Aux portes du pénitencier

OpéraClara Pons signe pour le Grand Théâtre et La Bâtie la mise en scène de «In the Penal Colony», de Philip Glass.

Clara Pons: «J’ai lu l’œuvre de Kafka il y a un certain temps déjà et, lorsque j’ai approché le livret de l’opéra de Glass, je n’ai pas retrouvé la même profondeur dans le récit.»

Clara Pons: «J’ai lu l’œuvre de Kafka il y a un certain temps déjà et, lorsque j’ai approché le livret de l’opéra de Glass, je n’ai pas retrouvé la même profondeur dans le récit.» Image: LUCIEN FORTUNATI

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Ce n’est assurément pas un nom qu’on associe d’instinct au monde de l’opéra. Loin des Wagner, des Verdi, ou encore des Rossini et Mozart, les passionnés d’art lyrique fidèles du Grand Théâtre feront en ce début de saison une entrée étonnante dans la maison genevoise, en croisant un personnage inhabituel pour les lieux. Figure incontournable de la création contemporaine, qui a contribué, avec une poignée de complices, à rendre à peu près universel le langage de la musique dite répétitive, l’Américain Philip Glass trône en haut de l’affiche conçue par le nouveau directeur de l’institution, Aviel Cahn.

Une approche inclassable

Dans la grande salle de la place Neuve, il sera bientôt question d’une nouvelle production, très attendue, d’«Einstein on the beach». Une pièce plantureuse – quatre heures et des poussières sans entracte – crée il y a quatre décennies avec le concours du metteur en scène et plasticien Bob Wilson, et représentée aujourd’hui dans le cadre du festival La Bâtie dans une mise en scène de Daniele Finzi Pasca. Philip Glass pointe son nez ailleurs encore, dans un format bien plus agile et court, mais non moins intrigant, avec l’opéra de chambre «In the Penal Colony» («Dans la colonie pénitentiaire»). Soit une heure de musique déclinée sur un mode intimiste – cinq musiciens de l’Ensemble Contrechamps épauleront deux chanteurs – pour deux représentations décentralisées dans la Salle du Lignon. Cette autre incursion dans le répertoire du XXe siècle porte, elle, la signature de Clara Pons, qui en a conçu la mise en espace.

L’approche proposée? Elle est à l’image de cette artiste difficilement classable, dont la biographie et le cursus ont des allures d’hymnes à la versatilité. Regardons de plus près. De mère catalane et père belge, la vidéaste en devenir a grandi à Namur, «où la pluie est toujours excessive et le cadre trop urbain, trop étroit», nous glisse-t-elle sourire en coin, attablée face à un cappuccino. L’âge des études arrivé, elle file alors à Bruxelles, où elle mène une double vie: la première tournée vers le Conservatoire, assise face au piano; la seconde dans les travées de la faculté de philosophie. «En réalité, à cette époque, j’étais encore plus attirée par la programmation de la Cinémathèque. Je m’y rendais dès que je pouvais et c’est là que j’ai cultivé ma passion pour l’image.»

Retrouver la voix de Kafka

C’est ainsi, armée d’un jeu de cartes étonnamment disparate et de formations qui font dans le grand écart, que Clara Pons malaxe et transfigure les pièces qu’elle côtoie. Il y a trois ans, on s’en souvient, elle croisait le chemin de l’Orchestre de chambre de Genève au Victoria Hall. Avec ses vidéos ambitieuses, elle conférait alors une nouvelle texture au cycle de Lieder «Des Knaben Wunderhorn» de Mahler. Et aujourd’hui? Il en est de même avec «In the Penal Colony», pièce en un acte et seize scènes calquée sur le roman de Franz Kafka.

De ce chef-d’œuvre anxiogène, l’artiste a gardé l’essentiel. À savoir la narration d’une rencontre entre un personnage débarqué sur une île perdue pour visiter un sinistre pénitencier, et un officier qui administre les peines. Ici, dans ces terres où le droit à la défense semble à jamais suspendu, le condamné est justicié à l’aide d’une machine qui grave sur sa peau la sentence. «J’ai lu l’œuvre de Kafka il y a un certain temps déjà et, lorsque j’ai approché le livret de l’opéra de Glass, je n’ai pas retrouvé la même profondeur dans le récit, raconte Clara Pons. Ce qui manque dans l’adaptation scénique, c’est le trouble que génère la position du visiteur. Est-il complice de ce qui se produit sur l’île? Où se situent les culpabilités? L’opéra apporte des réponses simplifiées et manichéennes.»

Pour retrouver l’esprit de la lettre et la puissante secousse que celle-ci génère auprès du lecteur, il fallait renouer avec le souffle omniscient du narrateur du livre. «J’ai fait appel au subterfuge classique qu’on emploie dans ce genre de scénario: la voix off. Avec elle, c’est un point de vue interne et externe au dispositif scénique qui retrouve ses droits.» Le restant sera une fois encore l’histoire d’une transfiguration, a l’aide notamment d’une vidéo qui brouillera les pistes de la culpabilité. Et fera enfler le trouble.

«In the Penal Colony», de Philip Glass, avec l’Ensemble Contrechamps, conception et mise en espace de Clara Pons; Salle du Lignon, ve 6 sept à 21 h, sa 7 sept. à 19 h. www.batie.ch et www.gtg.ch

Créé: 02.09.2019, 18h59

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