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Le Staatsoper de Vienne a enchanté avec un «Don Giovanni» lumineux

Pour la première fois en Suisse, la troupe a déployé au Victoria Hall tout ce qui fait sa légende.

Une partie des pupitres du Wiener Philharmoniker.
Une partie des pupitres du Wiener Philharmoniker.
DR

Cela s’est terminé comme attendu: une ovation d’abord, puis dix minutes d’applaudissements, salle debout. À peine plus tard, dans le hall d’entrée, une apostille au spectacle est venue apporter une touche particulière à une soirée pas comme les autres. Alors qu’à l’accoutumée, on observe ici les mouvements empressés de ceux qui filent retrouver leurs affaires personnelles au vestiaire pour gagner au plus vite leur chez-soi, jeudi soir, tout a paru avancer plus posément. On a entendu alors une cascade de commentaires radieux, alignés d’un sourire large. Tout le monde a eu envie de s’arrêter pour partager sa portion de bonheur, pour poser ne serait-ce qu’une poignée de mots sur ce à quoi il venait d’assister. Alors oui, le «Don Giovanni» de Mozart que le Staatsoper de Vienne, épaulé comme toujours depuis 150 ans par le Wiener Philharmoniker, a livré à Genève a atteint des sommets. Ce «dramma giocoso» aux inventions en son temps si désarçonnantes a été porté par un savoir-faire viennois qu’on sait légendaire, surtout dans ce genre de répertoire.

Les traits de cette légende redoutable, on les a retrouvés auprès des pupitres, tout d’abord. Il y a eu, nichée là tel un préalable quasi escompté, une perfection technique déployée avec un naturel aveuglant. Sans ostentations ni esbroufe, les Wiener ont paru administrer par là une soirée comme tant d’autres, simplement ordinaire. Il y a aussi, dans ces rangs, un sens affiné de la musicalité et un équilibre permanent dans les phrasés entre vents. Et plus encore, on y a savouré la qualité des textures sonores, si moelleuses et intenses – ah, ces archets! Sous la baguette de Michael Güttler, qui a dirigé la plupart du temps sans partition, l’éclat a été total sur ce front.

Mais ce «Don Giovanni» a été tout aussi solide dans une distribution homogène et capable de donner vie à un spectacle scénique qui a dépassé l’idée qu’on se fait de la version de concert. On doit une partie substantielle de cette réussite à un Riccardo Fassi qui a fait des ravages en Leporello, maîtrisant aussi bien le régime dominant du burlesque que celui du tragique. Cette voix d’une très grande régularité, ferme et précise, a été accompagnée par un jeu tout droit sorti de la commedia dell’arte. Pour tout dire, Fassi aurait presque pu s’abstenir de chanter, tant tous les états d’âme de son personnage ont trouvé dans sa mimique un prolongement parfait. Avec sa juste portion de cabotinage, la basse a donc gagné, et de loin, la bataille à l’heure des applaudissements.

À ses côtés, Samuel Hasselhorn a semblé bien plus pâle: sans démériter, son honorable Don Giovanni n’a pas affiché la même puissance vocale ni l’épaisseur dramatique requise. Enfin, il faut relever l’excellence des voix féminines – celles d’Irina Lungu (Donna Anna), de Federica Lombardi (Donna Elvira) et de Daniela Fally (Zerlina) – qui ont complété ce tableau mémorable de la saison lyrique genevois.

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