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L’OSR rate son rendez-vous avec la fête

Renaud Capuçon a convaincu, mais pas l’orchestre sous la baguette du chef lyonnais Ludovic Morlot.

Renaud Capuçon s’est signalé par son jeu vif-argent.
Renaud Capuçon s’est signalé par son jeu vif-argent.
CHANTAL DERVEY

Le concert de l’An des amis de l’OSR, célébrant le mécénat des mélomanes genevois, a pour tradition de mêler l’événement mondain à la fête musicale. Soliste cinq étoiles, chef de prestige, répertoire flatteur, sans compter la décoration de Fleuriot qui, mercredi soir, chapeautait la scène du Victoria Hall d’un dôme de fleurs renversées: tout s’annonçait parfait, en compagnie d’une subtile invitation au voyage à travers les musiques européennes que les États-Unis ont inspirées, par leurs thèmes traditionnels (tel Dvorak), puis aspirées grâce aux compositeurs chassés par les nazis (tel Korngold), avant de conquérir les salles de concert du monde entier avec leurs propres compositeurs de musiques de film (tel John Williams).

Rompu à toutes les aventures, Renaud Capuçon était l’homme idéal de cette équipée. Nœud pap et cheveu gominé, il attaque en Gatsby le magnifique le concerto pour violon de Korngold, où son jeu vif-argent ne cesse de ramener à la lumière cette œuvre inspirée par des thèmes de cinéma. Plus que dans les traits virtuoses, souvent privés de substance expressive par la précipitation, ce violon pur-sang excelle dans la Romance médiane, prenant le temps d’y déployer ces aigus angéliques dont l’artiste français détient l’ensorcelant secret. Son lyrisme d’aristocrate fera à nouveau merveille à l’heure des grands thèmes pour violon et orchestre tirés de «Cinema Paradiso», de «La liste de Schindler» ou d’«Out of Africa», en conclusion de la soirée.

Il sauvera ainsi un concert que le chef lyonnais Ludovic Morlot, pour le reste, a embourbé dans l’insignifiance. Comment un musicien au CV aussi estimable, champion de la musique française contemporaine, peut-il à ce point passer à côté de Dvorak, du charme mélancolique de sa Suite «américaine», de la sensualité et du chic de ses «Danses slaves»? Des couleurs si riches, des effets si puissants du concerto de Korngold? Les grands orchestres résistent aux mauvais soirs d’un chef comme aux mauvais chefs d’un soir en s’engageant doublement dans la bataille. L’OSR, lui, a capitulé dès la première attaque, floue, pour ne plus émerger que par intermittence d’une sonorité confuse, d’un jeu sans relief ni énergie. On attendait les lumières du bal: on a eu le champagne tiède et la somnolence des fins de soirée.

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