La scène jazz du bout du lac sort de ses gonds

MusiqueLe 22e JazzContreBand ouvre ses feux lundi 1er octobre. À l’affiche, un plateau de Genevois, du pianiste Léo Tardin au batteur Arthur Hnatek

Dans la lumière, face au micro, Fabe Gryphin, chanteur, rappeur, auteur et compositeur originaire de Genève, à l’affiche du 22e JazzContreBand samedi 6 octobre au Chat Noir.

Dans la lumière, face au micro, Fabe Gryphin, chanteur, rappeur, auteur et compositeur originaire de Genève, à l’affiche du 22e JazzContreBand samedi 6 octobre au Chat Noir. Image: DR

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Le pianiste Léo Tardin, cet autre as du clavier, Gabriel Zufferey, le batteur Arthur Hnatek, le guitariste Théo Duboule du groupe Oggy and The Phonics, le quartet Ti-Cora, le trio Aksham avec la chanteuse Elina Duni et le pianiste Marc Perrenoud… Pour sa 22e édition, le festival JazzContreBand, expert ès échanges musicaux à sautes frontières, sans nul autre pareil lorsqu’il faut brasser les scènes savoyardes et romandes, livre une palette chargée de musiciens genevois. Cette année, on compte également les Duck Duck Grey Duck à l’affiche, des rockers assez jazzophiles dans les bords pour figurer dans un programme qui, c’est à la mode, laisse la part belle aux fusions urbaines. Avec un plein mois de concerts aussi bien à Genève qu’Annemasse ou Cluse et jusqu’à Sierre, cette édition voit large avec, au total, 27 lieux participant à ces agapes du jazz.

Mais est-ce bien du jazz dont il faut encore parler ici? Qu’on songe aux expérimentations électroniques du batteur Arthur Hnatek, ébouriffantes digressions par ailleurs, qu’on écoute les manières hip-hop de Fabe Gryphin. Bien malin qui retrouvera ici l’héritage des maîtres américains, des Coltrane, Monk et cie qui ont fourni un pensum pour le demi-siècle qui vient de s’écouler. Un Léo Tardin, pianiste solitaire naviguant entre boogie et classique (résumé tendancieux, certes) fait-il figure d’exception? À voir.

Hors du formatage académique

Toujours est-il que JazzContreBand, tout comme la référence vaudoise qu’est le Cully Jazz, visite sans rougir des contrées musicales très différentes de la «tradition». «Qu’est-ce que le jazz aujourd’hui, sinon un état d’esprit que partagent les musiciens?» Voilà ce que répond Stafeno Saccon, président du festival, également programmateur du volet jazz de Label Suisse. Il poursuit: «Vivre avec son temps, absorber des idées, des cultures différentes, c’est cela l’esprit du jazz.» Stefano Saccon relève, en effet, l’extrême diversité des propositions de JazzContreBand: «Au-delà du purisme – «Ça ne swingue pas!? Il n’y a pas d’improvisation?!?» – les jeunes musiciens ont soif de découvertes, qu’ils aillent dans la pop, le rock, le hip-hop ou l’électronique, mais, toujours, hors du formatage.»

On voudrait connaître le rôle dévolu aux écoles de musique dans ce renouveau. Référence principale en la matière, la Haute École de musique de Lausanne forme d’excellents musiciens, note Stefano Saccon. «Mais ce cursus ne sort pas du jazz tradition. Ce qui n’empêche pas ces mêmes étudiants, à l’extérieur, de s’intéresser aux courants musicaux les plus novateurs.»

22e JazzContreBand, du 1er au 30 octobre, divers lieux, Suisse et France. Infos: jazzcontreband.com


Arthur Hnatek, le batteur augmenté

Genève a donné naissance à un prodigieux batteur. Arthur Hnatek, 28 ans, virtuose que la planète jazz s’arrache, tourne aux côtés du trompettiste Erik Truffaz, lorsque ce n’est pas avec le pianiste Tigran Hamasyan. En novembre prochain, il filera à Tokyo avec un autre prodige du clavier, Shai Maestro, avant d’entamer avec lui une résidence pour le label ECM. Au printemps, il rejoindra le GECA pour un «Planète jazz» avec le saxophoniste Émile Parisien et l’accordéoniste Vincent Peirani… Le curriculum impressionne, la réputation va grandissante pour cet ancien élève de l’AMR, dont la formation s’est achevée à New York dans la New School of Jazz.

«Je suis entré dans une phase de luxe. À présent, je peux même choisir avec qui jouer, et non plus devoir accepter tous les concerts qu’on me propose. Cette situation me convient. Je peux développer mes propres projets.»

Ses propres projets? C’est Melismetiq, présenté cet été sur la scène du parc La Grange, quatuor à tendance fusion monté avec ses anciens camarades d’études aux États-Unis, dont Shai Maestro. C’est Wän, autre quatuor, d’obédience ambient celui-là, donnant une large place à l’improvisation. Enfin, il y a Swims.

Des capteurs sur les fûts

Swims. Le solo. Une formule en progression constante. Où le savoir-faire ébouriffant d’un Esprit Frappeur en quête de groove («Le groove, c’est la première chose qu’on demande au batteur») rencontre les sonorités gigognes de l’électronique. «Swims a plusieurs visages», explique Arthur Hnatek. Celui de Valentin Liechti y participe grandement. Batteur lui aussi. Fort en machines, fort en technique. On a pu l’apercevoir sur scène; aux dernières nouvelles, il tient la console de l’ingénieur du son. Que ce soit au Brise-Glace d’Annecy, en première d’Electro Deluxe (jeudi 11 octobre). Comme pour cette résidence au Château Rouge d’Annemasse: enregistrement, réalisation de vidéos, de ce travail en duo, Swims revient à nouveau changé.

«Swims, poursuit Arthur Hnatek, c’était au départ un projet sans batterie. Je voulais fixer les choses. Mais quelque chose ne fonctionnait pas. Je suis avant tout musicien de scène, la batterie est mon instrument naturel.» Après une seconde version, dans laquelle des claviers venaient compléter les percussions, le musicien genevois opte pour ce qu’il nomme, avec ironie, sa «batterie augmentée». «Visuellement, le dispositif possède un attrait étrange», dit-il. Munie de capteurs dernier cri – fabrication américaine, précise notre interlocuteur – cette grosse batterie comportant force cymbales trouées et autres éléments peu courants dans le jazz, permet à son propriétaire de piloter un échantillonneur sonore. En résulte une multitude de sons vibrants, de puissantes nappes roulant dans les graves, quand ce ne sont pas des bribes de piano. Résultat d’autant plus impressionnant que le musicien est seul sur scène.

Envie de clubbing

«J’ai découvert avec l’électronique un domaine parfois plus inventif que le jazz. C’est un biais privilégié pour aborder le mouvement, pour s’approcher de la danse. Ce sont les soirées clubbing telles que j’ai pu les vivre à Berlin, cette ville moderne, progressiste que j’ai fréquenté d’assez près durant deux années. C’est la danse contemporaine aussi. Voilà deux mondes qui se mélangent volontiers, lorsque le cadre, les lieux le permettent.» Et Arthur Hnatek de mentionner le Funkhaus, l’ancienne Maison de la Radio du Berlin Est d’avant, «où l’on peut écouter aussi bien de l’ambient que du contemporain». «J‘ai constaté qu’il est assez aisé de faire de l’expérimental en public, à condition que la salle soit dotée d’un son puissant. Ce qui est le cas des clubs, plus qu’ailleurs.» Là où les auditeurs, qui sont également danseurs, ont cet avantage d’être habitués à des expériences extrêmes. «En revanche, dans un festival, on se demande toujours où programmer un projet de cet acabit.»

Musique jazz, musique de club, musique de danse: au point de friction d’univers qu’a priori tout sépare, aussi bien les démarches que les lieux pour les entendre, Arthur Hnatek a relevé une piste qu’il ne lâche plus. Si la quête du groove reste une tâche essentielle à ses yeux, interroger l’essence de ce qui fait danser s’avère tout aussi fondamental. Tout cela à cause de l’électronique? Arthur Hnatek d’évoquer une figure majeure de la scène britannique, Richard D. James, alias Aphex Twin: «C’est, à mon avis, la seule personne qui mérite le qualificatif de génie de la musique.»

Le Brise Glace, Annecy, je 11 oct, 21 h


Fabre Gryphin, suivre la voix du hip-hop

On se demandait – tiens! – comment vont les derniers venus de la scène jazz romande, comment font, comment jouent les nouveaux diplômés, les frais émoulus de l’académie, ceux qui aujourd’hui se doivent d’étudier à la HEMU, la Haute École de musique de Lausanne, avant d’envisager une vie de scène.

Réponse possible avec Fabe Gryphin et son band de fines lames issues des salles de classe vaudoises. Mais réponse symptomatique de l’évolution des mœurs. Car du jazz, il n’est plus tant question. Si l’on parle du jazz comme avant: bop, hard bop, be et post-bop, l’Amérique des années 60 et suite ne fait plus tant école. Mais le hip-hop, le funk, l’électronique, le rock aussi, oui. Qu’on pense à Léo Tardin et son Grand Pianoramax, il y a dix ans déjà. Et aujourd’hui? La scène romande a trouvé ses successeurs, ainsi du claviériste neuchâtelois Eliyah Reichen et de son projet Aphrotek. Ainsi encore de ce Genevois établi entre le bout du lac et Nyon, Fabe Gryphin.

Chose assez rare pour le mentionner, le leader, qui donne son nom à l’affaire, est chanteur, mais également rappeur. Fabe Gryphin, qui «n’est pas issu du jazz, mais de la pop et du hip-hop», réclame désormais toute l’attention des amateurs de… jazz, c’est cela.

Rap et pop

Tel est le choix du festival JazzContreBand, qui, comme Cully il y a un an, a mis Fabe Gryphin à son menu, samedi 6 octobre au Chat Noir. Il est né au bout du lac, a suivi son père, pianiste de jazz, dans ses sorties. «Beaucoup de concerts à Carouge», se souvient Fabe Gryphin. Qui, à 9 ans, prend sa première leçon de piano, puis quelques cours de solfège. Et c’est tout. «Je suis autodidacte. La seule formation que j’ai suivie, c’est dans le commercial. En parallèle à mes études, j’ai continué la musique.»

Ainsi va le parcours d’un électron libre, dévorant le hip-hop américain, sans dédaigner ni le rock de Nirvana ni la pop des Beatles. L’indie rock le séduit-il de même? Mentionner alors ces courants plus récents, R’n’B alternatif et autres «folktronic», ainsi qu’on catalogue parfois les Bon Iver et autres James Blake. Tant d’influences, tant d’inspirations que Fabe Gryphin (c’est son nom de scène) entend mettre ensemble. Alors il rappe, comme à ses débuts, lorsque, à la manière des MC pur jus, l’essentiel consiste à poser ses rimes sur les instrumentaux concoctés par d’autres. Mais il chante aussi, comme c’était le cas il y a longtemps déjà, du temps où Fabe jouait des claviers pour l’un ou l’autre groupe pop rock de la région. Il faut dire que notre homme n’est pas né de la dernière pluie: «Je pratique la scène depuis une quinzaine d’années», répond Fabe Gryphin, 36 ans aujourd’hui.

La voie américaine

Rap et chant, la jonction des deux mondes se fait naturellement, à l’occasion d’un premier EP. Un petit disque machiné sur son ordinateur personnel. C’était un monde en soi, plus minimaliste probablement que ce qui advint ensuite. En 2016, le projet d’un seul homme devient l’affaire d’un groupe. Adriano Koch aux claviers, Erwan Valazza à la guitare, William Jacquemet au trombone, rejoints récemment par Noé Benita à la batterie: la nouvelle donne offre du corps aux mélodies du chanteur. «Dès notre premier enregistrement, nous sommes partis vers une dimension plus live», indique Fabe Gryphin. Il nuance toutefois: «Si les musiciens sont de vrais jazzmen, tous issus de la HEMU, pour ma part, je ne me considère pas comme tel. Je suis auteur-compositeur: écrire des chansons, voilà ma vocation.»

Un album complet est paru depuis, puis un deuxième EP a suivi en mai dernier, celui qu’on écoute aujourd’hui. «Pain», un synthétiseur vibre comme dans les films de science-fiction; «Heart», une batterie bat le rappel sous des cornes de brume; «Dollar», le son enfle, devient déluge de vibrations profondes; «Wow», calme apparent, piano doux, basses lourdes, et la batterie rallume le feu sous le refrain qui tourne et retourne. Hip-hop et jazz, ensemble, ne peuvent se départir de l’électronique. C’est dans le vent. C’est efficace. Et inventif. La preuve ici encore. Fabe Gryphin ne dira pas le contraire: «Entre mes envies de pop et celles, jazz, des musiciens, nous cherchons un juste milieu», raconte le chanteur. Qui connaît l’histoire: «Pareils mélanges se retrouvent de plus en plus dans la musique nord-américaine. C’est le rappeur Kendrick Lamar avec le bassiste de jazz Thundercat. C’était, avant lui, les Roots, A Tribe Called Quest, plus récemment Common. Le hip-hop s’est construit à base de sample jazz notamment. Aujourd’hui, le jazz se nourrit du hip-hop, et ce dernier mêle volontiers à l’usage des samples l’apport de musiciens live, des jazzmen en particulier.» Juste retour des choses.

Chat Noir sa 6 oct, 21 h


Léo Tardin, l’anachorète du piano

S'il fallait chercher celui, ou celle, qui a ouvert une nouvelle génération de pianistes romands, alors Léo Tardin incarne à juste titre ce précurseur. Naissance en 1976, prémices musicales dans les écoles du bout du lac, primé au premier concours du Montreux Jazz Festival, suite dans les académies new-yorkaises. Puis retour en force avec Grand Pianoramax, pour la longue aventure d’un trio claviers, voix, batterie fouillant en profondeur dans la tectonique du groove. Enfin, une carrière de soliste s’impose. Aujourd’hui, Léo Tardin se pose.

Entendu il y a quatre ans de cela, lors d’un concert dépouillé au pavillon SICLI. Entendu sur disque également, «Dawnscape», premières prises acoustiques en 2014 pour celui qu’on admirait tant et si bellement accompagné dans ses habits électriques. Où irait-il ainsi débranché?

Vingt minutes d'un concert: la part la meilleure

Son art solo, Léo Tardin en a fait une voie entière. Celle que le public suivra à JazzContreBand, au Manège d’Onex les 11 et 12 octobre. L’occasion de prendre des nouvelles d’un sacré bonhomme: ce mois-ci, le pianiste sort coup sur coup un triple album enregistré en concert, également un «songbook», recueil de partitions de ses propres thèmes, ainsi qu’une série de courtes vidéos tutorielles, pour disséquer, et au besoin faire apprendre, ses compositions. Objets ludiques à voir sur son site internet. Large projet que celui de Léo Tardin. Qui commente son actualité avec le regard amusé dont il est coutumier. «Il y a aussi un onze titres en bonus digital», précise-t-il. Avant de se lancer pour de bon: «Réunir le contenu de ces trois albums, ça a été un énorme travail d’édition. Certains titres se retrouvent à plusieurs reprises, choisis pour ce que leur interprétation amène comme contrastes. Enregistrer dans une piscine vide, comme à Lucerne, confère au son une réverbération très cristalline. Mon rapport au tempo est alors très différent du son très sec que rend la cave du Petit Paris à La Chaux-de-Fonds.»

Il aura fallu vingt concerts, tous captés avec le concours d’Elyah Reichen, par ailleurs pianiste lui aussi, pour que Léo Tardin arrive à ses fins. «J’avais envie d’archiver ces moments uniques lorsqu’advient l’élément le plus essentiel, le plus excitant.» Soit un ratio de vingt minutes par performance, concède Léo Tardin: «voilà ce que je pourrais vraiment réécouter pendant des années». Perfectionniste? Conscient, surtout, que la musique jouée en live est un exercice fugace. «Un soir, on est ravi du public. Mais deux notes sont complètement fausses. L’auditeur, à vingt mètres du piano, ne l’entend pas. Mais le micro, tout proche lui, ne pardonne pas.» Moralité: «Les imperfections rendent l’enregistrement «live» unique. Qu’on entende le bruit des voitures, les applaudissements, cela aussi contribue à l’intérêt d’une telle publication».

Opulence harmonique

Trois albums pour des versions diverses de mêmes compositions, plus des versions alternatives, également une reprise au Fender Rhodes d’une chanson – méconnaissable – de Grand Pianoramax: copieux service, certes, mais parfaitement séduisant au final. «Ce qui compte, poursuit le pianiste, c’est la justesse de l’intention, le lâcher prise. On n’essaie pas de faire quelque chose de parfait, mais dans le moment. À la dixième prise, un morceau sera-t-il enfin juste? Arrivé là, souvent, il n’y a plus d’inspiration.» Cet album «live», dit-il, c’est aussi pour archiver les premières fois, parfois uniques. C’est le cas de «Variations on a Knight’s Tale», captée au Théâtre des Salons, à Genève. «Je ne l’ai plus jamais rejoué en public. Comme dans une rencontre avec les gens, cette première fois était la bonne.» Autre moment fort de cette livraison pré-automnale, «For V», basse baroque contre arpèges élégiaques. Enregistré dans un temple à Zürich, sur un «petit piano Yamaha dégueulasse de conservatoire, mais parfaitement accordé». Le résultat est superbe. Et la rareté de cette chanson s’avère inversement proportionnelle à l’opulence harmonique dont la musique fait preuve.

Léo Tardin, on le savait déjà, voue un intérêt marqué pour la recherche mélodique. Mais ce qui convainc plus encore à l’écoute de ce triple album «live», c’est l’évolution dont fait preuve le jeu du musicien genevois, cet équilibre dont témoigne le disque. Le savoir en concert tout bientôt est réjouissant. Qu’on entende le nec plus ultra de son piano, ou non.

Manège d’Onex je 11 et ve 12, 20 h. Léo Tardin, «Collection Live», Dawnscape Records (TDG)

Créé: 28.09.2018, 20h21

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