La Route lyrique prend les chemins de Genève

OpéraLe Casino-Théâtre accueille une pièce d’Hervé, spectacle itinérant produit par l’Opéra de Lausanne.

Après le tournoi du 2e acte, le duc Rodomont marie sa fille Angélique à Roland, mais deux faux bouffons vont semer la pagaille.

Après le tournoi du 2e acte, le duc Rodomont marie sa fille Angélique à Roland, mais deux faux bouffons vont semer la pagaille. Image: ODILE MEYLAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À l’Opéra de Lausanne, une équipe travaille à plein régime dans la salle de répétition, prenant le contre-pied du grand répertoire. C’est là que se prépare la pièce «Les chevaliers de la Table ronde» d’Hervé. Pour sa 5e édition, la Route lyrique – lancée par la maison vaudoise – exhume ainsi une opérette pour la faire voyager à travers toute la Suisse romande. Soit une vingtaine de représentations en tout, dont celles du 19 juin au Casino-Théâtre à Genève et du 1er juillet sur la place du Mandement de Russin.

Comme le veut la jeune tradition biennale, cette nouvelle production met en avant les talents du cru: les costumes sont signés Amélie Reymond, responsable du service des costumes de l’Opéra, Denis Foucart, chef électricien, assure l’éclairage, Jacques Blanc est pour la troisième fois à la baguette de l’ensemble instrumental de la HEMU et la distribution mise en grande partie sur des jeunes chanteurs de la région, comme Laurène Paternò, Anne Sophie Petit, Béatrice Nani, Jean Miannay ou Joël Terrin.

Dans un imposant décor de château médiéval, un Merlin gâteux présente pompeusement les personnages de l’intrigue, interrompu par Mélusine qui fait sa publicité sur petit écran: «Oui, je suis l’enchanteresse, entonne la magicienne. Autour de moi on s’empresse et chacun pour un peu d’or va posséder un trésor: poudre qui donne aux imbéciles de l’esprit. Et rend aux estomacs débiles l’appétit. Prenez, prenez tous mes secrets, je les donne au grand rabais.» Rien n’est cependant au rabais dans la production de Jean-François Vinciguerra. Jamais les décors et les costumes de la Route lyrique n’avaient pris pareilles proportions.

Il est temps de réviser nos classiques de la parodie. Plus d’un siècle avant les Monty Python, Hervé s’était déjà emparé de la geste arthurienne pour y plaquer une intrigue vaudevillesque et se moquer du Moyen Âge en vogue à cette époque, dans le sillage de Victor Hugo («Notre-Dame de Paris») et de Rossini («Guillaume Tell»). Dans «Les chevaliers de la Table ronde», opéra bouffe créé en 1866 aux Bouffes-Parisiens, pas trace d’Arthur, mais on y retrouve pêle-mêle tous les nobles héros de L’Arioste et quelques intrus: la triade Roland, Angélique et Médor, les chevaliers Lancelot, Renaud, Amadis et Ogier, mais aussi le duc Rodomont, son épouse, Totoche, et son amant, Sacripant, sans oublier la magicienne Mélusine et l’enchanteur Merlin II, fils de Merlin!

Il faut beaucoup de sérieux pour réussir la gaudriole. Le filage de la générale piano montre l’engagement de chacun, sur scène et en coulisses, alors que d’inévitables accidents surgissent: une projection trop lente, un chapeau qui tombe et la barbe de Merlin que tout le monde piétine. Mais ça, c’est voulu par Jean-François Vinciguerra, l’interprète du rôle et cheville ouvrière du spectacle puisqu’il joue, chante, met en scène et signe l’adaptation du livret, dans la droite lignée de ce que faisait Hervé à l’époque.

À la pause, pendant qu’une maquilleuse lui allège un poil sa coiffure, le baryton français clame sa passion pour le «compositeur toqué»: «Hervé avait le chic pour lancer des énormités et faire ensuite l’ingénu: «J’ai dit ça, moi?» N’oublions pas qu’il a été considéré comme le «premier surréaliste» par Raymond Queneau, qu’il sut séduire par son inventivité le futur Edouard VII d’Angleterre et qu’il a été le meilleur souvenir de Richard Wagner à Paris!»

Et Vinciguerra de rappeler que c’est Hervé qui a mis à Offenbach le pied à l’étrier: «Il avait accepté de créer dans son propre théâtre l’une des premières bouffonneries de son rival, «Oyayaye ou la reine des îles», en assurant le rôle-titre en travesti. Ils étaient tous les deux frappadingues.»

«Les chevaliers de la Table ronde», Opérette d’Hervé. Casino-Théâtre le 19 juin à 20h; place du Mandement à Russin le 1er juillet à 21h. Renseignements: www.opera-lausanne.ch

Créé: 17.06.2019, 11h00

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.