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Sylvie Vartan chante Johnny à Genève

Retour sur le concert de la chanteuse française mercredi au Théâtre du Léman.

Sylvie Vartan, mercredi 13 novembre sur la scène du Théâtre du Léman.
Sylvie Vartan, mercredi 13 novembre sur la scène du Théâtre du Léman.
Pierre Albouy

«Tu étais où mercredi soir?» «Devine!» «Virginie Despentes aux Créatives?» «Non, Sylvie Vartan au Théâtre du Léman.»

Dans le grand écart de l’actualité culturelle, il y avait donc Sylvie, qui rendait hommage au défunt Johnny Hallyday. Ça commence comme ceci, avec la voix du «taulier» entonnant «Je suis né dans la rue», tandis que défilent les images du passé. Johnny sur scène, Johnny sur sa bécane. À ce premier clip répond un deuxième: Johnny avec Sylvie, Sylvie avec Johnny, années 60, 70, 80… Des clichés d’elle et de lui, à la gloire d’elle et de lui. Où l’on ne verra jamais Sylvie conduire une moto. Mais de sacrées tenues: Sylvie en paillettes ou en jeans, vamp ou country girl jetant haut la jambe.

Belle dans la ballade

«On écoutait Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Little Richard. On était comme des fous.» Sylvie Vartan raconte sa jeunesse, la vie de couple, la musique. Et chante le rock. «Donne-moi ton amour, je t’en supplie.» Piano, guitares, basse et batterie côté garçons, trois choristes côté filles: voilà l’orchestre. Sur de solides tambours s’ouvre «Les portes du pénitencier», un blues ternaire réveille «Quand revient la nuit». Suivent les amours du chanteur, «Oh! Ma Jolie Sarah», «Gabrielle», «Marie», où les «elle» deviennent des «il». Ainsi que tous les autres tubes, «Noir c’est noir», «Je te promets», «Souvenir Souvenir». Vartan sort également ses exclusivités, «La Maritza», «Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes?» «L’amour, c’est comme une cigarette»… Au rock pompier répond la variété du samedi soir. La soirée bat son plein. Le public se lève.

On n’a jamais trop demandé de sa voix. On ne sera donc jamais trop déçu. Il suffit pourtant d’une proposition insolite pour créer la surprise, «La plus belle pour aller danser» revisitée avec une langueur inhabituelle, une ligne vocale évoquant Véronique Sanson plutôt que les yé-yé. C’est bien dans la ballade que Vartan donne le meilleur. «Quelque chose de Tennessee», voilà qui convient de même à son timbre légèrement rocailleux. Enfin, «Que je t’aime» clôt la soirée. «Écrite comme un message à mon attention», aime à rappeler Sylvie…

Raccourcis douteux

Alors le public tape des mains, lève les bras pour la saluer. «Ça faisait si longtemps qu’elle n’avait pas joué ici.» Dix ans précisément depuis son passage à l’Arena. À la foule des fidèles, bourgeoise ou populaire, quinqua, sexa et plus portant cadeaux pour la vedette, brandissant leurs téléphones allumés vers le ciel («un message pour lui, là-haut», a demandé Sylvie), tout cela convient parfaitement. Que leur importent ces raccourcis douteux, quand la chanteuse déclare: «Johnny était le leader d’une jeunesse rebelle qui a changé la société». Historiquement irrecevable.

Regrettera-t-on ces motifs projetés en toile de fond, très laids? Ces choristes filtrées par un effet Clayderman? Quant au band, trop raide, routinier, celui-ci ne s’anime vraiment qu’en de rares endroits, enflammant bien heureusement «La musique que j’aime». Au spectateur navré de constater que la voix de Sylvie Vartan perd de sa justesse au fil de la soirée, le souvenir resurgit d’un karaoké: Johnny était mort la veille, on était ivre, on braillait comme des veaux, mais on vibrait quand même. À ce moment-là, c’est clair, on regrette la furia vocale de Johnny Hallyday.

Mais Sylvie Vartan va ainsi et, quoi qu’on dise de son talent vocal, elle reste la seule sur scène à maintenir la flamme, à donner du corps au concert. Johnny Hallyday était le taulier. Alors Sylvie Vartan est la taulière. La patronne, c’est elle. «Je n’entends pas les guitares. On recommence!» Elle qui, après deux heures de show, après avoir reçu dans sa loge la visite de ses admiratrices au long cours et leurs bouquets de fleurs, regardera les clichés de notre photographe pour approuver leur publication. «Une ou deux retouches peut-être…» La lumière? Le visage? «Ma veste, elle me fait des hanches trop grosses.» Ça se passe comme ça, dans le showbiz. Sylvie Vartan fait le job, à 75 ans encore, forte de son métier à l’américaine, d’une carrière longue d’un demi-siècle. En solo.

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