Paléo, premiers échos: en attendant Depeche Mode, le rock se métisse

CritiqueDe Turquie et de Grèce, Altin Gün puis Imam Baildi présentaient mardi les revers orientaux de la pop mondialisée. Puis vint Algiers, tout de violence paré.

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Paléo 2018. Où tout commence un peu baba. Ou tout fini nettement plus sombre... Aux premiers sons de l’Asse, Altin Gün prend la Grande Scène à la turque, psychédélique rock sur syncopes battantes. De l’Orient déboule sous le jour finissant, les soli de guitares fusent, tandis qu’une grande rousse à la voix voltigeuse invite la foule à lever les mains pour danser. Fragrance méridionale dans un furieux retour des sixties.

À l’Est grondent les nationalismes? En contre-pied, en résistance, la nef rock répond d’une salve nourrie de fleurs métisses. Comme le sont également les mélodies bien roulées d’Imam Baildi. La Grèce d’aujourd’hui en formation énergique sur la scène du Dôme. Ce sont des rythmes à dos de chameau, du Proche-Orient retravaillé pop, le reggae, le rap aussi, en vis-à-vis du chant grandiloquent comme on l’aimait tant avant. Sentez cette poésie montée en variété, consacrée hier par les Theodorakis et autres Hadjidakis, à présent disputée gaillardement entre luth tradition et basse électrique, entre vocalises qu’on chante si bien à la manière d’une tragédie et les riddim de la Jamaïque. Imam Baildi, où la fille vêtue d’une robe verte telle une diva de salon rencontre le petit gars venu de l’Afrique noire, enfant d’une migration que les cuistres ne voudraient certainement pas voir ainsi représentée, en public.

Algiers, d'indus et de soul paré

Pendant ce temps-là, Les Arches, grande scène en second. Declan McKenna, manière d'Oasis traversé de bouts de Queen, ou était-ce l’inverse? Britannique, pour sûr. Rien de vraiment nouveau en fait, sinon la composition du groupe, qui vaut bien une mention: une fille à la guitare, une autre à la batterie, un garçon au chant et en jupe, son copain bassiste. Aujourd’hui, on peut faire ça. Et les codes machistes du rock s’en trouvent tout remués? Bonne pioche! La musique, quant à elle, poursuit dans la tradition…

On planait doucement mardi à l’entame de cette 43e édition, lorsque retentit un cri autrement plus violent. Les Américains Algiers au Détour, c’est un déluge de décibels pour un blues virant industriel, un hymne soul martelé par les machines, secoué par la batterie. Ce chanteur de combat, le front ceint d'un bandeau à la kamikaze, la guitare jettée sous le bras, la voix haute et forte, hurlant une détresse contemporaine. D'un contrat social malmené, de résistence là encore, d'humanisme en réponse même désespérée... La litanie pèse son poids d'âme en peine. La musique suit le pas. Verra-t-on vraiment ce qu'Algiers entend dénoncer? Pris de la sorte, au coeur de la kermesse naissante d'un festival pour vacanciers, le jeu puissant de cette clique d'Atlanta a pour elle l'avantage d'un air rebelle. Peut être rien de plus, pour qui cherche le bon plan saucisse.

N'empêche... Altin Gün, Imam Baildi puis Algiers: on montait en grade ce mardi-là, du plus léger, en apparence, vers le plus terrible. Noirs présages qui nous méneront, tout à l'heure, dans les rets synthétiques promis par la tête d'affiche de Paléo. La danse noire de Depeche Mode s'approche. À présent, le soleil disparaît. Les ombres s’emparent de Paléo...

Créé: 17.07.2018, 22h10

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