Le «Ring», pierre angulaire pour le Grand Théâtre

OpéraLa première des trois intégrales de la tétralogie de Wagner s’est achevée dimanche. Retour sur une production équilibrée, qui marquera les annales de la maison lyrique.

Scène finale du «Crépuscule des dieux», avec Siegfried (Michael Weinius), et Brünnhilde (Petra Lang).

Scène finale du «Crépuscule des dieux», avec Siegfried (Michael Weinius), et Brünnhilde (Petra Lang). Image: CAROLE PARODI

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On n’oubliera pas de sitôt ce tableau final! Il a pris forme lentement, après plus de quinze heures de musique, durant lesquelles dieux et demi-dieux, héros, dragons et personnages de toutes sortes ont livré bataille pour s’emparer de l’anneau du Nibelung et être ainsi les dépositaires d’un pouvoir sans partage. En épilogue de ce récit épique, démesuré et tragique, donc, le plancher du Grand Théâtre s’est ouvert telle une immense bouche et a tout englouti, dans un mouvement de plateau inéluctable et prodigieux. Un monde sans paix, déserté par l’amour, déréglé par la chute des divinités et par l’avidité générale, a fini alors par disparaître dans les profonds dessous de scène, laissant au public la désolation d’un plateau vide et les notes douces-amères surgissant de la fosse.

Une cohérence imparable

Ainsi s’est achevée la tétralogie de Richard Wagner, que la maison lyrique genevoise rénovée a remis à son affiche six ans après la création de cette production. Avec «Le crépuscule des dieux», un premier tour intégral de l’ouvrage a été accompli dimanche. Et cet épisode ultime a failli tourner au drame lorsqu’un linolite mural s’est détaché dans les premiers balcons côté jardin, provoquant un vacarme notable de verre cassé et une grosse frayeur auprès des spectateurs les plus proches, parmi lesquels le directeur du Grand Théâtre, Tobias Richter. Siegfried entamait à ce moment son premier duo avec Brünnhilde. Par chance, l’accident n’a occasionné aucune blessure.

Que retient-on encore du volet cité et de «Siegfried» qui l’a précédé? Qu’ils prolongent ce qu’avaient dit «L’or du Rhin» et «La Walkyrie», premières étapes de la tétralogie (lire notre édition du 15.02.2019) parcourues quelques jours plus tôt. La lecture qu’offre la mise en scène signée par l’Allemand Dieter Dorn est d’une cohérence imparable et d’une constance sans faille durant les quatre pièces. Souci d’intelligibilité de la trame narrative, économie de moyens dans le dispositif décoratif et les costumes – l’œuvre de Jürgen Rose –, ce «Ring» s’écarte de toute actualisation, de toute surcharge symbolique ou psychologique.

La transparence dans l’exposé du récit confère des lignes agiles à une histoire par ailleurs chargée de complexité, de retournements de situation et de conflits qui paraissent insolubles. Encore une fois, comme pour les premiers épisodes, on a trouvé dans la fosse un relais musical qui a renforcé la ligne claire prônée par Dieter Dorn. Quitte à manquer parfois d’épaisseur dramatique, de densité et de puissance, la baguette de Georg Fritzsch a privilégié la qualité des textures sonores, la fluidité des phrasés, la dynamique de ses archets. Cela a fait particulièrement merveille dans les duos – Siegfried/Brünnhilde ou encore Der Wanderer/Alberich dans «Siegfried», notamment. L’Orchestre de la Suisse romande n’a pas toujours été d’une précision irréprochable, auprès des cuivres surtout, mais il a gardé suffisamment tendu l’arc qui traverse la tétralogie.

Caractérisation précise

Le succès de ce «Ring» doit beaucoup à la qualité de sa distribution. Tómas Tómasson a été une Wotan/Der Wanderer d’une consistance infaillible, avec sa voix puissante et précise et sa présence scénique marquante. En Brünnhilde, Petra Lang a présenté les mêmes traits avec un chant qui, certes, n’offre pas une riche palette de nuances mais qui demeure bluffant d’assurance. Dans les figures principales, il faut encore relever l’élan juvénile, le phrasé limpide et la musicalité accomplie de Michael Weinius, que l’embonpoint éloigne résolument du canevas héroïque et vaillant qui lui incombait. Sa performance a marqué pourtant les deux dernières journées de ce «festival».

Ailleurs, et à quelques exceptions près, il faut saluer la caractérisation précise de chaque personnage, fût-il secondaire. Des Nornes aux Ondines, de Gutrune à Gunther (excellents Agneta Eichenholz et Mark Stone), ce «Ring» se distingue aussi par les détails. Le Grand Théâtre tourne ainsi une première page dans cette aventure, après avoir rouvert sans faste ni gloire – aucune réception, aucun discours – ses portes de la place Neuve. Avec son «Ring», la maison tient une des pierres angulaires dans son histoire.

«Der Ring des Nibelungen» («L’anneau du Nibelung»), de Richard Wagner Grand Théâtre. Prochains cycles complets: du 5 au 10 mars et du 12 au 17 mars. Rens. www.geneveopera.ch

Créé: 18.02.2019, 17h04

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