Sur la voix de Haendel

ConcertNatacha Casagrande dirige dimanche au Victoria Hall l’oratorio «Israël en Égypte». Rencontre

Natacha Casagrande a étudié le violon, le chant et la direction.

Natacha Casagrande a étudié le violon, le chant et la direction. Image: LAURENT GUIRAUD

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Avant même d’évoquer ce qui occupe ses pensées musicales ces jours-ci – un imposant oratorio de Haendel – Natacha Casagrande déploie un art subtil de la décontraction qui a pour effet de pousser lentement la conversation vers des rivages éloignés. Sans savoir comment, nous voilà alors évoquer ses racines tessinoises, faire surgir de ses souvenirs les années d’enfance passées dans le canton du sud des Alpes, ou évoquer ses liens familiaux avec la vénérable maison d’édition italophone qui porte son nom. Le temps file et les échanges dérivent ainsi, agréablement. On oublierait presque que la cheffe de chœur et d’orchestre doit encore se soumettre à l’exercice du portrait photo et répondre à une poignée de questions pressantes sur son actualité artistique.

Dispositif imposant

Lorsqu’on resserre la focale sur le concert qu’elle dirigera ce dimanche au Victoria Hall, la figure de Haendel s’impose enfin dans les échanges. Fine connaisseuse du répertoire vocal de l’époque, Natacha Casagrande a jeté son dévolu sur une pièce monumentale: l’oratorio «Israël en Égypte». Une œuvre qui campe son récit dans les trames bibliques et qui évoque notamment la fuite du peuple élu des terres des pharaons, où il était réduit à l’esclavage. Pour faire raisonner ces pages, la cheffe devra manœuvrer un navire tout aussi imposant. Soit une quarantaine de musiciens de L’Orchestre de Chambre de Genève, la centaine de voix qui constituent le Cercle Bach et le Cantus Laetus Genève, ainsi que les quatre cantatrices et chanteurs solistes.

Dispositif intimidant? Pas aux yeux de la musicienne, qui concentre plutôt son attention sur la partition. «L’écriture de Haendel ne présente pas de difficultés majeures, elle est limpide et reconnaissable, comme dans d’autres œuvres vocales.» Les écueils se situent ailleurs, dans cette langue, l’anglais, à laquelle il faut s’accoutumer. Pas si facile pour un chœur davantage familier du répertoire germanique. «En allemand, vous avez des syllabes qui ont une puissance percussive certaine; ce trait n’est pas présent avec l’anglais. Il faut trouver alors le moyen de tonifier certaines articulations, comme dans l’épilogue de l’œuvre, où le rythme des mots doit traduire le galop de l’armée égyptienne qui poursuit le peuple juif.» Un autre écueil découle de la forme opulente de la pièce. Natacha Casagrande en a réduit les lignes pour rendre le tout plus agile: des deux heures abondantes, on passe à une heure et demie. Et les traits funèbres de l’ouverture ont été remplacés par ceux, plus tonifiants, d’une autre ouverture: celle de «Salomon», oratorio du même compositeur. Sacrilège? «Après avoir opéré ce changement, j’ai découvert que la pratique était plutôt courante à l’époque», se justifie d’un sourire la cheffe.

Michel Corboz comme mentor

Avec ce projet, cette figure du paysage choral romand prolonge une mission qu’elle mène depuis longtemps, lorsqu’elle a pris la direction du Cercle Bach en 1999. La vocation s’est affermie après des études consacrées au violon, puis à la direction d’orchestre, ce à une époque où les femmes étaient encore moins associées au statut de cheffe qu’aujourd’hui. «Lorsque je me suis présentée au concours pour entrer dans la classe de direction au Conservatoire, j’ai clairement ressenti le climat de misogynie ambiant. Heureusement, j’ai été retenue avec un autre prétendant, parmi les quinze candidats.»

Plus tard, Natacha Casagrande étoffera son art aux côtés de Michel Corboz, en chantant dans les rangs de son Ensemble Vocal Lausanne (EVL) et en assistant le chef. Son héritage demeure aujourd’hui encore très ferme et présent: «Avec lui, j’ai appris par un processus d’osmose. Corboz n’avait pas la fibre du pédagogue. Ce que j’ai retenu? Sa faculté à donner de la souplesse aux sonorités, à soigner leur qualité et à cueillir la véritable essence de l’œuvre.» Cette passion, elle la transmet aujourd’hui aux étudiants qui la suivent à la Haute École de musique de Genève. Et aux nombreux mélomanes qui ne manqueront pas, une fois encore, de la suivre dimanche sur les traces de Haendel.

«Israël en Égypte», de G. F. Haendel, avec le Cercle Bach, Cantus Laetus et L’Orchestre de chambre de Genève, Natacha Casagrande (dir.), Victoria Hall, di. 17 juin à 18 h. Rens. www.cerclebachgeneve.ch

Créé: 15.06.2018, 15h37

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