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Le grand retour des Genevois «What’s Wrong With Us?»

Du sordide et des morts, les musiciens tirent une fantaisie hallucinée. Nouvel album et concert ce dimanche à la cave 12 dans le cadre du festival Face Z.

What's Wrong With Us?, groupe genevois de rock étrange, pose sur la plage de Coney Island, tout au bout de Brooklyn. De gauche à droite, Florent Tissot, batteur, Zoé Cappon, chanteuse, Stéphane Augbsurger, guitariste, et Jonathan Delachaux, saxophoniste.
What's Wrong With Us?, groupe genevois de rock étrange, pose sur la plage de Coney Island, tout au bout de Brooklyn. De gauche à droite, Florent Tissot, batteur, Zoé Cappon, chanteuse, Stéphane Augbsurger, guitariste, et Jonathan Delachaux, saxophoniste.
DR

Le quatuor somnolait dans une cave de la Jonction, rêvant de revanche sur le destin, échafaudant mille coups de maître définitifs. Huit ans après son dernier album, près de vingt ans après sa naissance sur les scènes des squats – les musiciens portaient des costards et le public prenait du fouet – le groupe genevois What’s Wrong With Us?, une institution du rock bizarre, a réveillé le monstre. Plus fin, plus direct, plus dru, toujours aussi cynique.

Un album au tranchoir émerge du brouillard. Entendez ces guitares torturées avec raffinement, ce saxophone de chaudière bramant dans la nuit. Une batterie sournoise tabasse en profondeur, lorsque s’amène le chant blême d’une diva lyrique en catatonie. Inquiétante matière. Beau monstre.

Nom à coucher dehors

Enregistré à Brooklyn chez Martin Bisi, figure du punk américain, collaborateur de Bill Laswell, le nouvel opus a écopé d’un nom à coucher dehors. D’ailleurs, c’est à peu près ça qui est arrivé. «Branden Sugar»: sugar, le sucre, comme le «brown sugar», l’héroïne. Branden, comme ce maquereau passionné d’absinthe.

Zoé Cappon, ici chanteuse, par ailleurs comédienne, parfaitement indocile où qu’elle aille, comme son saxophoniste de mari, Jonathan Delachaux, lui-même artiste concepteur d’une famille de poupées pas loin d’être aussi vivantes que lui, visitait un jour le sud des États-Unis et Haïti en quête de cérémonies vaudoues. À La Nouvelle-Orléans, le couple débarque dans un bed and breakfast: «On s’est un peu trompé en faisant la réservation. On est arrivé dans l’antre d’un maquereau toxicomane», raconte Zoé Cappon. C’était Branden. «On a vécu trois semaines avec lui dans ce quartier de dealers de crack.» L’aventure a inspiré notamment la chanson «Pimp» (le mac, en anglais). À Port-au-Prince, l’affaire est autre, rapportée par l’ami du cru Junior, qui avait essayé de sauver une proche écrasée sous les décombres de sa maison, ravagée par le tremblement de terre de 2010. «Il ne pouvait la dégager seul. Il est resté près d’elle jusqu’à sa mort.» La chanson s’intitule «Rain».

On leur demande pourquoi What’s Wrong With Us? est resté coi si longtemps. Parce que chacun était fort occupé, répond le quatuor: cinq ou six groupes par tête de pipe, idem pour le petit dernier, Florent Tissot à la batterie. Que ce soit pour faire de l’électronique dérangeante, du disco transgenre, du théâtre ou du cabaret. Cabaret, voilà qui sied également à What’s Wrong With Us? «Nous ne faisons pas de la musique pour 5000 personnes, plutôt de la musique de chambre, résume le guitariste Stéphane Augsburger, l’esthète du groupe, son exégète. Pour autant, notre démarche n’est pas tant intellectuelle que spontanée. Notre plaisir est dans les amplis crade au fond d’une cave.»

Musique underground

On leur a demandé, enfin, s’ils avaient encore de l’ambition. Ils ont répondu: «Nos morceaux sont trop longs pour la radio. La télé? Il faudrait passer au fitness avant. Quant aux grands festivals, le seul qu’on ait jamais fait a été un fiasco.» C’était au Killbi, tout petit festival fribourgeois réputé très pointu. «Comme on avait noté «musique underground» sur notre site web, les médias nous interrogeaient uniquement sur ce thème. Alors, on a ajouté: «À l’attention des journalistes malentendants, les musiciens se produisent sous terre.» L’un d’eux a conclu très justement: «Qu’ils y restent!» Clair qu’on est resté assez bras-cassé. Les tourneurs, on les a tous tués...»

Encore des morts. À croire que ça les fascine. Par exemple, ce bébé gazouillant au terme de la chanson «Children», où il est question, en anglais dans le texte, de «Tu veux des enfants? Moi, non! I prefer having fun!» Et la voix du chérubin de disparaître sous une rafale de mitraillette. «Le clou de notre nouveau spectacle.»

«Branden Sugar» What’s Wrong With Us? (Urgence Disk). En concert di 1er déc., 21h, Cave 12, festival Face Z

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