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Sous les stars de Montreux brillent d’autres étoiles

Le Montreux Jazz exhibe une programmation musclée cette année. Gratuites ou payantes, les découvertes y tiennent aussi une place de choix. Présentations

Des légendes et des découvertes: l’équation longtemps implicite du Montreux Jazz est devenue business model avéré depuis l’arrivée de Mathieu Jaton à sa direction. Le temps qui passe, cruel, et les mutations pas moins impitoyables de l’industrie du live rendent moins disponibles les stars d’un âge d’or passé - bien que le tir groupé rock de cette 52e édition constitue une heureuse entorse à la règle. Mais partout, les festivals de qualité mettent moins en avant l’alignement massif de têtes d’affiche que leur recette personnelle d’un équilibre réussi entre vedettes, exclusivité, curiosités et révélations.

Alors que Paléo peut vendre cette équation en «package» sur le prix d’un seul billet d’entrée (doublée, toujours plus, de la promotion qualitative de son site et de «l’expérience Paléo»), le MJF doit compter sur 48 soirées à écouler presque à l’unité. L’Auditorium Stravinski, assurant les deux tiers de la billetterie totale, reste le lieu des valeurs supposément sûres, tout comme la House of Jazz déroule une majorité de noms fameux. Mais les autres scènes du festival font le plein de découvertes — internationales dans le périmètre payant du Lab, bien plus suisses dans l’aire gratuite du Lisztomania, du Parc Vernex, du Strobe branché clubbing et du latino El Mundo.

Au Lab, la salle de 2000 places dévolue aux nouvelles tendances, la paire David Torreblanca et Rémi Bruggmann a la lourde tâche de composer le menu des musiques si «actuelles» qu’elles émergent en quelques mois, avant de tomber tout aussi vite en désuétude. En 2018, la notion de «découverte» s’entend comme l’instantané du jour, avec pour le MJF la gageure d’avoir les bonnes personnes au bon moment. Et au bon endroit: en 2016, Rag’n’Bone Man jouait au Lab peu avant que le buzz ne s’empare de lui et le porte, deux ans plus tard, sur la scène du Stravinski. Tout est question de timing. «Moi-même, quand le programmateur David Torreblanca me soumet une liste en octobre, j’avoue ne pas connaître tout le monde, et de loin, admet Mathieu Jaton. Mais je lui fais confiance. Et durant les six mois qui suivent, je commence comme par hasard à entendre ces noms à la radio, à les lire dans la presse, etc.»

Cette année, ces «paris sur le futur» se déclinent dans tous les styles et en toutes les tailles. La sélection ci-contre est un reflet du panachage montreusien soumis à la subjectivité gourmande de trois chroniqueurs. Faites votre choix.

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The Yelins

Est-ce la ressemblance du chanteur des Yelins avec George Harrison période baba qui l’a poussé à plonger dans cette musique planante où les chœurs angéliques le disputent à des traits de Moog séraphiques et des six cordes comme des sitars? Ou Laurentz Lozano, la tête pensante du groupe genevois, force-t-il le trait pour mieux cadrer à ce que l’on devine son idole? Il y en a de moins chouettes - de moins exigeantes aussi.

Mais le chanteur et guitariste (aux instruments maison) s’y entend pour assurer sans complexe la jonction entre rock psyché et britpop, au travers de mélodies hypnotiques que son chant, pas moins entêtant, lui permet. F.B.Music in the Park, je 5 juillet (23h30)

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Tamino

Coup de cœur du Montreux Jazz, Tamino n’a que 21 ans, mais sa jeunesse ne l’empêche pas de puiser à des sources immémoriales: songwriting insondable et mélancolie orientalisante. Sa voix puissante se déchire parfois en envolées angéliques. Sa guitare lui suffit comme seul viatique pour de fascinantes errances.

Sur les pas de Chris Isaak, de Jeff Buckley ou d’un Piers Faccini, le Belge à l’ascendance égyptienne impressionne par l’ampleur émotionnelle de son propos (un seul EP, «Habibi», à son actif), atteinte par des moyens musicaux d’une simplicité désarmante. B.S.Montreux Jazz Lab, ve 6 juillet (20h)

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Mashrou’Leila

Du rock, oui, mais du Liban. Des sonorités boisées du répertoire proche-oriental, le quintet, qui chante en arabe, en a mélangé quantité aux manières blues, folk, latine, également balkanique, si pas manouche. Mais aucun doute possible, Mashrou’Leila appartient à la Méditerranée, qui sait raconter bellement et faire danser collé serré.

Ça swingue bon chez Mashrou! En prime, le chanteur Hamed Sinno et sa bande n’hésitent pas à défendre les droits des personnes LGBTIQ, ce qui leur a valu quelques déboires, en Égypte notamment, où le groupe avait exhibé le drapeau arc-en-ciel. F.G.Montreux Jazz Lab, me 4 juillet, (20h)

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R + R = Now

Parmi la nouvelle génération de musiciens cherchant à élargir le champ du jazz dans des fusions où l’electro, le R&B et le hip-hop dominent, plusieurs noms émergent depuis déjà une petite dizaine d’années. La plupart d’entre eux se retrouvent dans R + R = Now (pour Reflect + Respond = Now).

Outre Robert Glasper au clavier en initiateur de cette réunion de forces très vives, ce collectif ressemble à un who’s who de la jeune garde: Terrace Martin au saxophone, Christian Scott à la trompette, Derrick Hodge à la basse, Justin Tyson à la batterie, Taylor McFerrin au clavier et à l’électronique. Une certaine idée de la révolution jazz, c’est par ici! B.S.Montreux Jazz Club, di 8 juillet, (20h)

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Anna von Hausswolff

Le public qui processionnera à l’Auditorium Stravinski le jeudi 12 juillet le fera surtout pour Nick Cave, mais il serait dommage de ne pas profiter de l’introduction à cette soirée au registre habité et gothique. Sur un versant plus féminin et féerique, Anna von Hausswolff endosse des habits de cérémonie idéaux pour ce qui s’annonce comme l’une des plus belles veillées funéraires de la 52e édition.

La Suédoise de 31 ans (dont déjà près de dix de carrière), vient de sortir l’EP «Dead Magic» et est animée par une joie spectrale portée par une légèreté fantomatique. Le porte-clefs d’enfers presque élyséens… B.S.Auditorium Stravinski, je 12 juillet (20h)

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Gojira

Pas du tout une découverte pour qui a laissé traîner une demi-oreille en direction de la scène metal ces quinze dernières années, le groupe de Biarritz s’est imposé en six albums comme une référence mondiale du genre, loin des clichés bourrins d’un Slayer ou d’un Metallica (dont les Français ont assuré plus d’une première partie).

Entre brutalité et virtuosité, force et intelligence, Gojira séduit au-delà du cercle des aficionados. Le jeu seul du batteur Mario Duplantier vaut bien celui de ténors du jazz. F.B.Montreux Jazz Lab, je 5 juillet (22h)

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Kiddy Smile

Figure tutélaire du voguing à la française, DJ, producteur, également chanteur au besoin, collaborateur de Beth Ditto notamment, Kiddy Smile s’est distingué en particulier il y a deux ans avec «Let a B!tch Know», titre house bien troussé qui fit l’objet d’un clip remarquable lui aussi: des drag-queens et autres créatures sur talons hauts cassant des bagnoles à coups de batte, sous l’œil effaré des banlieues tristes.

À Montreux, Kiddy Smile soumettra à l’épreuve du dancefloor son dernier EP, «Enough of You». F.G.Lisztomania, sa 7 juillet (22h15)

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Len Sander

Trip-hop, pop, rock: il y a de l’amour, des chairs qui se frôlent, des émotions qui s’enflamment. Len Sander, fascinant duo zurichois reluquant vers ces années 1990 toutes en fragrances digitales, déploie un écrin haut de gamme dans lequel s’insère la voix de velours de Blanka Inauen.

Il y a des basses jazz dans les recoins, des synthétiseurs élégants sous les refrains, des guitares aiguës invitant à planer sans retenue. Portishead n’est jamais très loin, Morcheeba non plus. À Montreux, Len Sander livrera les climats songeurs de son dernier album, «The Future of Lovers». F.G.Music in the Park, ve 6 juillet, (23h30)

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