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Philippe Katerine exhibe ses «Confessions»

Chef-d’œuvre improbable, le dixième album du chanteur français réunit ses obsessions civilisationnelles. Coup de fil à l'auteur.

Philippe Katerine, modèle 2019, pose en complet veston vieux style pour son dixième album, sans doute le plus attendu de sa carrière, probablement d’ailleurs le plus attendu de l’année en ce qui concerne le domaine de la musique à texte francophone. Le chanteur a les mains jointes? S’il n’avait fallu couper l’image pour la recadrer, on verrait, «oh my god», les jambes pliées dans la posture du chrétien agenouillé.
Philippe Katerine, modèle 2019, pose en complet veston vieux style pour son dixième album, sans doute le plus attendu de sa carrière, probablement d’ailleurs le plus attendu de l’année en ce qui concerne le domaine de la musique à texte francophone. Le chanteur a les mains jointes? S’il n’avait fallu couper l’image pour la recadrer, on verrait, «oh my god», les jambes pliées dans la posture du chrétien agenouillé.
Erwan Fichou & Théo Mercier

Philippe Katerine s’est acheté un nouveau cahier pour écrire. Il en avait besoin, dit-il. Il se sentait très instable. Ça a débuté comme un journal intime. Premier mot posé, le titre: «Confessions». «Ça m’a fait beaucoup de bien, l’opération a réussi.»

Philippe Katerine sort son dixième album. Un an complet en studio. «Un vrai bonheur. J’en rêvais.» Pour la chanson francophone, l’événement ressemble à une Épiphanie. Parce que Katerine est reconnu pour son talent alors qu’il n’a jamais suivi aucun canon esthétique autre que le sien. Parce que le chanteur vendéen, 50 ans, transforme les choses les plus triviales, incongrues, obscènes, en chansons extraordinaires.

Cadavre exquis de soi

Mettez-y de la pop rondelette, de l’électronique saccadée, une once de hip-hop, des refrains satinés. Ajoutez-y des collages sonores, des bruits de télés, des petites flûtes en travers, le «Tannhäuser» de Wagner. «Sons audacieux et classicisme West Coast», résume l’artiste au bout du fil. Katerine, qui a vu en Renaud Letang le producteur idéal. Quatorze ans après «Robots après tout» et son tube «Louxor j’adore», les retrouvailles ont débouché sur un monstrueux festin pas si éloigné de leur précédente collaboration.

«Les chansons se présentent comme telles. J’ouvre les yeux à l’intérieur de moi, elles y sont. Le tout est de trouver le bon moment pour les saisir et les faire ressortir. Comme un fauve avec l’antilope.» Dix-huit morceaux composent «Confessions». C’est une masse, compacte, dense, qui déborde de partout, enfume l’auditeur, gicle au visage et laisse des traces. En plus, on reconnaît pléthore de voix invitées. Lomepal, star du rap hexagonal, Angèle, star du presque rap belge, Léa Seydoux pour un «Rêve heureux», Dominique A pour «Génération bof» («Qu’est-ce qu’il y a de mieux après une bonne bière? Une bonne bière.») Également le beau-père de Katerine, Gérard Depardieu: le comédien hurle des «allô» irrités, souligne un «féminin» au sujet du genre lexical pour dire le sexe masculin. Et puis encore Chilly Gonzales, Oxmo Puccino, etc. «J’en avais assez de m’entendre. Il est bon d’avoir de la visite.» Tous ensemble, la musique et les intervenants composent un cadavre exquis impressionnant. «Un cadavre exquis de moi», complète Katerine avec son phrasé un rien compassé empreint de cette nonchalance dont on ne saura jamais dire si c’est du lard ou du cochon.

Marguerite, qui rime avec...

Philippe Katerine possède quelque chose d’effrayant. Est-ce l’acuité de son regard sur les choses du quotidien, du monde comme il est? La manière crue avec laquelle il cite des banalités, tel un linguiste retranscrivant à la virgule près le langage oral? «La poésie n’est pas tant dans les rêves que dans l’hyperréalisme», déclare cet observateur attentif. «Contemplatif, également. Mes chansons sont un mélange de ce que je suis et de ce que j’entends. Tout sert, du vidéo gag au monde politique, des enfants au match de foot.»

Ainsi soit-il. «Confessions» évoque la voix de Johnny Hallyday (refrain: «La mort rend les gens beaux»). Interroge l’usage de YouPorn dans la vie de couple. S’imagine un monde «où les animaux nous mangeraient»: «Ils feraient des ragoûts de nous.» Parle de presque rien pour dire beaucoup: «Parce que je suis blond, on ne se méfie pas de moi après un attentat.» En duo avec Camille, Katerine chante: «Elle cueille des marguerites, quand lui se caresse la bite. C’est un classique, c’est un classique, c’est une classiiiique de la li-tté-ra-ture.»

Léger malaise

Léger, absurde, profond, agaçant, perçant, acerbe. Rien de déjanté en fait. Que du réel, du vérifiable. On sait d’avance combien les jeunes enfants vont adorer rire de tous ces «culs», avant de s’interroger sur le sens de «cunnilingus». Un point de vue parmi cent autres manières d’aborder cet album. «Le poète y verra de la poésie, le violent de la violence…» A priori, ce n’est pas un album pour la jeunesse. Quelque chose de Dada plus vraisemblablement.

«Je n‘ai aucun désir de choquer. Le déplacement des objets, voilà ce qui m’intrigue. Tandis que je vous parle, je vois devant moi une plante. Si vous la mettez sur un toit, dans une voiture ou dans une cheminée, ce n’est plus pareil. De la même manière, j’essaie de bouger les mots, les notes, pour rendre les choses un peu inconfortables, malaisantes.»

Bien malin qui enfermera Katerine dans une petite boîte à idées fixes. N’empêche, comment ne pas y voir l’écho d’une civilisation, la nôtre, avec ses travers politiques, stéréotypiques, ses représentations, sa sexualité. «Il m’arrive d’écrire des chansons prétentieuses, car elles ont des certitudes. Ça me fait horreur. Alors je les jette. Parce que c’est figé, sûr de soi. On croit que les certitudes disent la vérité, mais elles mentent.» «Confessions»

Philippe Katerine (Wagram/Cinq7). En concert à la salle des fêtes de Thônex, je 30 jan. 2020, 20 h, dans le cadre du 10e festival Antigel. Infos: opus-one.ch

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