et la frappe frontale des percussions. Quelques rares décalages avec les voix solistes – très équilibrées au demeurant, où brille en particulier la soprano Zarina Abaeva – ne parviennent pas à faire oublier la précision diabolique de cette prodigieuse machine musicale. Une chose semble dès lors claire, cette approche ciselée, qui confère des contours effilés au «Requiem», nous place aux antipodes des lectures rondes et sensuelles qui ont fait référence par le passé; Currentzis est loin de la plasticité d’un Carlo Maria Giulini, par exemple. C’est un choix interprétatif qui suscite ici et là quelques regrets.

Le bonheur, on le trouve dans cette façon qu’a musicAeterna de sculpter chaque détail avec un soin prodigieux. Le «Dies Irae» avance ainsi avec des fulgurances dévastatrices, le «Tuba Mirum» a, lui, un port impérial. Et, enfin, il y a ce «Libera me» d’une grande élévation, dont l’extinction a été accompagnée d’un très long et miraculeux silence. Une magie qu’on aurait voulu prolonger à l’infini.

Créé: 09.04.2019, 17h24

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