Quand l’opéra se conjugue au futur

ScèneLe Grand Théâtre, la Comédie et plusieurs hautes écoles d’art se liguent dans un projet de création novateur.

Les membres de l’association OperaLab lors de la présentation du projet à la presse. La plateforme regroupe sept institutions romandes et quinze jeunes artistes qui se confronteront aux processus de création d’une pièce de théâtre musical.

Les membres de l’association OperaLab lors de la présentation du projet à la presse. La plateforme regroupe sept institutions romandes et quinze jeunes artistes qui se confronteront aux processus de création d’une pièce de théâtre musical. Image: NICOLA CUTI

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C’est une citadelle aux proportions rarement observées sous nos latitudes. En franchissant ses murs, on croise des entités disparates, habituées d’ordinaire à évoluer en parfaite autarcie ou presque. Dans le désordre, voici donc un petit bataillon de hautes écoles des arts – HEM, HEAD, Manufacture et Institut littéraire suisse. Mais aussi deux grands acteurs du domaine scénique romand que sont la Comédie et le Grand Théâtre. Enfin un lieu, Flux Laboratory, qui fait de l’expérimentation artistique sa raison d’être depuis deux décennies. Ces sept entités, que personne n’aurait imaginé cheminer de concert, viennent de se liguer pour faire naître et croître un projet de création tout à fait novateur à Genève. L’étiquette collée à l’aventure a les allures d’une promesse de beaux lendemains: OperaLab.

Huit mois de résidence

De quoi est-il question précisément? D’une association qui a valeur de plateforme. Elle a été initiée par le Grand Théâtre et elle réunit une sélection de quinze artistes fraîchement diplômés dans des domaines qui couvrent à peu de chose près tous les corps de métiers des arts de la scène. Entre les élus, on croise des compositeurs et des chanteurs, des scénographes et des accessoiristes, des danseurs et des metteurs en scène. Tous vont désormais cohabiter et cogiter sous le même toit, huit mois durant. Leur résidence à Genève aboutira en septembre 2020, avec la création d’une nouvelle œuvre, résolument pluridisciplinaire et fortement ancrée dans le théâtre musical. Le rendez-vous final avec le public est fixé entre les murs du Cube, structure de la HEAD dont la nudité ouvre à tous les possibles.

Voilà pour les intentions à concrétiser. Quant à celles déjà actées – qui ont été présentées mercredi à la presse et au public – elles font état d’un mouvement nouveau, qu’on aperçoit dans le filigrane du projet. Il s’agit de concevoir une collaboration et un dialogue durable entre les institutions genevoises et, plus largement, de l’arc lémanique. Vaste visée. «Genève a connu ces dernières années un renouvellement important à la tête des institutions culturelles, note Natacha Koutchoumov, codirectrice de la Comédie. Nous appartenons sans doute à une génération qui conçoit autrement la réflexion autour du partage et de l’interaction avec les autres acteurs de la place.» La nomination d’Aviel Cahn aux commandes du Grand Théâtre a permis de concrétiser davantage ces aspirations. «Aviel a fait le tour de toutes les institutions, il a rencontré tous les partenaires, ajoute Natacha Koutchoumov. D’entrée, il a eu envie de tisser de nouveaux liens et d’ouvrir autant que possible son théâtre à un public plus large et à des entités qui n’avaient jamais collaboré jusque-là.»

Conseiller artistique au Grand Théâtre, mais aussi metteur en scène de théâtre et d’opéra, Stephan Müller a lui aussi mené la réflexion qui aboutit aujourd’hui à la convergence d’OperaLab. «Je connais Aviel Cahn depuis longtemps déjà. En arrivant à Genève, nous avons voulu comprendre, comme nous l’avons fait ailleurs, les codes de la cité, ses besoins, ses forces et ses absences. Nous avons établi une sorte de radiographie anthropologique, si on veut. Assez vite, nous avons mesuré la richesse du paysage culturel qui s’offrait à nos yeux et la nécessité d’ouvrir notre maison au plus grand nombre. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous contenter de nous adresser uniquement à nos abonnés. Il faut imaginer des projets novateurs.»

Explorer sans entraves

OperaLab dévoile en quelque sorte ce nouveau cap, sur le front institutionnel, certes, mais aussi sur celui, tout aussi ambitieux, du processus artistique. Un commandement pourrait d’ailleurs accompagner la mission des quinze jeunes invités: explorez sans entraves! Toutes les idées ont droit de cité, toutes les pistes peuvent être tracées. Leur viabilité fera l’objet de discussions en groupe, avec le soutien permanent de quatre tuteurs aguerris: la dramaturge de la Comédie Arielle Meyer MacLeod, le compositeur Beat Furrer, les metteurs en scène David Hermann et Stephan Müller. «Il est nécessaire que la troupe se débarrasse de l’intimidation que peut générer la scène lyrique, explique Natacha Koutchoumoff. Et qu’elle procède librement, sans hiérarchies établies.»

Et si l’entente entre les membres ne devait pas être au rendez-vous? Stephan Müller n’y voit pas de dangers. «Les conflits sont presque souhaitables dans ce clan qui doit organiser d’une certaine manière sa survie. Ils permettent de faire émerger les idées fortes. Ils sont l’indice d’un travail qui porte sur les vraies questions.»

Créé: 17.10.2019, 19h14

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