Phil Collins, derniers tubes avant fermeture

CritiqueDiminué mais généreux en voix, en temps et en chansons, la star des «eighties» pop a visité, mardi à Zurich, une carrière en best of devant un public acquis. Impressions douces-amères.

Phil Collins était en concert au Letzigrund.

Phil Collins était en concert au Letzigrund. Image: Keystone

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On l'aime bien, Phil Collins. Il a une bonne bouille, déjà, et les photos qui défilent sur les écrans géants du Letzigrund, du jeune et hirsute Phil du Londres posthippie au Sir Collins mégastar des années 80 et 90, rappellent combien ce visage fut omniprésent au terme du millénaire passé. Et puis il a de l'humour: donner pour titre «Still Not Dead Yet» (en gros, «Toujours pas encore mort») à cette tournée que plus personne, pas même lui, n’espérait permet de désamorcer les attentes ainsi que l'aspect vespéral de la chose: il a été annoncé que le chanteur, 69 ans, se déplace avec une canne. Qu'il ne joue plus de la batterie ni du piano. Qu'il a une oreille en vrac. Qu'il chantera assis. On a beau l'aimer bien, ça fait beaucoup.

Le demi-stade (une bonne vingtaine de milliers de personnes tout de même) ne se pose pas ces questions. Les fans sont venus retrouver la pop star, la voix des eighties, les tubes de la radio et les images iconiques de MTV. C’est donc dans une ovation enveloppante que Collins entre en scène, mardi, le visage amaigri, s’avançant sur son bâton de vieillesse vers ce fameux siège placé face à la foule et devant sa douzaine de musiciens. «Je vais rester assis mais on va quand même s'amuser», prévient-il. Et de lancer «Take A Look At Me Now» - «Regarde-moi à présent» - injonction troublante face à tant de fragilité sans fard.

Malgré l’ampleur des lieux, le cadre reste relax: pas de light show volumineux, aucun décor tapageur ni costume uni, chacun est sur scène presque en habit de ville dans la lumière du jour. Une économie de moyens pour un spectacle a minima, surjouant de façon un peu lourde un acte final rendu plus définitif encore par les photographies et les vidéos qui, à plusieurs reprises durant les deux heures de concert, retraceront la vie de Phil Collins, bien qu’il soit toujours là avec son public. Un étonnant hommage vivant pour un chanteur pas mort (ou presque, donc).

Au moins, la voix n’est pas abîmée. Elle demeure vibrante, mordante, si paradoxale dans sa façon de produire un chant confortable et apaisant malgré un timbre aigu à la limite du nasal. Un chant totalement singulier, et absolument proustien quand s’élèvent au dessus de Zurich les notes d’«Another Day In Paradise». «Des chansons des années 80», prévient Collins, «il y a de ça une éternité.» Le show est un best of de ce temps-là.

Il appuie sur l’accélérateur pour de la pop funk robotique souffrant hélas de la position assise du chanteur, en tout cas pour son aspect entertaining malgré les efforts des chœurs et des cuivres. À la batterie, Nic Collins, 18 ans, ne s’embarrasse pas de subtilité mais offre aux musiciens de son père son enthousiasme juvénile bienvenu.

Le concert s’aventure aussi vers quelques scies de Genesis - «Ce n’est sans doute pas le morceau que vous vouliez écouter, mais c’est celui qu’on a répété«, ricane le madré chanteur en lançant l’effectivement pas terrible «Throwing It All Away». Il reprend aussi le trio de batteurs que la star affectionnait sur scène. L’exercice, sportif, entre Nic Collins et le percussionniste devient humain et touchant quand Phil se joint précautionneusement à eux, frappant des mains sur une seule tablette, lui qui ne peut plus tenir de baguettes suite à une maladie nerveuse.

Alors que la nuit tombe, le show gagne un peu en majesté et en ampleur, aidé en cela par le tir toujours plus groupé des principaux tubes gardés pour la fin. Alors que déboulent «Invisible Touch», «Sussudio», «Dance Into The Night», «Something Happened On The Way To Heaven», on se rappelle pourquoi Phil Collins confessa avoir, à son corps défendant, «été sans doute trop présent, au risque d'être devenu l'incarnation d'une époque et que les gens en aient eu marre». Et l'on comprend aussi comment il est devenu le 2e batteur le plus riche du monde, derrière Ringo Starr, des Beatles.

Le concert touche à sa fin sur un rappel, le bien nommé «Take Me Home». La litanie angoissée d'«In The Air Tonight», elle, a retenti un peu plus tôt, sans que l'on ne sache encore ce que ce sommet d'angoisse (et du concert) dissimule: peur de l'inconnu, de la mort, de soi-même? Phil Collins l'a chanté avec la même tension qui entretient son mystère depuis sa création presque accidentelle en 1980, sur son premier disque solo. Mais ce soir, au cœur de cette cérémonie à la fois chaleureuse et triste, à l'image du sourire du chanteur, cette comptine de la mélancolie avait quelque chose d'inconsolable.

Créé: 19.06.2019, 10h46

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