Opération séduction pour la Cité de la musique

PolitiqueLa future salle de concerts menait campagne mercredi en offrant de la musique classique dans le hall de Cornavin.

Mercredi 11 septembre, dans le hall de Cornavin, HEM et OSR jouent de concert pour la Cité de la musique.

Mercredi 11 septembre, dans le hall de Cornavin, HEM et OSR jouent de concert pour la Cité de la musique. Image: Laurent Guiraud

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Ce mercredi, une surprise attend les usagers de la gare Cornavin. Tôt le matin, puis jusqu’au soir, les musiciens de l’Orchestre de la Suisse romande et les étudiants de la Haute École de musique donnent l’aubade dans le hall central. Mendelssohn, Mozart ou Bizet, entre les commerces et les distributeurs de billets, voilà qui ne manque pas de charme. Quand bien même, on entend fort mal, tant le plafond est haut et les murs réverbérants.

Mais qu’importe… Ce qui intrigue, ce sont ces bannières jaune poussin encadrant l’orchestre. À quel parti appartiennent-elles? S’il y a de la musique ce jour-là, la raison tient à un objectif plus terre à terre que le plaisir du voyageur: la future Cité de la musique, dont le bâtiment sera inauguré aux Nations au mieux en 2024, mène campagne auprès de la population.

Vive la «culture inclusive»

Convaincre de l’intérêt du projet, tel est le but de cette «tournée» baptisée «La musique dans la cité». Elle se poursuivra avec une expo du côté de la place des Nations jusqu’au 24 septembre et s’achèvera le 26 janvier avec la présentation, au BFM, des plans, des maquettes et des résultats de la concertation avec les habitants, devant se terminer à la fin de 2019.

Anticiper les éventuels recours, éviter également la menace d’un référendum – à la suite des sessions parlementaires du printemps, lorsque sera discuté le projet – voilà précisément pourquoi un joli parterre d’officiels s’est rendu à la gare mercredi. Voici la Ville et le Canton. Également la HEM et l’OSR, les deux futurs locataires de la Cité. L’orchestre, l’école de musique, chacun monte au front pour délivrer son message. Ici, on ouvre les guillemets pour aligner le vocabulaire de circonstance. Les passants qui ralentissent reçoivent un magazine de douze pages, dans lequel il est question de «votre soutien» et de «culture inclusive». Puis Olivier Hari, président de la Fondation de l’Orchestre de la Suisse romande, prend la parole: «aéroport», «tourisme», «international» s’ajoutent à la liste. Ainsi que «Genève, capitale de la musique». Moralité: il faut à Genève une salle à la mesure de son talent. Car, explique Olivier Hari, est-il acceptable que l’on transbahute quotidiennement les contrebasses d’un local à l’autre, faute d’un lieu unique pour répéter? La Cité de la musique, l’OSR la réclame à cor et à cri.

Confusion des rôles

La Haute École de musique tient à peu près le même langage, arguant d’un «besoin impérieux». Au micro, Béatrice Zawodnik, coordinatrice de l’enseignement de la HEM, rappelle combien l’établissement est «mal logé» – ses activités sont actuellement réparties sur dix adresses différentes – et n’a «pas de salle propre pour les auditions et les récitals». Vient alors Sami Kanaan. Le magistrat chargé de la Culture et du Sport en Ville de Genève vise plus large, englobant «Pavillon de la danse», «Nouvelle Comédie» et «développement du réseau ferroviaire». Enfin, son homologue au Canton, Thierry Apothéloz, s’avance avec ostentation vers la foule pour conclure, péremptoire, qu’il faudra «ensemble nous donner les moyens de vivre des choses extraordinaires».

Une évidence s’impose alors: ce qui était annoncé comme un «événement public», aussi musical soit-il, suit les mêmes principes qu’un stand de promotion politique, en plus grand. En résulte une certaine confusion sur les rôles impartis, ici les institutions publiques et là la Fondation pour la Cité de la musique, qui n’a pas pipé mot sinon pour faire les présentations. En aurait-on appris davantage sur les menaces à même de compromettre l’érection de la Cité de la musique?

Anticiper les recours

En aparté cette fois, Thierry Apothéloz abandonne le décorum pour aller à l’essentiel: «Effectivement, il faut faire connaître le projet pour préparer le dialogue avec la population. Des habitants s’interrogent. Rumeur il y a, mais rien de concret pour le moment, pas de recours ni d’annonce de recours non plus. À l’heure actuelle, nous n’avons pas de souci, mais nous restons soucieux.»

Et Sami Kanaan de glisser: «La question des beaux arbres présents sur le site – devront-ils être abattus ou non, il est trop tôt pour le dire – constitue le principal enjeu symbolique du plan localisé de quartier.»

Créé: 11.09.2019, 18h55

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