Soprano: «Tu veux du rap familial? Ben je suis là!»

PaléoIncarnation d’un rap devenu chanson pop décomplexée, il tient la tête d’affiche de vendredi. Interview.

«J’ai 40 ans, je suis père de famille, tu m’imagines chanter «j’ai un gun, je vais vous braquer»? Ce serait ridicule!»

«J’ai 40 ans, je suis père de famille, tu m’imagines chanter «j’ai un gun, je vais vous braquer»? Ce serait ridicule!» Image: FIFOU

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S’il n’était le gars le plus aimable du monde, Soprano en ricanerait. Après des années d’ostracisme plus ou moins justifié hors des enceintes festivalières, le rap y règne désormais en roi. Finie la mauvaise réputation, exit la crainte des soirées à risques et du public malappris d’un genre sapajou: le hip-hop, aujourd’hui bien plus proche de la chanson et de la pop que de sa formule rythmique et critique originelle, aligne ses têtes d’affiche au front des festivals romands, Paléo y compris.

Soprano se chargera du public nyonnais vendredi, comme il s’est occupé, début juillet, de celui de Sion sous les étoiles. Vétéran du rap francophone mais nouvelle star de la pop, le juré de «The Voice» recevait dans les loges du stade de Tourbillon, qui n’avait plus connu en ses murs autant de Marseillais depuis les seizièmes de finale de la Coupe de l’UEFA, en 1994. L’OM avait alors perdu 0-2 contre le FC Sion. On hésite à en informer Soprano, mais à quoi bon gâcher l’ambiance? «En tournée, mon équipe et moi avons toujours l’œil sur les chaînes sportives pour connaître les résultats. Comme tous les Marseillais, le foot, c’est dans le sang.»

Vous jouez, vous-même?
Avec les collègues, oui. J’ai d’ailleurs une petite élongation depuis notre dernier match. Mon corps est habitué à la scène mais moins aux terrains de foot!

Noel Gallagher, fondateur d’Oasis et enfant de Manchester, a dit que son vrai rêve restait de marquer un goal avec Manchester City. Entre foot et musique, que choisissez-vous?
(Longue réflexion.) Ma carrière, tout de même. Parce que ça dure plus longtemps, que je suis mon propre chef et qu’on ne m’assigne pas à un poste. Et puis, surtout, footballeur, c’est trop de pression! Joueur de l’OM? C’est pas humain! Moi, à côté, c’est un pique-nique sur l’herbe. Et ma vie privée, elle reste privée.

Pourtant, votre notoriété est gigantesque…
C’est vrai que je ne peux pas aller n’importe où au restaurant un samedi soir en famille. Pareil pour les balades, je choisis des coins discrets. Niveau notoriété, «The Voice» n’a pas aidé. (Rire.)

Qu’est-ce qui a changé?
Ma vie n’a pas changé. J’habite toujours à Marseille, au centre-ville. C’est comme un petit village, les gens me voient tous les jours, c’est relax pour moi, ma famille et mes potes. Mais dès que je bouge un peu, je sens la différence. En fait: tout le monde me connaît. Avant, j’étais connu des fans de rap – ça faisait déjà du monde. Maintenant, les grands-mamans de 90 ans savent qui je suis. Les enfants de mes premiers fans, avec Psy4 de la Rime, me connaissent aussi. Saïd (ndlr: son prénom au civil) n’a pas beaucoup de moments pour lui, Sopra est toujours là.

Auriez-vous imaginé à vos débuts, en 1995, une telle popularité pour votre carrière, mais plus encore pour le rap en général?
Franchement, je l’espérais et j’y croyais. Concernant ma musique, j’en rêvais mais je n’aurais jamais imaginé ça. Concernant le rap, en revanche, j’étais confiant parce que certains arrivaient à faire des vrais cartons en mélangeant les genres. IAM et son «Mia», MC Solaar, Doc Gynéco, etc. J’ai toujours été chanteur et rappeur, j’aimais Eminem comme Balavoine, Téléphone comme Snoop Dogg. «Commercial» n’est pas un gros mot. Ado, j’écoutais volontiers ce que les grands frères, des puristes, qualifiaient de rap de naze pour radio: Kriss Kross, Will Smith, même Benny B! (Il rappe le tube «Mais vous êtes fous» de 1988.) Quand Doc Gynéco a cartonné, beaucoup de gens le méprisaient: ce sont les mêmes aujourd’hui qui parlent de classique.

Le rap s’est ouvert dans son ensemble?
Oui, et il y en a pour tout le monde. Avant, c’était le seul cliché hardcore, les fringues, les codes, la cité. Désormais, il y a de tout: du rap chanson, du rap dansant, du rap slam, du rap poétique, du gros roulage de mécanique. Tu veux du rap familial? (Il se touche le torse du doigt.) Ben je suis là!

Vous vous définissez clairement ainsi?
Oui, je l’assume. J’ai 40 ans, je suis père de famille, tu m’imagines chanter «j’ai un gun, je vais vous braquer»? Ce serait ridicule. Je suis posé. Avant, à 19h j’étais dans le quartier, maintenant je suis chez moi et j’aide ma femme à ranger la maison.

L’histoire du hip-hop est cependant liée à une critique sociale. Pensez-vous qu’un message passe mieux dans un format apaisé?
Mais un milliard de fois mieux! «Mon précieux», par exemple, est étudié par des écoliers. Dans sa forme, c’est une chanson festive pour passer à la radio. Mais ses paroles racontent comment les smartphones nous ont volé notre vie, et c’est sans doute la façon la plus efficace de s’adresser aux enfants comme aux parents. Surtout aux parents! Pour le coup, ce sont eux qui m’inquiètent.

Quelles sont vos influences littéraires?
En rap, Solaar, Akhenaton. En chanson, Brel, Aznavour. Balavoine et Goldman avaient une plume intéressante, concise. Il est plus compliqué de trouver la bonne accroche de quelques mots sur laquelle édifier une chanson que de balancer 50 mesures de rap.

La religion est aussi une influence?
C’est surtout un moyen de garder un point de gravité dans un gros bordel permanent. Certains font du sport pour garder la santé et le moral, moi je fais un peu de sport et un peu de religion. Je pratique pour moi mais je n’en fais pas un sujet.

Que pensez-vous du rap qui clashe?
Avec moi, ça ne marche pas. Je suis plutôt un rassembleur. Je ne vais pas jouer Paris contre Marseille, sauf s’il s’agit du PSG.

Certains ont fait du clash sur les réseaux sociaux leur principal outil de promotion…
Chaque artiste vit avec ses propres codes. Un mec comme Booba, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu – je pense d’ailleurs que je suis le seul rappeur qu’il n’a jamais croisé – mais je respecte son univers. Ado, le premier morceau que j’ai entendu de lui, c’était «Cash Flow»: le fric, la frime, l’ego, c’est son terrain. S’il me vanne, je m’en foutrais, on n’est pas dans le même game.

Question importante: quel avenir donnez-vous à l’effet auto-tune?
Oh, il va rester! À la base, c’est un correcteur de voix. Les rappeurs l’utilisent pour donner une couleur à leur son mais ne soyons pas dupe: la plupart le font aussi parce qu’ils veulent chanter mais n’en sont pas capables.

Créé: 26.07.2019, 14h20

Grande Scène
ve 26 juillet (23h45)

www.paleo.ch

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