Orelsan, rappeur victorieux

InterviewTête d’affiche de l’édition en cours, Orelsan croque ce soir la grande scène. Coup de fil.

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Le «allô» est moelleux, alangui, paresseux. D’une décontraction méridionale à l’heure de la sieste, et ça tombe bien car Orelsan répond cet après-midi-là depuis Nice. Deux jours plus tard, ce vendredi, il croquera avec la même insolente indolence la Grande Scène du Paléo, dont il avait goûté de plus petites foules en 2012 en solo et en 2014 avec ses Casseurs Flowters. Autant que trois Victoires de la musique empochées en début d’année, le parcours sur le terrain de l’Asse résume un succès mérité dans un rap au-delà des codes qui, dans son format le plus chanson, touche aussi bien l’écolier que la ménagère de plus de 50 ans. L’un et l’autre seront ce soir au Paléo.

Orelsan sur la route, ça donne quoi?

Cette année, une trentaine de dates uniques et presque autant de festivals. C’est devenu très bien organisé, mais ce n’est pas pour autant que je fais la fiesta tous les soirs, ma voix n’y survivrait pas.

Quels sont vos modèles en matière de performance live?

Michael Jackson. Vraiment. Je ne l’ai jamais vu en vrai mais j’ai maté ses concerts en boucle. Et aussi Bon Iver – évidemment, on n’est pas tout à fait dans le même trip. C’est leur façon à chacun de donner une vraie émotion qui me plaît. Pour ma part, je dois apprendre à doser entre trop sobre et trop mégalo, avec tout ce que les écrans peuvent permettre. Sur cette tournée, je joue avec un groupe, ça change la donne par rapport à des shows plus épurés, plus hip-hop et donc un peu plus théâtraux, comme celui que j’ai donné seul au Paléo.

Vous avez appris à apprécier votre part de comédien?

J’aime bien, oui. Je réalise des clips, j’aime la mise en scène. Et puis, c’est ma quatrième… non, cinquième tournée, je commence à connaître comment ça fonctionne, ce qui marche. De toute façon, sur une grande scène de festival, je pense que ça doit en jeter. Mon premier décor, c’était un canapé Ikea, un projecteur et une Nintendo. Je faisais une partie de jeu vidéo au milieu.

Vous avez remporté trois trophées lors des dernières Victoires de la musique, dont celui du meilleur artiste et du meilleur album. Quel est l’impact sur la tournée?

Je constate que les gens connaissent mieux les morceaux. Le public est encore plus large et plus à fond. Moi, ça me pousse à faire un show où l’on ne s’ennuie pas, sans temps morts. Ça met la barre encore un peu plus haut pour tout le monde.

On décrit le rap actuel comme la nouvelle variété. Y voyez-vous une comparaison péjorative, vous qui avez démarré dans l’underground?

Non, je n’ai pas de chapelle. Tout a complètement changé, point. Les nouvelles technologies impliquent des modes de consommation neufs, la musique est partout accessible. Si tu veux écouter des trucs que personne ne connaît, c’est encore plus facile qu’avant avec Internet, mais ça ne permet plus de s’affirmer autant. Concernant le hip-hop, les quadras parvenus aux responsabilités en ont écouté ados, ils ne le considèrent plus comme un truc extraterrestre, au contraire. Ça aide à en faire une norme.

Faut-il encore parler de rap? Dans le fond comme dans la forme, il n’y a plus grand rapport entre un Rakim de 1988 et ASAP Rocky en 2018, ou entre IAM et PNL…

Le rap, c’est un peu tout et rien, en ce moment. Le lien, c’est de parler d’une manière saccadée sur un instru, c’est tout. Mais j’ai des chansons entièrement chantées, par exemple. Est-ce du rap? On évoque d’ailleurs toujours plus directement les genres, comme la trap, le cloud, le drill…

Est-il facile de rester à la page, par rapport à la multiplication des sources musicales?

Non, c’est un truc à gérer, surtout en prenant de l’âge. Quand tu mûris, tu perds en naïveté. Tu analyses, tu ne plonges plus aussi innocemment, pour le plaisir d’imiter. Rester pertinent et authentique sans faire du jeunisme, c’est pas simple. Mais ça me va. Je veux dire, je n’essaie pas à tout prix de choper les expressions à la mode. J’ai toujours trouvé les miennes.

Le regard, voire le jugement des autres rappeurs, est-il toujours important pour vous?

En général, j’ai toujours eu envie que les artistes que j’admire aiment également ce que je fais. En ce moment, c’est vrai, j’ai souvent l’envie d’être considéré comme un rappeur. De me mesurer et montrer que j’ai de la technique, même si j’ai décidé de faire d’autres choses sur ma musique.

Et le regard des médias?

C’est comme le rap, il y a de tout et rien. On trouve n’importe quoi sur le Net, je n’aime pas alimenter ça par trop d’interviews. Là, je trouve cool de parler avec la presse de la région où je vais jouer. C’est respectable.


Vendredi soir, Paléo, grande scène (22 h 15)
Billets en vente dès 9 h sur le site www.paleo.ch

Créé: 20.07.2018, 07h39

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