Au pays des merveilles de Juliette Armanet

InterviewKitsch assumé, fragrance variété: la chanteuse reflète les goûts d’une génération montante. Concert à Voix de Fête.

Juliette Armanet, le kitsch provocateur, un univers visuel créé par Théo Mercier. Image: Erwan Fichou & Théo Mercier

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Vendredi au Casino-Théâtre, à l’enseigne du 20e Voix de Fête, c’est complet. Mais Juliette Armanet reviendra, pour sûr. D’ailleurs, elle était déjà là pour les Créatives en novembre passé. En tous les cas, une interview s’imposait. Distinguée en février d’une Victoire de la musique, catégorie «album révélation» pour Petite Amie, la chanteuse et pianiste confère au festival genevois cette fragrance pop à 360 degrés dont se repaît la nouvelle génération d’auteurs-interprètes. C’est ce que raconte aujourd’hui la jeune femme, 34 ans. Un temps journaliste – une Éloge de la jupe il y a sept ans pour Arte –, Juliette Armanet s’impose en 2018 comme l’une des têtes de file de la variété retrouvée. Mélodies sucrées sur lit de synthés, piano cristallin pour accompagner les chants d’amours frissonnantes. Il y a du phénomène dans l’air. Une probable révolution, quoique encore difficile à cerner. Au bout du fil, entre deux concerts – elle jouait l’autre soir à Clermont-Ferrand –, Juliette Armanet porte un regard très conscient sur son œuvre naissante. Où l’on commence, c’est logique, par discuter d’antiques et froufroutants claviers…

Des synthés, vous en mettez un paquet en introduction de votre concert. Un plaisir régressif?

Mmmh… Je ne vous sens guère convaincu.

Au contraire! Ce son des années 80 est encore séduisant!

C’est le fameux Yamaha DX7: ça donne une couleur années 70-80. Prince, Éric Serra, Twin Peaks. À l’eau de rose, kitsch, glam…

«À l’eau de rose»?!

Je joue dans des salles assez conséquentes. J’avais envie d’une certaine démesure. Cette introduction, c’est un générique à la Barry White, un clin d’œil à une esthétique décomplexée.

En quoi êtes-vous décomplexée?

Par rapport à la variété française, en regard de l’esprit de sérieux qui prévaut dans une certaine chanson à texte. Face aux notions de bon et de mauvais, j’aime l’idée qu’il y a une frontière avec laquelle on puisse flirter. Être décomplexé, c’est s’autoriser à jouer de cet équilibre.

L’antagonisme entre chanson populaire et chanson littéraire n’a plus cours?

Il est possible de faire une musique populaire sans renoncer au littéraire. Dans cette loge d’où je vous réponds, les murs sont couverts de photos de Bashung. Voilà un exemple majeur d’une œuvre traversée de textes complexes, mais populaire. Ce grand écart est la chose la plus forte qui soit. Je préfère rester modeste mais, oui, c’est ce à quoi j’aspire.

Parlons des années 80: pourquoi cette période vous séduit-elle tant?

Parce que c’était l’âge d’or de la musique populaire française. Avec les seventies. Mais je ne me suis jamais posé cette question. J’écoute aussi bien Cœur de rocker de Julien Clerc que du Robert Wyatt, la bande originale du film Vertigo que du Laurent Voulzy. «Bonne» ou «mauvaise», qu’importe, tant que la chanson parle.

Le kitsch a ses avantages?

C’est toujours assez drôle d’outrepasser la mesure. Surtout en français, une langue qu’on n’ose trop malmener. C’est l’affaire d’une nouvelle génération. J’aime provoquer le kitsch.

Jouer des codes, c’est aussi une affaire d’image?

Mes photos promotionnelles n’ont pas un sens littéral, mais pour objectif de créer une distance, un mystère, de l’autodérision aussi, voire de la gêne. Et de l’ambiguïté. Je fais partie de cette génération un peu mutante qui s’empare des codes de genre. Mai 68 a cinquante ans, qui interrogeait les rapports entre hommes et femmes, l’homosexualité. La société a considérablement changé. Nous, enfants de cette réalité, avons un terrain de jeu ouvert. Rien n’est encore clair. Mais cette nouvelle ère, nous la vivons concrètement. En chanson, on doit à la chanteuse Christine and the Queens d’avoir lancé le débat.

Vos chansons parlent souvent d’amour dans la douleur…

Vieux paradigme: on n’écrit pas le bonheur, on le vit. Je me souviens d’avoir ressenti des choses assez violentes dans mes relations. Or, le malheur entraîne l’introspection. C’est le besoin de catharsis, de guérison.

Juliette Armanet ve 23 mars, 20 h Casino-Théâtre. 1re partie: Soraya Ksontini. Complet. Infos: voixdefete.com

Créé: 21.03.2018, 19h00

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