Punch Brothers, cinq cordes avides

CritiqueJeudi à l'Alhambra, le quintet de «bluegrass progressif» a rendu une partition si parfaite qu'on réclamerait un peu de crasse...

Punch Brothers, quintet nord-américain de «bluegrass progressif», jeudi 8 novembre 2018 sur la scène de l'Alhambra, à Genève.

Punch Brothers, quintet nord-américain de «bluegrass progressif», jeudi 8 novembre 2018 sur la scène de l'Alhambra, à Genève. Image: Marcio Toledo

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Tant qu’à révolutionner le bluegrass, pourquoi ne pas jouer, de temps à autre, quelques bonnes vieilles mélodies campagnardes comme on les appréciait jadis? Entre deux de ces ballades pop plus que parfaites qui ont fait la réputation des Punch Brothers, les moments plus terreux, si j’ose, donnaient ce jeudi au public de l’Alhambra l’entrain nécessaire pour ensuite prêter au reste une attention tout attendrie.

Les Punch Brothers, il faut les voir: la barbe naissante, le regard rieur, cravate sous le gilet, chemise boutonnée haut. Ce pourrait être Dylan à Newport, millésimé sixties. Également une bande de jeunes cacous animant une soirée étudiante. Du reste, l’équipage a la langue bien pendue: «On est bien heureux d’être ici. Ça nous fait une pause avec les États-Unis. Quel cirque, n’est-ce pas? Normal, vous me direz, lorsqu’on a pour leader un clown…»

Et file la mandoline sur un rythme infernal, et voltige l’archet du violon! Virtuosité: le terme est parfaitement justifié. C’est encore la contrebasse, qui roucoule tout en rondeur, alternant jeu aux doigts et frottement de crin. Un coussin chaleureux sur lequel viennent se poser, comme de petits oiseaux virevoltants, les pizzi fulgurants des cordes solistes. Mandoline. Banjo. Une guitare en appui. Un violon envolé.

«Debussy, père du bluegrass»

Réunis en un demi-cercle serré au centre de la scène, les Punch Brothers se présentent en grappe. C’est l’avantage, pour chacun d’eux, de s’écouter directement, sans la nécessité des haut-parleurs. Extraordinaire jeu de groupe, dans lequel chaque élément s’inscrit subtilement dans les autres. Ainsi également du chant. Le mandoliniste Chris Thile en guise de lead, voix haut perchée, timbre doux comme un petit-déjeuner en amoureux. Puis le chœur de ses pairs. Superbe, dans cet allant à peine nonchalant, ne refusant rien des délices qu’offrent toutes sortes de ralentis, d’accélération, de forte et de piano.

Bluegrass, disions-nous. Ceux-là connaissent, et sur le bout des doigts. Mais l’essentiel des compositions est ailleurs, dans ces dérivations qui mènent ici vers le baroque italien, là vers les vertes contrées d’Irlande. C’est une danse de la Volga encore, un rien de Dvorák. Enfin, la touche mélancolique des Crosby Stills & Cie. Puis le «Passepied» de Debussy. «Debussy, père du bluegrass!» sourient les Punch Brothers. Si légers, si parfaits qu’on finit par rêver d’un bon rock bien crasseux.

Créé: 09.11.2018, 20h09

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