L’Orchestre du Collège retrouve Prokofiev par le conte

Classique Sous la baguette de Philippe Béran, la formation redéfinit les traits du compositeur à travers deux pièces aux destins éloignés

Le chef Philippe Béran avec ses protégés de l'Orchestre du Collège de Genève

Le chef Philippe Béran avec ses protégés de l'Orchestre du Collège de Genève Image: ANTOINE GEISSBUHLER

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En fouillant dans le corpus imposant d’œuvres léguées par Sergeï Prokofiev à la postérité, le mélomane trouverait cela, notamment: deux contes musicaux aux destins que tout oppose. En haut des piles de partitions scrutées, voilà pour commencer Pierre et le loup, pièce universelle et insubmersible qui, aujourd’hui encore, vaut au compositeur une popularité inégalée auprès du jeune public. Et puis, dans les tréfonds d’archives délaissés, voilà une autre œuvre, Le Bûcher d’hiver, composé en 1949, créée à Moscou en 1950 et tombée aujourd’hui dans un oubli tenace, délestée de toute gloire et reconnaissance.

Pour en redécouvrir la teneur – car cette pièce courte vaut plus que le détour –, il faut se remettre entre les mains de l’Orchestre du Collège de Genève (OdCG), de son chef Philippe Béran et du comédien Joan Mompart. Réunis dès vendredi à l’Opéra des Nations, ces complices vont joindre en un seul spectacle les deux contes et éclaireront ainsi des facettes contrastées du compositeur.

Une fraîcheur indéniable

«L’idée a vu le jour en 2015 au festival Septembre musical de Montreux et Vevey, se souvient le chef genevois. J’ai présenté à cette occasion Pierre et le loup avec un orchestre créé pour les circonstances, et Joan Mompart était déjà de la partie pour les passages récités. Le directeur de la manifestation Tobias Richter a été convaincu par le résultat et m’a proposé de rééditer le projet pour le Grand Théâtre, qu’il dirige aussi. J’ai accepté et je suis parti à la recherche d’une autre pièce pour étoffer le programme. Et c’est ainsi que je suis tombé sur Le Bûcher d’hiver, conte qui, à ma connaissance, n’a jamais été représenté sur les scènes suisses.»

Que dit ce rapprochement musical entre deux pièces aux antipodes? Il raconte en filigrane des traits du destin mouvementé du compositeur. Au faîte de sa gloire en 1936, lorsqu’il décide de faire son retour en Union Soviétique, Prokofiev répond dans la foulée à une commande du Théâtre central des Enfants, à Moscou. Il doit produire une œuvre pouvant susciter l’éveil du jeune public. Ce sera Pierre et le loup, qui rencontre un succès instantané. Une décennie et des poussières plus tard, le vent a changé: visé comme d’autres par l’appareil stalinien, le compositeur sauve sa peau en écrivant des pièces célébrant le présent et le futur radieux du pays des Soviets. Le Bûcher d’hiver compte parmi cet autre corpus aujourd’hui délaissé.

Bien qu’orientée par la contrainte politique – palpable à travers les textes empruntés au poète et dramaturge Samouil Marchak –, l’œuvre garde une fraîcheur indéniable, que Philippe Béran illustre en sortant de sa sacoche la partition et en chantant les lignes des voix. Pièce vibrante et d’accès immédiat, Le Bûcher d’hiver verra la participation d’un chœur constitué pas une quinzaine d’élèves de l’école primaire de Pâquis centre. Le front musical russe met ainsi un terme à la saison de l’orchestre, de ses 70 musiciens en herbe et d’une trentaine de choristes venus renforcer les rangs pour ce projet spécial.

«Pierre et le loup» et «Le Bûcher d’hiver» de S. Prokofiev, avec l’OdCG, Philippe Béran (dir.), Joan Mompart (récitant), Opéra des Nations, di 25, ma 27 et me 28 juin à 19 h 30. Rens: www.geneveopera.ch

(TDG)

Créé: 19.06.2017, 19h13

Un appel aux anciens musiciens de l’orchestre

Depuis sa naissance en 1962, l’Orchestre du Collège de Genève (OdCG) a vu défiler entre ses pupitres des centaines de musiciens. Certains ont quitté depuis leurs instruments, d’autres ont poursuivi leur chemin en amateurs éclairés, d’autres encore ont trouvé dans la pratique musicale le centre de leur épanouissement professionnel. Philippe Béran entend aujourd’hui réunir une partie d’entre-deux pour donner vie à une formation de 75 musiciens. Le but? Mener à bien un projet de taille, qui prendra forme entre l’automne 2017 et l’hiver 2018 et qui se concrétisera avec un concert unique au Victoria Hall, en mai 2019. «L’idée a surgi après de multiples expériences artistiques que j’ai menées en Suisse et à l’étranger, au cours desquelles j’ai eu l’occasion de rencontrer des anciens membres disséminés ici et là dans le monde. En 2019, je vais fêter 27 ans à la tête de cette formation, note le chef, soit autant que mon prédécesseur Paul-Louis Siron. Je me suis dit alors que cela valait la peine d’être fêté avec un projet spécial.» Cette ambition porte le titre d’une œuvre phare du XXe siècle: Le Sacre du Printemps de Stravinski, monument qui permettra de réunir musiciens anciens et actuels dans une phalange de 140 musiciens environ. L’appel aux anciens est d’ores et déjà lancé (voir en note les adresses à contacter). Ceux qui seront tentés par l’aventure devront indiquer leurs coordonnées complètes, l’année de passage à l’OdCG et l’instrument joué. L’envergure du projet requiert des manœuvres précoces. «Cet automne déjà, je compte envoyer les partitions annotées à tous ceux qui auront répondu à l’appel, précise Philippe Béran. Le travail de préparation pourra dès lors démarrer. Puis, entre novembre 2018 et mai 2019, on enchaînera cinq samedis de répétitions à Genève.» R.Z.

Inscriptions: orchestre.1962.2017@gmail.com et philippe.beran@gmail.com

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