Programme noir, interprètes lumineux

ClassiqueL’OSR et d’excellents solistes élèvent très haut une nouvelle confrontation entre Britten et Chostakovitch.

Le ténor américain Nicholas Phan a fait très forte impression.

Le ténor américain Nicholas Phan a fait très forte impression. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le passionnant cycle que l’Orchestre de la Suisse romande (OSR) consacre à Benjamin Britten et Dmitri Chosatkovitch, ces deux géants de la musique du XXe siècle, se poursuit. Des quatre rencontres programmatiques prévues, la troisième aura été la plus sombre, sur des inspirations poétiques qui révèlent l’un et l’autre à leurs plus intimes tourments.

Le «Lachrymae» pour alto et orchestre de Britten tisse des variations d’une délicatesse suprême, à laquelle la première alto solo de l’OSR, Elçim Ozdemir, apporte une autorité sans cesse irisée de mystère, conservant jusqu’au murmure une sonorité d’une plénitude magnifique.

Avec les «Illuminations» sur des textes de Rimbaud, pour ténor ou soprano et orchestre, qu’il compose pendant la guerre alors qu’il s’est exilé en Amérique, Britten se risque sur un terrain plus expérimental, accordant aux libertés cryptées du poète une musique fantasque et parfois surréaliste. Remplaçant Andrew Staples, le ténor américain Nicholas Phan y fait très forte impression, avec une voix charnue, percutante, à l’aise dans tous les grands huit expressifs et techniques de la partition, projetant loin un français de belle qualité.

Luxueux couple

Vient enfin, tel un miroir lugubre, la «14e Symphonie» de Chostakovitch. Les percussions (le woodblock en particulier) rejoignent les cordes traitées en orchestre de chambre, et les deux solistes qui se partagent les poèmes de García Lorca, d’Apollinaire et de Rilke. Chostakovitch a brisé ses chaînes avec le régime brejnévien, il s’affranchit de ses peurs, aborde les thèmes de la prison, du suicide et de la mort, que «l’optimisme socialiste» réprouve. On n’imagine pas musique plus désolée. Et on ne l’imagine pas mieux chantée que par le luxueux couple formé par la soprano lituanienne Hasmik Grigorian et la basse russe Mikhaïl Petrenko. Elle, comme sortie d’un film de Tim Burton, étourdit par sa voix capiteuse, puissante, aux beaux reflets de diamant noir. Lui, c’est Boris Godounov plus la tendresse, une voix d’une noblesse et d’une intensité expressive souveraines. Ils emportent très loin cette œuvre si âpre.

On n’a rien dit du chef, Alexander Shelley, et de l’Orchestre de la Suisse romande en petit effectif. Ils dessinent pourtant ces paysages si variés avec une rigueur exemplaire. Mais il est vrai que ces œuvres qui leur demandent beaucoup n’ont pas vocation à les faire briller, sinon par la rigueur et la connivence de leur jeu. Ils auront pleinement joué leur rôle dans ce concert exigeant, d’une tenue rare.

Créé: 30.01.2020, 18h12

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Classement des retraits de permis: Genève bon élève
Plus...