Rone ou la nostalgie en mode futuriste

ElectroniquePour «Mirapolis», l’héritier de Vangelis fouille dans la mémoire les fondations d’une ville de sons. On plane. Philip K. Dick croise au loin…

Pour la pochette de «Mirapolis», le musicien électronique français Rone a fait appel à Michel Gondry, qui a réalisé également le teaser vidéo de l’album

Pour la pochette de «Mirapolis», le musicien électronique français Rone a fait appel à Michel Gondry, qui a réalisé également le teaser vidéo de l’album Image: DR

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Curieux, comme l’actualité parfois aligne des nouvelles éparses se reliant finalement les unes les autres, sans que rien ne soit prémédité. Et l’hallucination se prolonge, encore plus belle lorsque, en toile de fond, une musique se déploie, telle la bande originale d’un film. Celui-là est-il contemplatif? Question de goût, d’humeur. Mirapolis, quatrième album du français Rone, nouvelle star de l’électronique «french touch», fouille dans les souvenirs, dans l’histoire de la musique c’est certain, les fondations d’une ville imaginaire, toute de sons élevée. Et c’est alors qu’un jeu de piste commence…

En ouverture, on entend les synthés qui planent loin au-dessus d’un paysage minimaliste, quelques notes, une vague, un reflux, une sirène, le chant du vent. Autant l’émotion est forte, et le pathétique savamment amené, qui renvoie à la pop synthétique des années 1980, autant l’on songe à la musique d’un générique. C’est, en effet, celui d’un court-métrage qui ouvre Mirapolis: I, Philip, commandé par Arte. Une expérience avec vision à 360°. Philip, comme K. Dick, bien sûr. L’écrivain de science-fiction, auteur du Maître du haut château (et qui a fait l’objet en 2015 d’une série télévisée), également à l’origine de Blade Runner (dont la première adaptation au cinéma s’accompagnait des nappes synthétiques de Vangelis) a inspiré ce petit film qui raconte l’existence d’un androïde. Lequel se trouve si humain…

Composer comme on fait des films

Rone, avec sa manière planante, émouvante de faire de l’électronique presque «facile», colle parfaitement à ce sentiment unique, étrange, qui émane des failles existentielles propres à l’univers dickien. Avec cette émotion en particulier: la nostalgie. D’autant plus forte qu’elle émane d’une vision futuriste.

Nostalgie futuriste, la formule convient à Rone également. Elle traverse de part en part sa musique. Et Rone qui nous répond que oui, il aime l’univers de Dick, il aime le cinéma, et la musique de film en particulier! «Lorsque j’étais étudiant en cinéma, j’en ai consommé comme un boulimique. Depuis, je fais un vrai parallèle entre mon travail de musicien et celui du réalisateur. Je réfléchis comme un scénariste, en cherchant l’aspect narratif, avec ses climax, ses rebonds. Je veux des variations d’humeurs et d’ambiance, où l’on retrouve la lumière après la tristesse.»

Les traces de Glass et Brian Eno

Rone, Erwan Castex, 37 ans, né à Boulogne-Billancourt, est-il encore un artiste électronique? Vu dans les festivals spécialisés, dans les clubs aussi, larguant sur le dancefloor des beats nébuleux. Vu à la Philharmonie de Paris en compagnie d’un orchestre à cordes, un ensemble classique traversé de batteries roulantes. Avec ce même batteur, l’ébouriffant John Stanier, que l’on entend sur Mirapolis parmi les voix charnues du slameur Saul Williams, celle la chanteuse Kazu Makino du groupe Blonde Redhead, de Baxter Dury encore… «Je voulais un album purement instrumental. Mais un jour, je croise Saul Williams dans la rue, à Paris. On a du temps, on file dans mon studio, à Montreuil. On improvise.» Et la bande-son devient chanson.

Voilà une musique novatrice, pour ce qu’elle trouve de mélodies efficaces, d’assemblages séduisants, machines et cordes, synthés et chant. Pourtant, à replonger sans cesse dans l’univers de Rone, on en revient chargé de souvenirs, de choses anciennes enfouies dans la mémoire. Philip Glass et ses arpèges répétés, hypnotiques, bouturées sur le morceau Brest, avant que celui-ci ne dérive dans un violent orage dub step. Brian Eno et ses synthétiseurs ascensionnels également, ranimé pour Zapoï. Les langueurs mécaniques de Vangelis encore, celles de Tangerine Dream aussi (Down For The Cause). Et ces autres, récentes, de l’Islandais Johánn Johánnsson lorsqu’il met sa musique de chambre rêveuse au service du cinéma (sur Brest encore). Mais ses fondations posées, l’ensemble de Mirapolis tient finalement comme une œuvre à part, si attirante.

Mirage sonore

La mémoire, celle de Rone, joue à plein elle aussi. C’est le titre de l’album d’abord. Une évocation déformée du film Metropolis, de Fritz Lang. Egalement ce souvenir d’un vieux parc d’attractions avec un énorme Gargantua à l’entrée. «J’ai voulu cette musique comme une transition temporelle, évoquant le passé et le futur. Ce sont des souvenirs d’enfance, des sensations perdues qui rejaillissent. Une archéologie de l’intime. Ce sont des flashs, moi déambulant seul dans la maison familiale, ma mère écoutant de la musique.»

Et quelle était-elle, cette musique de l’enfance, sinon le classique? La musique, dit-il, qui lui est la plus familière. Comme une symphonie, comme un concerto, Rone, lui aussi, veut le spontané et expérimentation, en restant simple et accessible. «C’est ma contradiction.» A l’intersection de la pop et du contemporain, Rone dessine ainsi des paysages saisissants, un pur mirage sonore.

«Mirapolis» Rone (InFiné), en concert je 15 mars 2018, 20 h, salle des fêtes de Thônex.

Créé: 27.10.2017, 22h23

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