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«Notre saint Matthieu est une somme d’influences»

Stephan MacLeod et l’ensemble genevois Gli Angeli livrent une superbe «Passion selon saint Matthieu» de Jean-Sébastien Bach, enregistrée après la tournée 2019.

Gli Angeli au Studio Ernest-Ansermet à Genève en avril 2019.
Gli Angeli au Studio Ernest-Ansermet à Genève en avril 2019.
N. WALACH

C’est la plus belle œuvre qui soit, la plus parfaite, en termes de vulgarisation et d’intelligence dramatique. Bach met en permanence l’humanité par terre et la console en expliquant à chacun ce qu’il a en lui pour tenir le coup, pour être résilient.» Stephan MacLeod ne craint pas l’hyperbole quand il parle de la «Passion selon saint Matthieu» de Jean-Sébastien Bach. Le chanteur et chef de chœur est au chômage technique ce printemps, mais il a une actualité précieuse en cette période de disette musicale: fruit de la tournée de Pâques 2019 avec Gli Angeli Genève, sa version du BWV 244, selon le catalogue des œuvres de Bach, est sortie le 10 avril chez Claves. L’enregistrement, effectué après les concerts de Genève, Martigny, Lausanne et Lucerne, magnifie la cinquantaine de musiciens réunis par la basse genevoise, et ravive l’émotion du direct (lire ci-dessous). Un an plus tard et dans des circonstances très dures pour les artistes, Stephan MacLeod évoque sa «saint Matthieu».

Que voulez-vous apporter à ce monument riche d’une discographie pléthorique?

J’ai longtemps été critique sur l’industrie du disque, qui en produit trop, que personne n’écoute et qui coûtent très cher à faire. Mais j’ai compris que j’avais tort. Si l’on veut passer certains paliers de reconnaissance médiatique. Pour mettre Gli Angeli Genève sur la carte internationale, se faire inviter et montrer que nous existons à ceux qui nous subventionnent, nous devons être visibles. Alors autant le faire avec cette œuvre, vu la place qu’elle prend dans nos vies et le plaisir que nous avons à la jouer.

On est fasciné par l’excellence des solistes vocaux et instrumentaux. Comment avez-vous pu constituer cette «dream team»?

Avec Gli Angeli, je n’ai jamais eu peur des ego monumentaux. J’ai la certitude que plus les gens sont bons, meilleur est l’ensemble. De nombreux musiciens nous accompagnent depuis le début. Avec certains solistes, j’ai chanté une cinquantaine de fois cette œuvre en vingt-cinq ans de carrière. Je les ai naturellement invités et de tels projets sont planifiés très à l’avance pour s’assurer de la présence de chacun.

Depuis les débuts de Gli Angeli en 2005, combien de fois l’avez-vous défendue?

Une première fois en 2010, trois fois en 2014, y compris à Arnstadt, la ville natale de Bach, déjà avec Werner Güra comme Évangéliste, et cinq fois l’an dernier. C’est la réunion d’une équipe soudée par l’amitié et la qualité. Notre «saint Matthieu» est la somme de ce que nous avons appris auprès de maîtres qui nous ont guidés et dont nous avons subi l’influence. La vivre ensemble pendant deux semaines a été une expérience fantastique.

Qui sont vos mentors?

En premier, je citerai Michel Corboz, et je ne suis pas le seul au sein de l’équipe! Puis Philippe Herreweghe, lui-même influencé par Corboz, qui a approfondi encore le travail sur le mot, l’importance de la parole. Et également Masaaki Suzuki, pour sa capacité à sourire. Avec lui, j’ai appris le bonheur de jouer ensemble. Je voulais être capable de faire ça.

En dépit de ses succès, Gli Angeli a vécu des moments très délicats. Quelles sont vos perspectives en cette période troublée?

Financièrement, nous passerons peut-être entre les gouttes. Notre situation est moins fragile depuis début 2020, car nos subventions ont augmenté. Mais nous devons encore éponger le déficit de la tournée 2019 (les concerts de Lausanne n’ont pas attiré le public escompté). Heureusement, cela n’a pas mis en danger le projet de disque. Enfin, par chance, nous n’avions pas de concerts prévus ce printemps. Mais avec cette crise, la profession risque de se casser la figure, en particulier dans les pays très libéraux, où aucune mesure de soutien n’est prévue.

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Les voix s’imposent au premier plan

D’abord, il y a cette pulsation dans le grave, cette plainte portée par l’envolée des hautbois, le contrechamp de flûtes alternant avec les violons douloureux. Ensuite, les voix s’imposent au premier plan, denses et claires, sur les paroles «Kommt, ihr Töchter, helft mir klagen», sans pour autant étouffer l’orchestre. Puis la douleur est tamisée par les voix enfantines des maîtrises de Suisse romande chantant le choral «O Lamm Gottes». Le chœur d’ouverture de la «Passion selon saint Matthieu» de Bach annonce et résume toute l’épaisseur du drame et de l’œuvre. L’interprétation de ce vaste portique canalise aussi la lecture de l’entier de l’enregistrement, avec cet équilibre idéal entre les masses chorale (ils ne sont pourtant que seize) et orchestrale, l’émanation si naturelle des solistes tous issus des chœurs, la solidité du continuo qui accompagne Gli Angeli depuis ses fondations. Autour de Werner Güra, Évangéliste poignant, Benoît Arnould, Jésus à la fois présent et absent, Stephan MacLeod chante Judas ou Pilate et fait circuler les énergies de tous les musiciens concentrés sur ce récit qui fait s’entrechoquer les siècles.

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Bach, «Matthäus Passion», Gli Angeli, Stephan MacLeod, 2 CD Claves www.claves.ch

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