Le swing électrise les nuits de la ville

ReportageLe phénomène electro swing prend ses marques à Genève, où le Chat Noir se met au rythme de cette danse frénétique

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Il y a quatre mois encore, lorsque je proposais de passer cette musique, on me regardait, interloqué: l’electro swing, c’est quoi?»

L’electro swing, DJ Rouni en a fait depuis sa spécialité, son balai de sorcière pour traverser les nuits genevoises, casquette vissée sur la tête, ses bras tatoués poussant les manettes de la platine numérique. Quatre temps forts, pied au plancher, rythmes house, dance ou funk entremêlés d’instruments à l’ancienne, banjo, cuivres et batterie endiablés. Le tout couronné de ces refrains sortis du placard des années 30-40 par la grâce du remix: lorsque Ray Charles se réchauffe aux beats de Kanye West, les convives lèvent haut le doigt. Et lorsqu’Edith Piaf entonne «emporté par la foule», l’assemblée surexcitée hurle son approbation. En somme, voici que les premiers tubes variété jamais enregistrés pour faire danser rejoignent la dernière actualité.

Dans les clubs et sur scène

Roboratif, que ce mélange? Voire bateau? Il y a là un effet de mode évident, qui n’évite pas toujours les écueils de la facilité. Reste que l’electro swing est désormais ce qui fait le mieux bouger les 20-25 ans et même les plus âgés. «Jusqu’à 40 ans», précise DJ Rouni, qui officiait vendredi dernier au Chat Noir. Un carton, cette soirée. Le phénomène, déjà relevé ailleurs en Europe, principalement en Allemagne, existe depuis deux ans environ. Le mélange, cependant, date des années 1990, contemporain des mélasses lounge qui entendaient passer tout et son contraire dans la matrice electro — avec le DJ français St. Germain notamment.

Mais voilà que l’electro swing revient en force comme jamais. En 2015, le genre se retrouve en tête d’affiche des festivals estivaux, avec la grande vedette du genre, Parov Stelar, en concert au Caribana le 4 juin prochain. Au registre des formations live, on citera encore Caravan Palace (le 10 novembre à la salle des Fête de Thônex) comme Alice Francis. Mais sa place de prédilection reste la piste de danse, comme au Chat Noir. Où, dès le coup d’envoi du DJ, une foule compacte se met à remuer allègrement, non sans une certaine élégance dans les mouvements et l’attitude.

«New Swing Generation»

Car pareil musique permet aussi bien de danser en couple sur des pas anciens, tels que le charleston, que de se trémousser en solitaire sans souci de référence chorégraphique. L’accoutrement va de pair avec le grand écart sonore: au Chat Noir ce soir-là, on croisait aussi bien des baskets que des robes à poids vintage. Et le pantalon slim, si commun parmi les femmes de 20 ans, de rappeler — pur hasard ou esprit visionnaire du marketing — les références faites au passé, au twist notamment.

Car l’electro swing tombe à pic. Autre produit des années 1940, le cabaret burlesque revient lui aussi à la mode en remettant au goût du jour, lui aussi, les mélodies de l’époque, de Cab Calloway à Benny Goodman. Autre phénomène parallèle encore, le retour du lindy hop, qu’on apprend comme une danse de salon, à l’enseigne par exemple de l’association Geneva Swing. Voici, en effet, ce que d’autres ont nommé à juste titre la «New Swing Generation».

«L’electro swing, c’est une musique joyeuse. Je n’ai jamais vu des danseurs avec un tel sourire», relève DJ Rouni, lequel a commencé il y a six ans déjà en glissant quelques titres du genre dans des sets dubstep plus conventionnels. Agé d’une trentaine d’années, ce n’est qu’au début de l’année 2015 que le musicien genevois s’est lancé à plein-temps dans l’electro swing, en mixant au Chat Noir mais aussi à l’Usine comme dans le cadre du festival Voix de Fête. «Le triple temps swing, les trompettes, les voix, ce sont des éléments évocateurs forts, idem lorsqu’on ajoute un sample de Grease, d‘Aznavour ou des Blues Brothers. Et ces mixs sont le plus souvent d’accès gratuits pour le DJ. On est là dans une communauté d’artistes qui ne cherchent pas le profit.» Et le DJ de conclure: «Dans pareille soirée, on n’est ni dans la défonce, ni dans le m’as-tu-vu. Cette musique, ça me fait sentir comme un enfant, c’est un son de joie, ça me rend heureux».

Créé: 26.05.2015, 07h34

Articles en relation

Electron traverse la nuit

Reportage L’electro excite les sens, les corps se réveillent: il y avait foule jeudi entre le Palladium et la Gravière pour l'ouverture du festival Plus...

"Eden", portrait de la génération electro

Cinéma Mia Hansen-Løve signe à la fois un drame intimiste et une fresque s'étalant sur vingt ans. Plus...

Stromae, le roi du bermuda, fait salle comble à l'Arena

Genève Devant 8500 personnes mercredi, le grand belge a refait une fois encore son show electro chic tout plein d'Afrique, de lumières et de sentiments humains partagés. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Hong Kong: un pays, deux systèmes
Plus...