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Pierre Lapointe et ses chansons sexuelles

«Pour déjouer l’ennui», le dandy québécois lie ses obsessions d’esthète à une variété surannée.

Pierre Lapointe est également investi dans la conception de ses clips vidéo comme du design de ses albums.
Pierre Lapointe est également investi dans la conception de ses clips vidéo comme du design de ses albums.

Une barbe naissante, la raie à gauche, avec ce regard fuyant lorsqu’il pose en dandy pop. Un peu de George Michael pour la tête, un peu de Boy George aussi, s’il met un chapeau. Tout à fait Pierre Lapointe, figure de proue de la nouvelle chanson québécoise. Le verbe est volubile, les histoires personnelles abondent, on ne sait plus s’il s’agit d’une conversation sur son dernier album, «Pour déjouer l’ennui», ou de l’analyse de son moi profond. Voilà précisément l’homme qui, dans un salon hôtelier des Pâquis, mène ce jour-là, promotion oblige, une intense conversation en tête à tête.

«J’ai tué le snob en moi. Car c’est l’expression la plus claire de la part de l’autre. On est snob parce qu’on a peur de l’autre quand bien même on est curieux de lui. Pour ma part, j’ai une totale confiance en moi, et je m’amuse à me laisser influencer.»

On appréciera ou non le personnage. Mais tant qu’à l’aimer, ce sera tout entier. Né en 1981, Pierre Lapointe a grandi dans l’Outaouais. Provincial dans la Belle Province, baigné dès son enfance dans le monde de l’art contemporain. Il aurait pu faire artiste plasticien – c’est sa formation – ou metteur en scène – son autre passion. Il sera chanteur. Également capable, comme un réalisateur, de tout diriger, non seulement la production musicale, mais aussi les clips, les images, le vêtement, le design...

Où l’on songe, un peu, à Brel

«J’ai quatre parents, annonce Pierre Lapointe. En France, Serge Gainsbourg pour l’esthétique et Barbara pour sa volonté de décrire l’intime. Au Québec, la chanteuse Diane Dufresne, qui m’a appris a pouvoir être ce que je voulais sur scène, et Robert Charlebois, dont j’ai tellement décortiqué l’œuvre que j’ai calqué mon plan de carrière sur le sien.» En résultent huit albums depuis les années 2000, des collaborations prestigieuses, pour le Cirque du Soleil notamment, et son lot de prix. L’entreprise Lapointe est un succès. Sa popularité désormais bien acquise à domicile – le chanteur a même fait coach pour le télé-crochet «La Voix» version québécoise – notre homme, à présent, peut travailler au corps cette Europe dont son art se réclame...

«Fais-moi croire que, lorsque tu as vécu une grande peine d’amour, tu ne t’es pas branlé en pensant à ton ex»Pierre Lapointe, Auteur, compositeur, interprète québécois

«Pour déjouer l’ennui» va bellement sur ses manières qu’on dirait galantes de prime abord. L’album a sa chanson phare, clipée bien entendu – un homme enlace un autre homme devant une table dressée telle une nature morte de fruits tropicaux. Voici «Le monarque des Indes», sa guitare latine, ses arpèges de fado, son chœur de marins velus. La mélodie va tempo moyen, voix haute et claire, jamais affectée. Le phrasé évoque «La chanson des vieux amants» d’un Brel qui aurait mis son emphase en sourdine, et dans un même mouvement – aux antipodes – un Perret dont la comptine grivoise aurait gagné en swing. Voilà pour l’objet. Qui ne ressemble pas aux précédents, ce piano voix solitaire pour «Paris Tristesse» en 2014, ce simili yé-yé mêlé de post-romantisme, Michel Legrand en figure tutélaire, sur «Punkt» en 2013. Rien à voir non plus avec «Sentiments mêlés» il y a dix ans, un rock symphonique que n’aurait pas renié Michel Berger...

Mais la musique ne ferait que le cadre, aussi charmant soit-il, s’il n’était l’écriture. Ciselée, soupesée, racée, parfaite en somme. Telle est la signature, le poinçon d’orfèvre de Pierre Lapointe. «Il y a un esprit pop dans mes textes, la volonté que tout le monde puisse se reconnaître. S’il m’est arrivé de faire des objets plus complexes, j’essaie de rester simple, de décrire des choses simples, ceci avec une forme d’impudeur.» Point de posture ici. Pierre Lapointe assume. «Si on veut toucher les gens, il faut baisser les armes. Oser dire ce qui ne se dit pas.» Ainsi il y a six ans, «Quelques gouttes de sang». «Une chanson sur les câlins», prévient notre interlocuteur, qui cite le refrain: «Et le soleil se lèvera sur un autre jour sans toi, et ce soir je me branlerai encore en pensant à toi». Joie de l’onanisme. Ou misère des sentiments. Les deux mêlés, en fait.

La vision d’un Nord-Américain

Ses amis lui disent: «Ça ne se fait pas!» Pierre Lapointe répond: «Fais-moi croire que, lorsque tu as vécu une grande peine d’amour, tu ne t’es pas branlé en pensant à ton ex, de sorte que tu avais encore l’impression de posséder cette personne-là. On le fait tous! C’est juste animal. Ce sont des fantasmes, ils m’appartiennent et l’autre ne sait pas, tant pis...» Le manque de pudeur, telle est la boussole de Pierre Lapointe, qui indique jusqu’où il est prêt à aller. «Y’a pas de honte à être triste. Sinon qu’il y a des réflexes tellement instinctifs qu’on n’est plus capable de les voir. Voilà mon métier, qui consiste à cerner, à mettre en lumière des sensations simple à vivre, plus difficile à nommer, comme la masturbation.»

Poétiser toutes sortes de petites choses humaines, ça demande de la justesse. «Et de la classe, c’est mon défi. Je parle beaucoup de sexualité dans une époque qui en parle, oui, mais de façon le plus souvent vulgaire. La sexualité, à mon sens, c’est comme manger, comme avoir des amis. La façon dont je l’aborde, idem des relations amoureuses entre deux hommes, entre un homme et une femme, relève d’une vision profondément nord-américaine.»

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«Pour déjouer l’ennui»

Pierre Lapointe (Columbia/Sony Music)

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