La Poupée de Polnareff a 50 ans

Musique«non, non, noooooon, non» De retour sur scène, le héros de la pop francophone joue samedi à l'Arena. Quant à son dernier album, il date d'il y a 25 ans ce jeudi...

Image: Keystone

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Polnareff est de retour. Polnareff mène campagne. Pour retrouver son public neuf ans après sa dernière tournée en Europe. Samedi 28 mai, Polnareff joue à l’Arena de Genève. Mais qui veut encore de Polnareff? Les salles peinent à se remplir. Pourtant, de ses chansons, la mémoire collective garde un souvenir ému. Et plus c’est vieux, meilleur c’est. Voilà cinquante ans exactement, ce jeudi, qu’est paru La poupée qui fait non, première chanson, premier tube, édité le 26 mai 1966. De loin le plus populaire de sa carrière.

Par ailleurs, voilà un quart de siècle depuis Kâma-Sûtra en 1990 que le chanteur à lunettes n’a rien composé de nouveau, hormis Ophélie flagrant des lits en 2006 et cette chanson un peu fanée, L’homme en rouge, parue en décembre dernier. On attend toujours le nouvel album. Le compositeur est perfectionniste, dit-il. En fait de répertoire, le sien, aussi brillant soit-il, couvre pour l’essentiel les années 1966 à 1978, de La poupée qui dit non à Lettre à France. Une décennie ancienne, certes, mais qui a marqué le paysage musical français jusqu’à inspirer les chanteurs d’aujourd’hui.

Education très classique

A l’approche des années 1970, la France découvre la pop britannique, cette musique qui ne fait pas taper du pied, contrairement au rock’n’roll américain copié par les yéyés. Mélodies soyeuses nourries de folk, arrangements élaborés: c’est Polnareff qui, le premier, assimile la pop anglo-saxonne pour en tirer à son tour des refrains populaires, tel que L’amour avec toi en 1966. Tandis que les Fab Four découvraient le sitar indien avec Norvegian Wood en 1965, Polnareff, de son côté, faisait ondoyer orgues et clochettes pour Ame câline et Le bal des Laze en 1968.

Mais l’œuvre du Français, son art de la composition harmonisée de manière complexe, son jeu de pianiste également, doivent beaucoup au classique. C’est sa première formation. Et son pire souvenir d’enfance, lorsque son père Léo Poll, compositeur pour Piaf notamment, voulait en faire un virtuose. Bach, Debussy, mais aussi Gershwin, puis les Platters et Ray Charles. Il faudrait ajouter encore Barbara pour le verbe clair et la narration. «Polnareff, c’est l’arrangeur arrangé en célébrité» notait en 1970 le quotidien Le Monde.

A l’enterrement des yéyés

Son cadet de trois ans, Michel Berger jouera à sa suite lui aussi un rôle à majeur dans la métamorphose de la variété hexagonale en musique pop, de Message personnel pour Françoise Hardy à Starmania. Il faudrait encore mentionner l’inclassable Gérard Manset (La mort d’Orion, 1970), l’éthéré Christophe (Les paradis perdus, 1973), et le plus ironique Pierre Vassillu. Mais Polnareff, lui, a également construit un personnage sensuel, excentrique, provocateur montrant ses fesses sur les affiches parisiennes pour son show à l’Olympia en 1972. L’égal d’un Bowie? L’univers du Français ne déborde pas tant de son cadre égocentrique, et son goût de l’érotisme n’a jamais fait école. A l’exception notable de Mylène Farmer.

Progéniture extra-lyrique

Attrait pour la chanson spectacle, aura mystérieuse, caprices de stars, polissonneries… De Polnareff à Farmer, il n’y a qu’un pas. Ou presque. Car si en 1970 Polnareff chantait Je suis un homme pour clamer qu’il n’était pas homo, contrairement aux rumeurs, les années 80 venues, Farmer déclare sans contrefaçon être un «garçon». Autre époque. Autre révolution.

En 2016, cependant, Polnareff ne scandalise plus depuis longtemps, et Mylène Farmer non plus. Pourtant, des héritiers, le nouveau millénaire en charrie à foison. Encore plus qu’avant, d’ailleurs. Ecoutez ces synthétiseurs déferlant en masse sur les arrangements, ces refrains doucereux, aériens, nourris de textes léchés, volontiers précieux. Arnaud Fleurent Didier, Alex Beaupain, Florent Marchet, Benjamin Biolay aussi et jusqu’au petit dernier Vianney: en renouant avec la pop des années 1970, les chanteurs d’aujourd’hui font tous revivre un petit bout de Polnareff.

«La poupée qui fait non», par Michel Polnareff, 1966

Si la musique est de Polnareff, les textes sont signés Frank Gérald, son parolier des débuts, également auteur de cet autre «saucisson», comme on disait alors, Love Me, Please Love Me Puis encore, en 1967, Sous quelle étoile suis-je né. Lui-même interprète à ses débuts, Frank Gérald est décédé le 6 août 2015 à l'âge de 87 ans.

«Sous quelle étoile suis-je né», par Michel Polnareff, 1967

Pour un peu, on vous raconterait que La poupée qui fait non a été écrite sur les marches du Sacré-Cœur. Plausible, puisque le chanteur, alors âgé de 22 ans, traînait depuis quelques années déjà avec les beatniks du coin, selon ses dires. Polnareff, le succès venu, fera comme tout le monde: pour s'exporter, il interprète une traduction de sa chanson, en italien, en espagnol comme en allemand.

«Meine Puppe sagt non», par Michel Polnareff, version allemande, 1966

Polnareff était allé enregistrer à Londres avec Jimmy Page et John Paul Jones, futur Led Zeppelin. Mais c'est un autre «guitar hero» dont on retient, à tort ou raison, sa version de La Poupée: Jimi Hendrix. C'était en 1967, probablement.

«La poupée qui fait non», par Jimi Hendrix, en 1967

Love Me, Please Love Me... Oh, comme il les aimait, ces Anglais qui faisaient la pop. En 1966 toujours, Love Me, dont l'original ne contient de la langue de Shakespeare que l'entame du refrain, fait jolie impression lorsque Polnareff l'interprète intégralement en anglais. Ça fait très soul? Pour le look, il y a comme un air de Lennon au piano...

«Love me, Please me», par Michel Polnareff, version anglaise, 1966

Encore une petite. Une reprise. Johnny Hallyday, plus tard Mylène Farmer et Florent Pagny, tous s'y sont collés. Outre Manche, les Birds aussi, avec Tony Munroe et Ron Wood, avant que ce dernier ne rejoigne les Rolling Stones. Et vive «la pooupeïe qui fé noo».

«La poupée qui fait non», par The Birds, version anglaise

Michel Polnareff Arena, Genève, sa 28 mai, 20 h 30. livemusic.ch

Créé: 25.05.2016, 18h45

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