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HommageLe rock dernier cri

Il avait osé injecter sueur et sexe dans le genre naissant. Inventeur de «Tutti Frutti», Little Richard est mort à 87 ans.

Richard Wayne Penniman, surnommé Little Richard, a influencé de nombreux musiciens tels que Buddy Holly et Elvis Presley au cours de sa carrière.
Richard Wayne Penniman, surnommé Little Richard, a influencé de nombreux musiciens tels que Buddy Holly et Elvis Presley au cours de sa carrière.
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C'était le plus puissant cri de libération venu de l'Amérique la plus profonde. Un rugissement de bête fauve qui déchira les barrières morales. Une incantation, aussi. L'abracadabra moderne qui transforma la vie de millions de jeunes gens. «Be bop a lula balab bam bom!» Quelques onomatopées et tout était dit: le rock'n'roll pouvait déferler sur le monde avec, hurlant sur la crête de sa gigantesque vague, Little Richard en gourou fou. L'inspiration le quitta souvent, la fièvre jamais. Elle a maintenu en vie «l'architecte du rock'n' roll» jusqu'à l'age inespéré de 87 ans. Un cancer des os l'a terrassé samedi 9 mai.

Après Ike Turner et Chuck Berry, la mort de Little Richard signe la disparition d'un pionnier qui, flamboyance oblige, a tout inventé et tout cramé en quelques mois. Du succès mondial de «Tutti Frutti» et son antienne magique en 1955 à sa première retraite spirituelle en... 1957 (!), le natif de Macon, Georgie, troisième enfant d'une famille de douze au père castrateur, a craché une douzaine de tubes dont l'influence serait incommensurable - «Long Tall Sally», «Lucille», «Good Golly Miss Molly»... Sa façon de dynamiter le blues où il avait fait ses classes, de pervertir le gospel dont il recréait en concert les danses extatiques, a injecté dans le rock naissant une lubricité auprès de laquelle les mouvements de bassin d'Elvis n'étaient qu'aimables dodelinements de garçon vacher.

Petit de taille, fluet de voix, homosexuel contrarié qui recevait sur scène les soutiens-gorges de ces dames en furie, musicien noir faisant guincher le public blanc au grand dam des lois raciales, lecteur assidu de la Bible mais pécheur impénitent, «Little» Richard Wayne Penniman fut une somme d'ambiguïtés dont il pétrit ses chansons et son personnage. Musicalement, il influença The Beatles (ils firent leur première tournée anglaise en 1962 en première partie de Richard, dont il reprenaient plusieurs chansons) comme The Rolling Stones, James Brown comme Prince et Michael Jackson. Visuellement, son art de l'esbroufe, ses fringues démentielles, ses cheveux en Pompadour et sa manière d'attaquer son piano nourrirent Elton John. Symboliquement, son refus de la norme et son appétit parfois involontaire pour le scandale marquèrent David Bowie, le glam rock et même le punk - The Clash le révéraient.

Adulé dans les années 1960 pour son oeuvre de la décennie précédente, il était déjà has been dans les seventies avant un come back à la fin des années 1980: là encore, Little Richard inventa la ronde tragique du rock, faite d'argent, de drogues, d'alcool, de procès avec ses labels, d'illuminations religieuses (il enregistra plusieurs albums de gospel) puis d'un retour en grâce comme icône d'un temps ancien. Il l'était déjà en 2001, lors d'une de ses multiples «tournées d'adieu» entouré des «légendes du rock», en l'occurrence Chuck Berry et Jerry Lee Lewis. En voyant dans le Hallenstadion zurichois ce petit bonhomme de 67 ans hurler ses cris de guerre debout sur son piano, on craignait pour son coeur. Il a tenu encore vingt années.

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