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En quittant la rue, MHD est devenu un produit comme les autres

L’inventeur de l’afrotrap livre un 2e disque aimable et sans faille. C’est bien le souci, et peut-être une explication à son mal-être.

MHD, né Mohamed Sylla, s'est lassé de son succès.
MHD, né Mohamed Sylla, s'est lassé de son succès.
DR

En trois lettres et quatre vidéos faites maison, MHD a fracassé le rap français. C’était en 2015, et le potentiel viral des réseaux sociaux ventilait aux quatre coins du monde les cartes postales de Paname qu’une équipe de jeunes en pleine forme balançait sur YouTube. Du XIXe arrondissement de la capitale, plus précisément. Les nouveaux gavroches, noirs de peau, sapés de survêtements, de maillots de foot et de tissus africains, fanfaronnaient devant une caméra en long plan séquence, sur le son d’un rap tout en coups de grosse caisse, en syncope rythmique et en grassouillets effets de synthétiseurs. La trap rencontrait le hip-hop en français, mélange auquel MHD, né Mohamed Sylla, ajoutait les frises instrumentales et mélodiques de la musique afro. Inventeur à 20 ans, star à 21. À 24, il revient avec un deuxième disque et un avis de décès.

«Plus envie de rien, plus envie de musique, je pense bien arrêter après cet album», lâchait-il au début de mois sur Twitter. Universal Music s’en serait bien passé, qui a signé le rappeur d’origine guinéo-sénégalaise peu après que ses vidéos titrées «Afrotrap part» (dix à ce jour) ont accumulé des dizaines de millions de vues et séduit à tout va, du footeux Paul Pogba au rappeur Drake en passant par la rentière pop Madonna. Au moment de rencontrer le jeune homme, les sujets bannis ne sont pourtant pas son ras-le-bol mais la politique et la religion. «Il n’aime pas parler de ça, c’est vite tronqué sur Internet et ça peut lui causer du tort.»

Le bénéfice de la renommée 2.0, immédiate et gigantesque, ne s’encaisse pas sans ses contrecoups les plus néfastes — exposition permanente, diktat des commentaires, fake news et «haters». MHD a appris à se méfier et, le dos droit contre le dossier de sa chaise, accompagné de deux amis, répond par phrases courtes et bateau d’où pointe autant de lassitude que de réserve. «Avec le succès, j’ai connu des moments dans le bien (sic), d’autres dans le mal. On apprend à vivre avec tout ça, mais c’est parfois dur.» On n’en saura pas plus, sinon que le second morceau de «19», le nouveau disque, se demande où sera MHD dans cinq ans. «La musique, c’est pas ma vie, reprend-il. Je suis heureux d’être arrivé où je suis, mais les gens veulent toujours savoir ce qu’il y a derrière.»

Deux cent trente concerts

Des rues du XIXe arrondissement qui donne le titre au disque, évocation qui illumine enfin son visage («Le meilleur quartier de Paris!»), à la gloire internationale (230 concerts dans 22 pays, dont le festival über tendance californien Coachella et le stade de Conakry, la capitale guinéenne), MHD a vécu une trajectoire fulgurante. Sa musique s’en ressent. La bricole parfois rêche et agressive de sonorités electro sur lesquelles le rappeur vannait les autres arrondissements et se déclarait de la «champion’s league», a laissé place à un produit plus rond, à la qualité instrumentale sans reproche. Les mélodies sont ultramaîtrisées. Les refrains radiophoniques flirtent plus avec Maître Gimms qu’avec la trap vicelarde du Sud américain. Comme la pochette le surligne, la terre d’Afrique est à l’honneur, et les beaux motifs de guitares mettent en musique une nostalgie chaleureuse et dansante. Autotune à tous les étages et accords en mode mineur finissent de placer le disque dans une absolue standardisation radiophonique que tout l’aplomb de Mohamed ne parvient pas à bousculer – mais ce n’est plus le but.

Rançon du succès

Devenu produit pop mondialisé, enlevé de facto à l’arrondissement qui faisait son univers («Je n’ai encore jamais été sous la tour Eiffel ou aux Champs-Elysées», jure-t-il), le musicien a perdu en chemin un peu de ce qui rendait sa musique attachante, cette insolence joyeuse, foutraque, urgente et inventive. Il a gagné en qualités «professionnelles», adjectif sacro-saint à l’heure où les présidents de la Républiques parlent comme des managers. Le blues de Mohamed Sylla, sans doute, puise à cette équation insoluble que l’on nomme rançon du succès.

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