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Sublime adieu de Mahler par le meilleur orchestre du monde

Le Concertgebouw d’Amsterdam a ébloui avec son interprétation de la «9e Symphonie» du compositeur.

Le chef d’orchestre Myung-Whun Chung.
Le chef d’orchestre Myung-Whun Chung.
Getty Images

Il est difficile d’imaginer sonorité plus envoûtante que celle des cordes de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam plongeant, au Victoria Hall, dans le quatrième mouvement de la «9e Symphonie» de Mahler. Immense chant de plénitude enfin conquis après une heure de lutte et de tourments. Immense effectif de cordes d’une cohésion absolue, profondes et brûlantes, à la fois océan et incendie. C’est bien un feu qui s’allume là, qui conduira jusqu’à la conclusion éthérée de ce mouvement où le compositeur dit adieu à la vie après en avoir livré toutes les batailles. Feu sublime pour un concert sublime: le public lui a fait une ovation sans fin.

Aucune œuvre ne demande plus que celle-là un orchestre de premier ordre, pour y faire entendre tous les jeux de timbres, de superpositions mélodiques qui en tissent la trame. Et aucun orchestre n’y excelle davantage que celui d’Amsterdam, l’une des trois meilleures formations du monde. L’or liquide des cordes, la texture veloutée des bois et des cuivres, et cette sensation d’un espace sonore à la fois large et puissant, mais où tout respire: l’éclat ici peut être cinglant, il ne devient jamais brutal.

La perfection technique sidère partout, mais en particulier dans le premier mouvement, où le compositeur Alban Berg affirma que Mahler avait versé «le plus grandiose et le plus tourmenté» de son œuvre. Ici, la vie et la mort tressent un dialogue grimaçant, théâtre d’un épuisement émotionnel auquel le dernier mouvement apportera l’apaisement. Jardin de délices, jardin de supplices: Myung-Whun Chung, qui avait déclaré avoir choisi d’être chef pour diriger un jour cette Symphonie, l’a longuement métabolisée. Cela se voit (il dirige par cœur!) et cela s’entend: il a le recul d’un sage lorsque la musique s’élève dans les nuées, et l’énergie d’un karatéka lorsqu’elle plonge dans le chaos, glaçante et effroyable. Son geste sobre unifie, fluidifie, obtient une caractérisation idéale des thèmes et des climats, sans altérer la construction d’ensemble. Transmis avec un respect et une humilité exemplaires, Mahler et son déchirant chef-d’œuvre sont saisis au plus sincère: à la hauteur des angoisses et des extases qui forment l’humaine condition, dont peu de musiques ont su composer un si bouleversant tableau.

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