Orioxy, oiseau rare du jazz genevois

DisqueTroisième album du quatuor, Lost Children métisse classique, hip-hop et rock «heavy»

Orioxy, groupe de jazz genevois, féru de métissages transméditerranéens, mais aussi classique, rock et groove.

Orioxy, groupe de jazz genevois, féru de métissages transméditerranéens, mais aussi classique, rock et groove. Image: Thomas O'Brien

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Point de chausse-pied à leur taille! La musique d’Orioxy, quatuor genevois né en 2008, n’entrera pas de sitôt dans une catégorie préétablie. Et c’est tant mieux. Le troisième album que voici, Lost Children, qui vient de paraître sur le label allemand GLM, a toutes les allures d’une pointure extra.

C’est le chant chaud de Yael Miller, dont les mots susurrés, étirés, percussifs aussi, tour à tour en anglais, en hébreux ou en français, traversent l’ensemble d’un souffle précis. C’est la harpe de Julie Campiche, de facture classique certes, longuement étudiée jadis du reste, mais si loin des glissandi clinquants qu’on associe d’ordinaire à l’instrument. Cette harpe-là, volontiers minimaliste, plus âpre, sait jouer des silences.

Des groove lancinants
Harpe et voix constituaient, à l’origine du groupe, un duo, toujours actif dans le registre des reprises. De ce binôme est né Orioxy, qui n’a jamais été aussi bien à quatre! C’est, aujourd’hui sur ce troisième album, la batterie puissante, et pourtant si veloutée, de Roland Merlinc, faiseur de groove solide qui partage ce bel appareillage rythmique avec la contrebasse de Manu Hagmann, autre pilier de la scène jazz genevoise notamment avec Trionyx.

Le beau son que voilà s’impose d’entrée de jeu, en même temps que l’identité résolument métissée des compositions. D’un Amor Fati en mode proche-orientale au beat lancinant, magnifiquement lent, de Princeless. De l’épique Go Now, matière folk mêlée de Broadway à inscrire sans conteste dans l’héritage de Kate Bush, au rock carrément «heavy» de Old World…

Récompensé par une bourse genevoise
Il y a un impressionnant bagage stylistique sous les mains d’Orioxy, autant de classique que de rock, de hip-hop que de musiques traditionnelles, autant que de jazz bien sûr. Foisonnement d’ingrédients que le groupe utilise à point nommé. Question de génération: si leurs aînés, il y a trente ans, nourrissaient leur créativité à l’écoute de Coltrane, Chopin comme le funk de James Brown et les folies de Zappa, les quatre d’Orioxy, 30 ans de moyenne d’âge aujourd’hui, ont digéré également Radiohead aussi bien que Rage Against The Machine. «Connaître nos racines musicales, reconnaître les styles qui ont bercé notre enfance, cela nous semble nécessaire pour, à notre tour, tenter d’inventer du neuf», résume Julie Campiche.

En 2015, Orioxy prend de l’ascendant. Actuellement en tournée entre la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne, pays particulièrement sensible à sa musique, le quatuor poursuivra avec la France et la Belgique. Toutes bonnes choses que vient consolider l’obtention d’une des quatre bourses 2015 pour les musiques actuelles octroyées tous les deux ans par le Canton et la Ville de Genève, dotée de 20 000 francs chacune. Une dernière pour la route? Ce sera Black Bird. La chanson des Beatles a été consacrée «standard» par le pianiste Brad Mehldau; Orioxy la place en fin de disque, sacrifiant avec un délice certain au rituel de la reprise cher aux musiciens de jazz.

Orioxy, «Lost Children», (GLM)

Créé: 27.02.2015, 18h33

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