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Organisateurs de concerts: «Nous ne sommes pas tous dans l’aquarium des requins»

Suite au rachat de la société genevoise Live Music par l'Allemand DEAG, les concurrents romands réagissent.

Le groupe nord-américain Metallica, ici le guitariste solo Kirk Hammett, en concert à Milan le 8 mai 2019.
Le groupe nord-américain Metallica, ici le guitariste solo Kirk Hammett, en concert à Milan le 8 mai 2019.
Francesco Castaldo

«Pour proposer en Suisse des pointures telles que Bruno Mars ou Metallica, nous ne pouvons faire autrement que de travailler avec les géants du concert; les stars ne se donnent qu’au plus offrant.» Michael Drieberg ne fait pas mystère de ses ambitions. Le vétéran suisse du spectacle a donc vendu, à la fin de juin, sa société Live Music. Le conglomérat allemand Deutsche Entertainement AG (DEAG) a racheté 51% de la société romande. Le paysage helvétique s’en trouve-t-il bouleversé?

De l’avis des promoteurs et organisateurs de concerts, ce rachat ne fait qu’entériner une situation déjà connue: la tendance aux synergies est omniprésente en Europe, également en Suisse où les deux plus grands groupes internationaux, les américains Live Nation (promoteur exclusif de Madonna) et AEG (Céline Dion, Rolling Stones), ont déjà conclu leurs affaires. Live Nation possède le festival de Frauenfeld. AEG exploitera la Vaudoise aréna, à Malley, pouvant accueillir jusqu’à 11 500 personnes. En comparaison de ces monstres pesant chacun plusieurs milliards, l’allemand DEAG fait office de second couteau. Mais il semble déterminé à grossir (lire ci-contre) pour égaler au moins le numéro un allemand, CTS Eventim, présent en Suisse lui aussi.

Une «petite PME vaudoise»

Pour qui veut faire de l’argent et mise sur les très gros artistes, impossible en effet de se passer de Live Nation ou d’AEG. «Voilà l’échelle industrielle, qui a sa cohérence propre», note Vincent Sager. Le directeur d’Opus One, propriété de Paléo et concurrent de Live Music, nuance: «En Suisse romande, cependant, une majorité d’acteurs restent indépendants et de petite taille, qui travaillent beaucoup et ne gagnent pas des sommes astronomiques. Opus One aussi est une petite PME vaudoise.»

Indépendants, voire dénués d’ambitions mercantiles. À Genève, Voix de Fête, organisé en mars, est un bon exemple du festival soucieux de sa ligne – des artistes francophones, entre émergence et découverte – plus que de ses gains. L’alliance DEAG-Live Music constitue-t-elle une menace? «Nous ne faisons pas des stars, nous ne sommes pas dans l’aquarium des requins», répondent Priscille Alber et Guillaume Noyé, codirecteurs de Voix de Fête. Côté vaudois, la réponse est sensiblement la même lorsqu’on interroge le Venoge Festival, prochaine édition du 21 au 25 août à Pentthalaz (28 500 visiteurs sur cinq jours en 2018), qui propose tout de même le supergroupe américain Prophets of Rage: «Nous sommes tous bénévoles, répond le programmateur Greg Fischer. Se vendre aux plus grands, ce serait perdre notre âme.»

Chacun cherche sa niche

Danger il y a, en revanche, d’une uniformisation de l’offre. Directeur de Soldout Productions, à Lausanne, Julien Rouyer esquisse le pire des scénarios: «À terme, le risque est réel de se retrouver avec 99% du catalogue des artistes géré par deux ou trois sociétés.» Pas inévitable, cependant: «Certaines grandes stars préfèrent travailler avec des indépendants.»

Le problème est-il ailleurs? Chaque nouvelle étude le confirme: face à une offre surabondante, le remplissage du public tend à se réduire. «Par conséquent, on se dirige vers une offre plus spécialisée, avec de plus petites jauges», répond Vincent Sager, évoquant les goûts des jeunes adultes, partagés entre pop romantique française et hip-hop. Le Venoge Festival l’a bien compris, qui propose pour chaque édition une soirée entièrement consacrée aux années 80, cette année avec les Jacksons, Sister Sledge, Bananarama et Patrick Juvet. Idem de Soldout Productions, spécialisé dans les musiques urbaines, du rap principalement, avec le festival The Beat, en janvier à l’Arena de Genève, notamment. En marge des géants, l’avenir réside dans les marchés de niche.

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